La convocation de la conférence nationale sur l'asile ne traduit pas une situation d'urgence

Interviews, DFJP, 04.04.2003. Le Temps (Valérie de Graffenried)

«LE TEMPS»: Qu'attendez-vous concrètement de la conférence nationale sur l'asile?

RUTH METZLER-ARNOLD: Je tiens à préciser d'emblée que la conférence ne va pas et ne peut pas déboucher directement sur des décisions. J'attends par contre que ces larges discussions sur la situation de l'asile en Suisse permettent d'analyser une nouvelle fois la situation en profondeur et de comprendre que nous ne sommes pas dans une situation de crise. Il n'y a pas de raison d'adopter maintenant des mesures urgentes, même si l'on constate qu'il y a des situations difficiles à gérer, dans le domaine de l'exécution de renvois notamment. J'attends aussi qu'un débat constructif et critique ait lieu autour de ma proposition de supprimer l'aide sociale pour les réquérants d'asile qui ont reçu une décision de non-entrée en matière, proposition qui entre dans le cadre du paquet d'économies demandé par Kaspar Villiger (ndlr, 77 millions devraient être économisés dans l'asile en 2006). J'ai demandé il y a plusieurs semaines aux cantons s'ils avaient d'autres alternatives à proposer. Il n'y en a pas eu. Ma proposition a déjà fait l'objet de deux réunions «techniques». Aujourd'hui, j'écouterai les cantons et les villes afin d'envisager éventuellement quelques ajustements.

Vous avez délibérément décidé de ne pas mettre l' «Appel de Zurich» à l'ordre du jour. Pourquoi refuser de discuter des dix mesures qu'il propose, dont celui de permettre aux requérants de travailler?

Ce manifeste s'ajoute à d'autres propositions et initiatives lancés dans les cantons de Saint-Gall et d'Argovie notamment. J'en ai parlé avec les comités directeurs des Conférences des directeurs cantonaux des affaires sociales et de justice et police à la mi-février. Les conseillers d'Etat concernés ont à l'unanimité fait savoir qu'ils allaient en discuter au sein de la conférence tripartite (Confédération, cantons, communes) prévue en juin. Par ailleurs, certains points figurant dans l'appel seront probablement évoqués lors de la discussion.

Une conférence tripartite aura donc lieu en juin. Pourquoi avoir dès lors également convoqué cette conférence nationale, alors que vous ne cessez de dire que nous ne sommes pas en situation d'urgence?

Que les choses soient claires: ce n'est pas en raison de l'«Appel de Zurich» que j'ai convoqué cette conférence. J'avais réfléchi, avant la votation sur l'asile du 24 novembre déjà, à la façon dont il fallait procéder en cas d'acceptation ou de refus, mais très serré, de l'initiative de l'UDC. J'ai pu constater que des conseillers d'Etat souhaitaient avoir une discussion même si l'on ne se trouvait pas en situation de crise. Quant au calendrier, il est tout à fait justifié puisque je voulais que l'on puisse discuter ouvertement de ma proposition de supprimer l'aide sociale aux requérants d'asile qui ont reçu une décision de non-entrée en matière avant les consultations officielles sur le paquet d'épargnes qui auront lieu en mai. Début avril est la date idéale: je peux encore procéder à d'éventuels ajustements si la discussion d'aujourd'hui montre que certains aspects n'ont pas été suffisamment pris en considération.