1. Suisses à l’étranger
Quelque temps avant de mourir, l’écrivain suisse Max Frisch déclarait: « Ce qui me rattache encore à ce pays, aujourd’hui : un passeport. » C’est toujours ça, serait-on tenté d’ajouter. En effet, chaque individu ne dispose pas d’un passeport. Et tous les pays n’autorisent pas leurs ressortissants à émigrer. Visiter un autre pays que le sien n’est pas à la portée de tout un chacun.
En ce qui vous concerne, la situation est différente. Le Congrès des Suisses de l’étranger a lieu pour la 84e fois. Vous ou vos ancêtres avez, à un moment ou à un autre, quitté la Suisse. Pourtant, vous vous sentez toujours rattachés à ce pays. Et je prends le pari que c’est plus qu’un simple passeport qui vous motive à participer à une manifestation telle que celle d’aujourd’hui.
Au cours des derniers siècles, des millions de Suissesses et de Suisses ont émigré. Pour simplifier, ils avaient trois raisons de quitter la mère patrie : la misère, les persécutions et l’oppression, à moins qu’ils n’eussent commis quelque méfait.
Mais la plupart des émigrants cherchaient simplement de nouvelles perspectives.
C’est ainsi qu’au milieu du 18e siècle, Theodor Vögtlin, de Läufelfingen (Bâle-Campagne), expliquait les raisons de son départ: « Ici, où que l’on aille, il n’y a pas moyen de gagner sa vie et je n’ai rien à perdre, car je n’ai rien à attendre de mes père et mère. »
Aujourd’hui, pourrait-on penser, personne n’est plus obligé de quitter la Suisse parce qu’il ne trouve pas de quoi y vivre.
Pourtant, l’an dernier, quelque 30 000 Suisses ont annoncé leur départ. La plupart d’entre eux ont simplement accompli un long voyage, sont partis pour parfaire leur formation linguistique ou professionnelle, ou travailler pour une entreprise suisse à l’étranger. La grande majorité de ces émigrants reviennent au pays après une absence de un à trois ans.
Mais il y a aussi d’autres émigrants, qui partent pour de bon. Pensons aux retraités qui, pour des raisons climatiques et financières essentiellement, s’en vont vivre en France, en Espagne ou en Thaïlande.
Pensons également à ces paysans qui, désireux de rester fidèles à leur profession, sont convaincus que ce n’est plus possible qu’à l’étranger.
Fin 2005, 634 216 Suisses vivaient à l’étranger, dont 451 534 double-nationaux. Ces dernières semaines, nos double-nationaux établis au pays du Cèdre ont réalisé la valeur d’un passeport suisse: grâce à un rapatriement bien organisé, ils ont pu quitter les combats du Liban pour rejoindre la sécurité de la mère patrie.