"Je ne me laisse pas dicter mes opinions par le Vatican"

Interview, 27. Juni 2021: Le Matin Dimanche; Nicole Lamon, Lise Bailat

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Le Matin Dimanche: "La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter repart en campagne de votation, sa huitième. Elle défend l’ouverture du mariage civil aux homosexuels."

Avez-vous déjà été invitée à un partenariat enregistré?
Non. Mais j’ai un couple d’amis homosexuels qui m’invite à Noël et à d’autres occasions. Ils n’ont pas été intéressés jusqu’ici à faire enregistrer leur partenariat. Si cette loi passe, peut-être vont-ils se marier.

Avant cette campagne, avez-vous rencontré des couples gays qui attendent impatiemment de pouvoir se marier ou de fonder une famille?
Non, je n’en ai pas rencontré, mais je comprends leur souhait. C’est une affaire assez sobre finalement. On parle d’égalité, de donner la possibilité aux couples homosexuels de se marier dans le droit civil.

Qu’avez-vous voté sur le partenariat enregistré en 2005?
J’ai voté oui. Cela ne m’a pas beaucoup touchée émotionnellement. Mais je trouvais légitime que des couples de même sexe souhaitent enregistrer leur partenariat et avoir des droits et des devoirs plus solides.

À l’époque, vous auriez voté pour la procréation médicalement assistée et l’adoption?
Non. À l’époque, je me souviens bien de la campagne: on disait que le mariage resterait réservé aux hétérosexuels. Mais je crois qu’il y a eu une évolution des mentalités qui vient de la base. Certains milieux politiques veulent changer la société en faisant des lois pour imposer des évolutions. Cela ne marche pas. Les lois doivent s’adapter lorsqu’une évolution est mûre dans la société. Aujourd’hui, le mariage civil pour tous, y compris pour les homosexuels, me paraît assez accepté dans la population.

C’est quand même la tactique du salami, non? Depuis le PACS en 2005, le mariage et les enfants sont revenus assez vite.
Le parlement est revenu assez vite avec ces propositions. Mais on ne peut pas parler de tactique du salami à mon sens. Le traitement du projet au Parlement a quand même duré sept ans. Il y a eu beaucoup de débats, d’avis juridiques. Maintenant, le peuple peut se prononcer. Il est libre de dire oui ou non. J’espère qu’il va adopter ce projet car c’est une évolution en phase avec la société.

Comment conciliez-vous ce projet avec votre foi catholique?
Je suis chrétienne, mais on parle ici d’un mariage civil, pas religieux. Et devant le bon Dieu, tout le monde est égal. Il ne fait pas de différence.

Mais le fait que le Vatican refuse de marier des gays, ça ne vous fait pas réfléchir?
Je ne me laisse pas dicter mes opinions par le Vatican. L’Église catholique n’admet pas non plus l’égalité entre hommes et femmes. Je suis croyante, mais je dis toujours qu’il y a une différence entre le bon Dieu et son personnel sur terre.

Vous parlez d’une évolution évidente. Cette semaine, le match Hongrie-Allemagne, qui est devenu un match des pros et anti-LGBTI, a plutôt montré un fossé qui se creuse.
Je ne sais pas si c’est une bonne idée de faire des actions telles que celle qui était prévue au stade de Munich. Les gens veulent voir du sport, pas de la politique. Et je ne suis pas sûre que cela serve la cause. Il est beaucoup plus utile de constater que les homosexuels sont des gens tout à fait normaux, des couples qui vivent ensemble, avec ou sans enfants, des relations stables, que ça n’a rien d’exotique. Avec des actions comme celle envisagée à Munich, les gens ont l’impression qu’on leur impose une opinion. Au fond, c’est très personnel. Ce n’est même pas politique. Il y a aussi des gens en faveur du mariage pour tous à l’UDC.

Changer la loi sans toucher la Constitution sur un tel objet de société, c’est honnête?
Il y a eu une grande discussion à ce sujet au Conseil des États et je m’en réjouis. C’est légitime d’en débattre. Il y a des avis juridiques différents. L’Office fédéral de la justice estime que cette révision est possible sans changer la Constitution, qui ne définit pas que le mariage comme l’union entre un homme et une femme. Le Conseil fédéral partage cette opinion. À la fin, le parlement a tranché. Je ne crois pas que ce point soit décisif pour la population. Soit vous êtes en faveur de l’ouverture du mariage, soit vous êtes contre.

Que change ce projet pour les Genevois et les Neuchâtelois, qui connaissent un partenariat cantonal, aussi pour les couples hétérosexuels?
Ces partenariats cantonaux n’ont pas d’effet en droit civil. Au niveau fédéral, si cette modification du Code civil est adoptée, les personnes en partenariat enregistré pourront le transformer en mariage civil, mais il n’y aura plus de nouveaux partenariats conclus. Sinon, on créerait une inégalité pour les couples hétérosexuels cette fois-ci.

Le référendum a été fortement soutenu en Valais. Quel est votre message aux personnes qui l’ont signé au nom de la sauvegarde de la famille traditionnelle?
L’acceptation de ce projet ne change rien pour les couples classiques. Il n’amène aucun inconvénient pour les familles traditionnelles. C’est aujourd’hui déjà une réalité que des couples homosexuels vivent ensemble. En Suisse, un enfant sur sept vit dans une famille monoparentale, il y a presque 40% de divorces. Je respecte les personnes qui défendent la vision de la famille classique. Mais pour eux, rien ne change et, avec ou sans mariage pour tous, il y a des évolutions dans la société qui vont à l’encontre de l’image de la famille traditionnelle. Cela dit, on ne va pas tout à coup voir tous les hommes ou toutes les femmes se marier entre eux ou entre elles!

On estime entre 6000 et 30’000 le nombre d’enfants en Suisse qui vivent avec au moins un parent homo, bi ou transsexuel. C’est une réalité assez importante?
Oui et cela aussi ne changera pas, que le projet soit accepté ou refusé. Il y a aujourd’hui des couples qui ont un ou plusieurs enfants de partenariats antérieurs. Des lesbiennes peuvent s’arranger pour tomber enceintes, avec l’aide d’un ami par exemple. Ça existe. Il y avait aussi des homosexuels qui sont mariés et, à un moment donné, qui divorcent pour faire leur coming out.

Mais un enfant qui grandit dans une famille arc-en-ciel ne risque-t-il pas d’être discriminé? Dire oui à ce projet, c’est permettre cela?
On ne peut pas exclure qu’un enfant soit taquiné par ses camarades, par exemple si deux hommes ou femmes se présentent à la réunion de parents. Mais quand j’étais à l’école, les enfants de parents divorcés étaient stigmatisés. Et il y a aussi des enfants qui vivent avec une maman ou un papa et auxquels on demande où est leur deuxième parent. Il y a différentes constellations familiales, c’est une réalité. Vous ne pouvez pas stopper cela en disant non à ce projet de loi.

Vous voulez garantir l’égalité entre les couples. Mais dans les faits, les femmes lesbiennes auront accès à la procréation médicalement assistée, mais pas les gays. Pour les hommes, c’est une inégalité?
Je ne suis pas d’accord. La tâche de l’État est de traiter tous les individus de la même manière au niveau du droit, soit ici de donner la possibilité à tous de se marier civilement, avec les droits que ça entraîne en matière de procréation assistée et d’adoption. Mais vous ne pouvez pas changer la nature. Vous ne pouvez pas garantir aux hommes d’avoir les mêmes possibilités biologiques que les femmes! Pour moi, ce n’est pas une inégalité. D’ailleurs, l’organisation de défense des gays, Pink Cross, soutient ce projet.

Mais deux femmes ne peuvent pas avoir d’enfant sans don de sperme, deux hommes ont besoin d’un ventre. Dans les deux cas, il y a une aide extérieure.
Oui mais une femme peut accoucher. Un homme ne peut pas porter d’enfant dans son ventre. Et les mères porteuses sont interdites par la Constitution suisse. Cela pose beaucoup de questions éthiques, et je suis personnellement opposée à la gestation pour autrui. Elle est aussi interdite pour les couples hétérosexuels. La population doit savoir que les mères porteuses sont et resteront interdites, comme le don de sperme anonyme.

Le droit aux origines est garanti?
Oui, et je me suis battue pour cela. Chaque individu a le droit de savoir d’où il vient. Cette loi prévoit que seul l’enfant né d’un don de sperme enregistré en Suisse, non anonyme, pourra avoir deux mères à la naissance. Et lorsqu’il aura 18 ans, cet enfant pourra s’adresser à l’Office fédéral de la justice, qui tient le registre du don de sperme, et savoir qui est son père biologique. C’est un avantage: il y aura moins de recours à des cliniques qui pratiquent le don de sperme anonyme à l’étranger, moins d’enfants qui ne connaîtront pas leur origine.

En somme, vous garantissez un père aux enfants de lesbiennes?
Vous savez, j’ai rencontré des jeunes femmes qui avaient été victimes d’adoption illégale au Sri Lanka dans les années 1980. Elles se battent pour connaître leur origine. Ce n’est évidemment pas le même contexte. Ces bébés avaient été presque volés à leur mère. Mais ces femmes, avec une vie en apparence tout à fait heureuse et rangée en Suisse, à un moment donné, ont ressenti le besoin de connaître leur origine et réalisé que c’était presque impossible. Ça m’a impressionnée de les entendre. C’est un besoin profond et un droit fondamental inscrit dans la Constitution. Si j’étais née d’un don de sperme, avec deux mamans, je ne sais pas si j’aurais eu envie de connaître mes origines. Mais avoir cette possibilité-là est important.


"Les indiscrétions au Conseil fédéral pèsent sur la confiance"

Vous êtes une marathonienne des votations fédérales. Sentez-vous que le climat s’est durci dans ces campagnes?
En deux ans et demi au Conseil fédéral, je prépare ma huitième votation et j’ai fait différentes expériences. Mes deux premières votations étaient encore avant la pandémie. Puis l’atmosphère s’est crispée au fil des campagnes. Les manifestations publiques sont devenues rares, puis impossibles. C’est important pour moi de sentir les gens et qu’eux puissent vous sentir en retour, vos valeurs, vos convictions. Sans contact direct, c’était nettement moins évident.

C’est la faute du coronavirus?
Oui, mais je constate aussi que les partis et les parlementaires s’exposent moins dans les campagnes. Sur les «multinationales responsables», j’ai vécu la première campagne nourrie par certains activistes au style très agressif. Et cela s’est poursuivi sur l’identité électronique.

Vous parlez d’activistes. C’est plutôt la société civile, non?
Un certain nombre de personnes n’étaient pas seulement engagées, mais vraiment agressives.

Ça vous gêne que la société civile s’implique?
Pas du tout. Je constate un glissement entre le poids des partis et celui des organisations dans les campagnes de votation. Le taux de participation très élevé des dernières votations est probablement moins dû à la mobilisation de l’électorat classique, proche des partis, qu’à celui d’autres milieux.

En tout cas la politique suisse est plus instable. Et les parlementaires mettent la faute sur le Conseil fédéral. Trop faible, disent-ils.
Institutionnellement c’était voulu. La Suisse n’a jamais voulu se doter d’un Conseil fédéral fort. Avec la séparation des pouvoirs, l’organisation des différents échelons de l’État, tout est fait pour que personne n’ait un pouvoir trop fort. Et imaginez la réaction si le Conseil fédéral avait trop de pouvoir: on l’a vu pendant la pandémie, certains ont prétendu qu’il y avait au moins un dictateur au sein du collège! (Rire.) Les critiques font partie du jeu. Ça ne m’inquiète pas.

Au niveau de l’addition des personnalités, vous vous sentez dans un gouvernement fort?
C’est difficile à dire car je ne connais de l’intérieur que la composition actuelle. J’ai l’impression que nous nous entendons assez bien. Il y a des personnalités très différentes. Je me sens à l’aise dans ce collège. Mais les indiscrétions sur les affaires secrètes pèsent sur la confiance. Le fait que des papiers secrets soient transmis aux médias est grave et nuit aux intérêts du Conseil fédéral et de la Suisse.

Cela ne trahit-il pas le fait que chacun d’entre vous a compris qu’il est sur un siège éjectable?
Je ne connais pas la motivation des gens qui organisent des fuites. Bien sûr que le PS a la concurrence des Verts, le PLR a de la concurrence à droite et à gauche, le centre essaie de se stabiliser, l’UDC a perdu des plumes la dernière fois. Mais ce n’est pas une recette! La recette, c’est d’avoir des positions claires, des convictions, de mener le débat de manière sereine et honnête.

Un Conseil fédéral avec un seul PLR, ce serait grave?
Oui, ce serait un appauvrissement du gouvernement. Le PLR est quand même un parti représenté à tous les niveaux de l’État. Le système de valeurs libérales a fait la Suisse de 1848. Il mérite d’être défendu au sein du Conseil fédéral par deux ministres.

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  • Ehe für alle

    Bisher konnten gleichgeschlechtliche Paare lediglich eine eingetragene Partnerschaft eingehen. Diese war der Ehe weder symbolisch noch rechtlich gleichgestellt. Mit dem Ja der Bevölkerung am 26. September 2021 können künftig auch gleichgeschlechtliche Paare heiraten. Verheiratete Frauenpaare können zudem die gesetzlich geregelte Samenspende in Anspruch nehmen können. Damit haben alle Paare die gleichen Rechten und Pflichten. Der Bundesrat wird den Volkswillen rasch umsetzen, nach heutiger Planung können die neuen Bestimmungen am 1. Juli 2022 in Kraft treten. Eingetragene Partnerschaften können dann in eine Ehe umgewandelt, jedoch nicht mehr neu eingegangen werden.

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