L'islam, pas plus qu'une autre religion, n'est au-dessus des lois"

24 Heures, Romain Clivaz
24 heures: "Intégration: Eveline Widmer-Schlumpf dresse un bilan positif de la situation des musulmans dans notre pays"

La Suisse n’est-elle pas une terre chrétienne ? Pourquoi devrait-on tolérer des minarets ?
Bien sûr que nous sommes un pays chrétiens. Mais la présence de minarets n’enlève rien à cela. Elle montre simplement qu’il y a aussi des gens chez nous qui pratiquent une autre religion. Ils méritent notre respect.

Comprenez-vous que des personnes aient peur de l’islam ?
Je comprends certaines peurs. Mais l’interdiction des minarets n’apporte aucune solution. Nous pouvons par exemple interdire les mutilations sexuelles dans la loi. Une proposition dans ce sens est actuellement discutée. Dire, comme le font les initiants, que la présence de minarets annonce une future application de la charia est un très mauvais argument. Notre Etat de droit garantit l’égalité entre les individus, ainsi qu'une justice civile et non religieuse. La loi islamique ne sera jamais appliquée ici car aucune religion n’est au-dessus de lois.

Vous êtes entrée en campagne avant-hier. Où sont vos alliés? Etes-vous isolée, comme lors de la campagne perdue sur l’imprescriptibilité des crimes pédophiles ?
Je sais que mardi prochain, les partis qui sont opposés à l’initiative font une conférence de presse. C’est une bonne chose mais ça ne suffit pas. J’attends des partis et des parlementaires qu’ils s’engagent vraiment dans la campagne. Ils ne peuvent pas se contenter de donner leur avis puis de disparaître, abandonnant les champs de bataille politique à un seul camp. Ce serait mauvais pour l’équilibre de nos institutions.

Selon un sondage, les femmes seraient plus enclines à voter oui. Comprenez-vous cette méfiance ?
Ce résultat est certainement dû au peu d’information du début de campagne. Tout a été mélangé : la question de l’égalité homme-femme dans l’islam, les mutilations sexuelles ou encore les peurs les plus diverses. Mais plus le temps passe, plus le débat devient rationnel. Les initiants sont allés très loin. Dans un dépliant ils m’ont accusée d’être pour les mutilations sexuelles. Ce qui a fait réagir une citoyenne, à qui j’ai ensuite répondu. Cette dame, trouvant les méthodes et arguments des initiants excessifs votera certainement non. En démocratie directe, ce qui est excessif devient insignifiant.

Etes-vous pour des traitements particuliers à l'école en raison de motifs religieux?
Non. L’éducation physique, la natation ou les activités dans le cadre scolaire doivent être les même pour tout le monde. Musuluman ou pas. Les enseignantes dans les écoles publiques ne doivent pas être voilées. Pour ce qui est des des jeunes filles, communes et autorités scolaires doivent décider au cas par cas. Soyons sérieux : l'interdiction des minarets ne va pas obliger les enfants à aller à la piscine.

Que faire pour faciliter l’intégration d’une communauté religieuse comme les musulmans ?
Mais nous n’intégrons pas spécialement des musulmans, des bouddhistes ou encore des hindouistes. Nous intégrons des gens qui viennent d’autres pays, quelque soient leurs religions. Les cantons sont des acteurs centraux avec la Confédération. Des programmes existent, entre autres, pour expliquer le fonctionnement de notre Etat de droit ou les droits et devoirs des citoyens. Des cours de langue sont aussi proposés.

Faut-il former des imams à la sauce suisse ?
La réponse à cette question doit être apportée par les établissements universitaires et les cantons. Ces derniers sont garants de la liberté de culte. L’avantage serait de familiariser les imams avec nos règles en matière religieuse et le fonctionnement de nos institutions. Cela pourrait passer par de la formation continue.

A Rheinfelden (Allemagne), une communauté musulmane souhaite faire l’appel à la prière depuis le minaret. Verra-t-on la même chose en Suisse ?
En l’espèce, aucune autorisation n’a été accordée. A Wangen bei Olten l’absence d’appel à la prière est explicitement mentionnée dans le permis de construire. La protection contre les nuisances sonores assure que l’on n’assistera pas à de tels développements ici.

La Commission fédérale contre le racisme a clairement condamné les affiches montrant une femme avec un voile intégral. Partagez-vous ce point de vue ?
Ce n’est pas à moi de commenter la prise de position d’une telle instance. A mon avis, cette affiche n’est pas acceptable. Mais toute cette discussion sert en réalité de prétexte pour ne pas parler du fond. On fait un débat sur la forme.

La discussion actuelle vous semble donc inutile ?
Oui, car elle ne sert pas la cause. Seul enjeu du moment : quelle localité va autoriser l’affiche. Je suis déçu par la tournure des événements. Même les médias, dès qu’une ville se prononce, relancent la polémique et donnent un nouvel élan à l’initiative. Cette affaire a pris une ampleur exagérée. Les initiants sont les principaux bénéficiaires de l’opération. Ils n’ont bientôt plus besoin d’argent avec toute cette publicité gratuite...

Vous êtes donc contre l’interdiction de cette affiche.
C’est aux communes de décider ce qu’elles veulent faire. Ce qui est sûr, c’est que nos concitoyens sont suffisamment mûrs pour juger de sa pertinence et son bon goût. J’aimerais maintenant que pour les prochaines semaines de campagne on discute du fond. Je suis persuadée que notre argumentation rationnelle a plus de portée qu’un discours basé sur des fantasme et parfois sur la haine.

Dernière modification 17.10.2009

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