«Nous ne tolérons pas la haine ni l'appel à la discrimination»

Mots-clés: Discrimination

Interviews, DFJP, 29.01.2020. ArcInfo, Daniel Froz et Patrick Turuvani

ArcInfo: "«Arclnfo» a profité de la visite de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter pour l'interroger sur trois thèmes politiques majeurs: la pénalisation de l'homophobie, les relations de la Suisse avec l'Europe et l'égalité."

Est-il indispensable d'étendre la norme pénale antiraciste à la discrimination pour raison d'orientation sexuelle?

Le Parlement a jugé que c'était le moment d'élargir cette norme pénale parce qu'il y a des débordements sur les réseaux sociaux. Les personnes homosexuelles sont aujourd'hui protégées comme tout un chacun par le Code pénal en tant qu'individus. Mais lorsqu'il y a un appel à la discrimination ou à la haine d'un groupe entier - «les homosexuels» par exemple - il n'y a pas de protection.
La norme pénale antiraciste existe depuis 1995. Historiquement, son introduction était liée à l'Holocauste et à l'antisémitisme, qui était toujours présent dans notre société. Il ne faut pas oublier que les homosexuels ont aussi été déportés dans les camps de concentration par le régime nazi.
La question d'étendre la norme pénale à l'orientation sexuelle est revenue à la surface avec les réseaux sociaux. Parfois, entre les appels à la haine sur les réseaux et les atteintes physiques, il n'y a qu'un pas. Cet élargissement est un signal. Dans une Suisse ouverte et libérale, nous ne tolérons pas la haine ni l'appel à la discrimination.

Ne risque-t-on pas d'encombrer les tribunaux?

Non, pas du tout. Après 25 ans d'expérience avec la norme antiraciste, il y a une jurisprudence qui est établie. Les tribunaux font toujours une pesée d'intérêts. Les opposants craignent une atteinte à la liberté d'expression. Mais celle-ci est aussi un droit fondamental, garanti par la Constitution. Les juges y prêtent également beaucoup d'attention.

En cas d'acceptation, la question de la discrimination va-t-elle s'étendre aux roux, aux obèses, etc.?

Je ne vois pas de risque. D'une part, c'est le Parlement qui devrait le décider. Et, s'il y a un référendum, le peuple aurait le dernier mot. Pour les homosexuels, il y a un lourd passé. C'est très différent de discriminer des gens avec des cheveux roux ou des homosexuels, qui ont non seulement été persécutés, mais jusqu'à peu, également punis par la législation suisse.

Ne risque-t-on pas de stigmatiser encore plus les personnes LGBTI alors qu'elles veulent être reconnues comme des gens «normaux»?

L'un n'empêche pas l'autre. La normalité dépend de la société, qui accepte qu'il y ait des homosexuels. J'ai des amis homosexuels. Qu'est-ce que ça change? C'est la personne qui est importante. L'orientation sexuelle ne m'intéresse pas. Mais, à cause des débordements sur les réseaux sociaux, une protection supplémentaire est nécessaire.

vers le haut Dernière modification 29.01.2020