"Les vrais réfugiés au travail!"

Mots-clés: Asile

Interviews, DFJP, 02.10.2005. SonntagsBlick (Patrik Müller und Christian Dorer);
Traduit par Laurent Duvanel, Le Matin Dimanche

Le conseiller fédéral défend bec et ongles la rvision de la loi sur I'asile. Promet un programme de réduction de 200 millions de francs dans ce domaine. Et prône l'école pour les enfants et le travail pour les adultes.

Monsieur le conseiller fédéral, combien de gens vivent en Afrique?
Plusieurs centaines de millions.

Neuf cents millions. Vous avez dit, au cours du débat au Conseil national, que si nous ne renforcions pas notre loi, la moitié de l'Afrique viendrait chez nous.
Je n'ai pas dit cela. Mais j'ai affirmé que, si tous ceux dont la situation est pire dans leur pays sont admis comme réfugiés, alors nous aurons demain la moitié de l'Afrique chez nous.

Vous exagérez totalement! Le nombre de demandes d'asile n'a jamais été aussi bas depuis 1987.
Réjouissant, nous n'acceptons pas moins de réfugiés qui sont vraiment persécutés. Mais on a réduit les abus, notamment grâce à la suppression de l'aide sociale, aux procédures accélérées et à une application stricte de la loi. Reste que les problèmes demeurent importants.

Votre père était pasteur. Pourriez-vous lui expliquer avec bonne conscience le renforcement des critères en matière d'asile?
Oui. J'aurais mauvaise conscience si je n'assumais pas mes responsabilités. Autrement dit, en Suisse, chaque réfugié réellement poursuivi est le bienvenu. Mais il faut toutefois empêcher les abus.

Un vrai réfugié sera désormais aussi renvoyé s'il ne possède pas de papiers d'identité.
Non, sûrement pas. Les gens sans papiers qui sont des réfugiés vraiment persécutés seront aussi admis à l'avenir. Mais on a tout de même le droit d'exiger d'une personne dépourvue de papiers qu'elle indique son nom, son lieu de provenance, pourquoi elle a fui et pourquoi elle n'a pas de documents d'identité. Est-ce beaucoup demander?

Pouvez-vous garantir que personne ne sera renvoyé dans son pays au péril de sa vie?
Je peux garantir que ce risque n'augmente pas avec la nouvelle loi. Naturellement, on ne peut jamais exclure absolument que, dans de très rares cas individuels, des erreurs soient commises lors du traitement d'une demande.

La loi est sévère, les évêques catholiques et la fédération des Eglises protestantes l'ont vertement critiquée.
Il est bon que les milieux religieux aident les pauvres. Mais, nuance, ils n'ont aucune responsabilité politique. Zwingli disait: «Parler de façon chrétienne ne veut pas encore dire être chrétien...». Il est facile de parler chrétiennement sans prendre soi-même de responsabilités. Etre responsable signifie s'occuper des vrais réfugiés et renvoyer les personnes présentes illégalement dans leur pays d'origine. C'est une tâche difficile.

Vous avez donc raison, et les Eglises se trompent?
En privé ces mêmes milieux admettent qu'il faut bien renvoyer les gens qui ne sont pas persécutés. Mais devant les caméras de la télévision, ils prétendent qu'il faut accepter les demandeurs d'asile, car sinon ils finiraient par mourir de faim dans la rue. Depuis une année, ces gens reçoivent une lettre de notre part leur demandant de nous signaler les cantons, les communes et les cas dont ils ont connaissance afin que nous puissions intervenir. Nous n'avons pas reçu une seule réponse des Eglises. Parce que ces cas n'existent pas. Ce qui fait beaucoup de moralisme hypocrite et pas d'aide pour le prochain!

Connaissez-vous personnellement des demandeurs d'asile en votre qua1ité de conseiller fédéral?
Sûrement pas tous. Quelques-uns seulement. Il arrive que des requérants déboutés m'écrivent. J'en ai invité parfois certains. Je leur explique pourquoi ils ne peuvent pas rester ici. Souvent de pauvres gens! Mais je dois exiger leur départ. De temps en temps, je rencontre des collaborateurs de la base. Je me suis ainsi présenté au centre d'enregistrement de Kreuzlingen - avec un 'grand chapeau mou - dans la file des demandeurs d'asile. Jusqu'au premier contrôle, je n'ai pas été reconnu.

Quel est votre prochain chantier en matière d'asile?
Nous devons réduire la taille des structures trop grandes sans baisser le niveau des prestations. Lorsqu'on comptabilise toutes les dépenses de la politique d'asile de la Confédération et des cantons, et qu'on divise par le nombre de réfugiés reconnus, on obtient une moyenne d'un million de francs par personne. C'est insensé. Nous sommes en train de préparer un programme qui permettra d'économiser 200 millions par an. Par ailleurs, il s'agit de mieux intégrer les réfugiés reconnus. Pour les enfants, c'est bien entendu d'école dont on parle - et pour les adultes actifs, de travail.

Travailler?
Oui. Actuellement, seuls 23% des réfugiés capables de travailler ont une activité professionnelle. Comprenez qu'ils devraient et pourraient travailler parce qu'ils ont été admis une bonne fois pour toutes. Tous les autres vivent de l'aide sociale. Voilà pourquoi nos réfugiés sont très mal intégrés. Cela malgré les belles théories et beaucoup de discours à propos de l'intégration. Et malgré de coûteux programmes: iI faut que cela change. J'envisage une solution de type «formation du réfugié» afin de faciliter l'entrée dans le monde du travail.

Vous entendez créer un «apprentissage pour requérants d'asile»? Sous quelle forme?
Non, il s'agirait plutôt d'un «apprentissage pour réfugié». Une esquisse de projet existe. La formation durerait entre six mois et un an, et permettrait d'accéder à un métier simple adapté au réfugié concerné. Une fois que les réfugiés ont un travail, et s'ils sont à la hauteur, ils feront carrière. J'ai pu le constater à l'époque dans mon entreprise avec les Tamouls par exemple.

Soyez plus concret, s.v.p!
Prenez un réfugié venant d'Ukraine. Admettons qu'il ait travaillé là-bas dans la construction. Il faut lui apprendre notre langue - ses rudiments au moins - ainsi qu'un savoir-faire, peut-être seulement celui d'un manoeuvre. S'il est habile et effectue bien son travail, il sera vite sollicité. Ou prenez un professeur de littérature d'Amérique du Sud. Au début, il pourrait travailler là où on aurait besoin de lui, comme traducteur, pourquoi pas. Mais si on n'en a pas l'utilité, il faudrait alors le former dans un autre domaine. Dans l'hôtellerie par exemple. On ailleurs.... selon ses compétences.

C'est l'économie qui offrirait cette formation?
Non, l'Etat. Mais en collaboration avec l'économie. Cela revient moins cher que d'avoir quelqu'un qui dépend de l'aide sociale pendant des années alors qu'il
pourrait travailler.

Venons-en à l'Europe. Vos collègues Schmid, Deiss et Calmy-Rey ont fêté dimanche au champagne la victoire du oui à la libre circulation des personnes. Pourquoi n'y étiez-vous pas?
Cela ne me viendrait pas à l'esprit. Lorsque le peuple suisse prend une décision délicate, je ne triomphe pas. Ma première pensée a été: «Pourvu que cela se passe bien. Il faut espérer que nous allons réussir à concrétiser cette décision de façon adéquate».

Et maintenant? La Suisse doit-elle retirer sa demande d'adhésion à l'UE?
Je l'exige depuis qu'elle a été déposée. Mais il y a plus important: nous devons enfin dire à l'UE que nous ne voulons pas devenir membre, mais vivre en bonne intelligence tout en restant un pays indépendant.

Le Conseil fédéral doit-il envoyer une lettre à Bruxelles?
Par exemple. Quelle que soit la solution, nous devons dire clairement et sans équivoque que nous ne voulons pas d'un lien institutionnel. Ainsi, l'UE saura de quoi il retourne.

C'est votre avis, mais le Conseil fédéral est divisé sur la question européenne?
C'est un secret de Polichinelle: il y a trois membres du gouvernement pour une adhésion à l'UE, trois qui sont contre, et un dernier qui hésite.

Vous parlez de Pascal Couchepin... Le Conseil fédéral veut d'abord inventorier les avantages et les désavantages dans un rapport.
Je n'ai pas prononcé de nom. Certes, ce sera un rapport de plus. Nous savons tous ce qu'on pourra y lire. Suivant qui le rédige, les défauts seront minimisés afin que les vertus paraissent dans la meilleure lumière possible. C'est, en fin de compte, une question politique.

Vous allez fêter vos 65 ans le 11 octobre. Que faites-vous de votre rente AVS?
J'ai déjà indiqué à l'AVS que je n'allais pas toucher de rente maintenant. Et pour éliminer tout malentendu: j'ai cotisé des sommes nettement plus grandes que tout ce que je pourrais jamais toucher.

vers le haut Dernière modification 02.10.2005