Le sentiment xénophobe repose davantage sur des impressions que sur des faits ou des chiffres

Mots-clés: Asile

Interviews, DFJP, 13.11.2002. L'Illustré, Marie-Christine Pasche

Un de vos principaux arguments contre l'initiative de l'UDC consiste à présenter ses propositions comme inapplicables. N'est-ce pas la mission des autorités de mettre en oeuvre la volonté populaire, quelles que soient les difficultés?
Certes, mais il relève aussi de la responsabilité des autorités d'informer les citoyens sur les difficultés qu'entraînerait une application de l'initiative et sur le fait qu'elle ne résoud aucunement les problèmes qui se posent. Il nous faudrait alors notamment procéder à des renvois qui ne dépendent pas que de nous, mais surtout des pays tiers concernés. Or, nous en sommes sûrs, ces pays n'accepteront pas de reprendre des milliers de requérants comme veut le faire croire l'initiative.

Pour renvoyer les requérants dans un Etat tiers sûr, nous devons passer des accords de réadmission. En avons-nous déjà, si oui, avec quels pays?
Nous avons déjà 26 accords de réadmission ou de transit, avec la plupart des pays européens, notamment avec les pays voisins. Nous sommes en train d'en négocier d'autres, en particulier avec plusieurs pays d'Afrique. Mais ces accords ne garantissent pas automatiquement les renvois. En effet, il n'est souvent pas possible de déterminer avec certitude par quels pays les requérants ont transité.

Pour éviter de nourrir un sentiment de "ras-le-bol" dans la population, ne devrait-on pas accélérer les procédures d'examen des dossiers?
Mais nous allons déjà dans cette direction. Depuis cet été, nous disposons d'ailleurs de nombreuses forces supplémentaires dans les Centres d'enregistrement. Un problème demeure cependant: la difficulté de reconstruire l'identité des personnes en vue d'exécuter les renvois. Certaines personnes, et il s'agit effectivement d'un abus, font tout pour la cacher, rendant ainsi leur renvoi impossible. Cela crée un certain mécontentement dans la population, ce que je comprends, et l'initiative ne nous donne pas de solution. En revanche, la révision de la loi sur l'asile prévoit des améliorations.

Pourquoi avoir choisi un système statistique qui gonfle le nombre de requérants par rapport à d'autres pays européens, où une famille par exemple correspond à une seule demande?
Les statistiques que nous publions ne gonflent pas les chiffres. Simplement, il existe différentes manières d'établir des statistiques. Chaque pays recense les phénomènes de migration à sa manière et il faut donc être prudent lorsqu'on fait des comparaisons internationales. Les statistiques reflètent une "philosophie", la nôtre étant de contrôler autant que faire se peut les flux migratoires.

Ces chiffres ne contribuent-ils pas à servir un sentiment xénophobe dans la population?
Non, le sentiment xénophobe repose plus sur des impressions ou des expériences négatives que sur des faits ou des chiffres publiés. Prenez par exemple un sondage de l'ODR qui demandait d'estimer le pourcentage des requérants en Suisse: presque tous les participants ont répondu entre 10 et 20 pour cent de la population. En réalité, ce pourcentage est de 0,9% !

Comment comptez-vous régler la question de requérants très jeunes, souvent sans papiers d'identité et dont on sait qu'ils s'adonnent à la délinquance?
J'aimerais d'abord dire qu'il ne faut pas mélanger la question de la délinquance et celle de l'asile. A l'encontre des trafiquants de drogue, par exemple, c'est le droit pénal qui s'applique quel que soit le statut des personnes concernées. Quant aux requérants d'asile, l'Office fédéral des réfugiés a préparé, à ma demande, des mesures ciblées permettant de cerner les cas difficiles à la source. Désormais c'est lors du séjour dans les centres d'enregistrement déjà que tout est entrepris pour déterminer l'identité, l'âge et la provenance du requérant.

Pour maintenir la tradition humanitaire de la Suisse, ne doit-on pas trouver le moyen de renvoyer rapidement et de manière sévère les requérants qui ne respectent pas la loi?
C'est ce que nous faisons. Les dossiers des requérants qui tombent dans la délinquance sont déjà traités en priorité. Comme je l'ai dit, la difficulté peut surgir lors des renvois, tant que l'identité du requérant n'est pas sûre. Par ailleurs, certains pays ne sont pas en mesure de nous aider dans la recherche de cette identité, faute de registres à jour ou de moyens suffisants. Sans identité, sans trace d'un passage quelque part, une personne ne peut être renvoyée. Et je le répète, non seulement l'initiative de l'UDC ne fournit aucune réponse à cette difficulté, mais de plus elle entraverait la bonne collaboration à nos frontières avec nos Etats voisins.

vers le haut Dernière modification 13.11.2002