"En matière de migrations, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc"

Discours d’ouverture du débat final du Forum mondial sur la migration et le développement prononcé par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, le 1er décembre 2011 à Genève

Discours, DFJP, 01.12.2011. Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. La parole prononcée fait foi.

Genève. Dans le discours qu’elle a prononcé en ouverture du débat final du Forum mondial sur la migration et le développement, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga est revenue sur les débats actuels concernant la politique migratoire. Elle a souligné en particulier qu’une politique ne peut fonctionner que si elle a le soutien des citoyennes et des citoyens et rappelé qu’il ne faut jamais perdre de vue le fait que, dans ces débats, il est question avant tout d’hommes et de femmes.

Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Délégués,
Mesdames et Messieurs,

Quel que soit le pays ou le continent que nous représentons, il est une question qui occupe tous les membres de gouvernements : celle de savoir si, d’une manière générale, l’immigration comporte plus d’avantages ou d’inconvénients pour notre développement.

Cette question nous ramène à celle des intérêts nationaux. C’est une question que nous devons nous poser, en particulier dans un forum mondial comme celui-ci. Ce n’est que si les avantages l’emportent sur les inconvénients que nous savons que notre politique migratoire va dans la bonne direction. En outre, une politique, aussi efficace soit-elle sur le papier, ne peut fonctionner que si elle a le soutien des acteurs politiques, et par acteurs j’entends ici tout particulièrement nos citoyennes et nos citoyens.

Cette question nous montre aussi qu’en matière de migrations, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. Prenons l’exemple de la Suisse : si l’immigration est bénéfique pour notre économie, elle place aussi notre pays devant des problèmes et des défis.

L’intérêt national. Voilà donc le point de départ de notre politique migratoire. Quoi de plus légitime. Après tout, ne sommes-nous pas chargés, en tant que dirigeants politiques, de défendre avant tout les intérêts de notre pays, y compris dans le contexte de la politique en matière de migrations et de développement ?

Ces propos peuvent vous sembler provocateurs, voire totalement contradictoires, au regard de la politique en matière de développement. Vous vous demanderez, dès lors, pour quelle raison la Suisse s’engage comme elle le fait au sein du Forum mondial sur la migration et le développement, qui prône, justement, une approche à l’échelle mondiale.
La réponse est pourtant simple : parce qu’il y va de notre intérêt national !

Chargée depuis un peu plus d’un an de la politique migratoire de la Suisse, je peux tirer de cette première année de fonction l’enseignement suivant : une politique migratoire nationale qui ne tient pas compte de la dimension internationale de ce phénomène est une politique vouée à l’échec.

Nous devons donc trouver des partenaires à travers le monde qui nous aident à maîtriser les défis auxquels nous sommes confrontés. Cela implique que de notre côté, nous prenions aussi au sérieux les défis de nos partenaires. Bien souvent, d’ailleurs, les défis que nous devons relever ne sont pas si différents que l’on pourrait le croire à première vue. Permettez-moi de vous donner un exemple :

Je me suis rendue récemment en Guinée pour y mener des entretiens avec le gouvernement et signer un accord de coopération migratoire. Cet accord traite de la migration au sens large et recouvre aussi bien la question de la réintégration, que la coopération dans la lutte contre le trafic de migrants et la réadmission.

À l’occasion de ces discussions, mes partenaires guinéens m’ont exposé que l’émigration de leurs compatriotes vers l’Europe leur posait des problèmes. La Guinée n’a aucun intérêt à former ses citoyens pour qu’ils quittent ensuite le pays. La Suisse, de son côté, n’a aucun intérêt à ce que des Guinéens séjournent illégalement sur son territoire.

En tant que ministre chargée de ce dossier, j’ai une responsabilité vis-à-vis des citoyens suisses : je dois veiller à ce que les lois qu’ils se donnent soient appliquées. Dans une perspective à court terme, la bonne collaboration dans le domaine des renvois revêt sans doute une grande importance. Mais dans le même temps, il est dans l’intérêt exprès de la Suisse que la migration ne soit pas une conséquence de la misère. Pour cela, il faut que chacun puisse avoir des perspectives d’avenir dans son pays.

La coopération internationale permet donc de mettre en œuvre plus efficacement les intérêts nationaux.

La question de l’ouverture d’hébergements pour requérants d’asile donne lieu actuellement à de vifs débats en Suisse et dans d’autres pays. Des débats difficiles, où l’émotion prend parfois le pas sur la raison. Dans ce contexte, nous devons toujours rappeler qu’il est ici question d’êtres humains.

Les migrantes et les migrants ne doivent pas devenir des marchandises. Il s’agit d’hommes et de femmes qui aspirent à une vie meilleure pour eux-mêmes et leur famille. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que nous voulons tous ?

La protection de la dignité humaine doit être le fondement de notre politique, faute de quoi nous risquons de perdre notre crédibilité et de ne plus pouvoir, un jour, nous respecter nous-mêmes.

Pour beaucoup d’entre vous, la Suisse est un pays de destination des migrants. Et nous-mêmes avons aussi tendance à oublier que, pendant des siècles, la Suisse a été principalement une terre d’émigration et que sa situation géographique, au cœur de l’Europe, en fait aussi un pays de transit. Aujourd’hui encore, plus de 10 % des citoyens suisses vivent à l’étranger, un pourcentage qui reste élevé en comparaison internationale.

Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, alors que s’amorçait le développement écomonique, que la Suisse est devenue pour la première fois une terre d’immigration. Cet essor a attiré un grand nombre d’esprits novateurs, qui ont contribué à faire de notre pays l’un des plus prospères au monde. La Suisse est aujourd’hui encore une place économique attrayante et cette situation continue d’être à la fois la cause et la conséquence de l’immigration.

L’immigration reste donc un facteur de développement indispensable pour notre pays. Pour qu’il en aille de même à l’avenir, nous devrons aussi tenir compte de manière appropriée de facteurs non économiques, comme l’intégration, et des intérêts des États de provenance, qui doivent pouvoir retenir leurs cerveaux.

La recherche de solutions passe ici par un dialogue ouvert, d’égal à égal. Le Forum mondial sur la migration et le développement est pour ce faire une plateforme idéale.

Je vous invite à présent à rechercher, ensemble, des idées qui sortent des sentiers battus. Notre tâche aujourd’hui est d’envisager nos intérêts nationaux dans un contexte international.

Mesdames et Messieurs, c’est pour moi un honneur et un plaisir d’être parmi vous aujourd’hui à Genève pour le débat final de cette édition du Forum mondial sur la migration et le développement placée sous la présidence de la Suisse. Avant de laisser place aux discussions, permettez-moi encore de vous transmettre les salutations du gouvernement suisse.

vers le haut Dernière modification 01.12.2011