Sublime ciment

Discours, DFJP, 02.06.2017. Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. La parole prononcée fait foi.

Théâtre du Jorat – message de bienvenue

 

Chère(s) conseillère(s) d’État,
Chers Syndics,
Chers parlementaires,
Chers artistes, artisans et amis du théâtre du Jorat,
Mesdames et Messieurs,

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga au microphone
enlarge_picture (Photo: Céline Michel)

Je ne savais pas qu'une grange pouvait être aussi belle.

On m'a parlé bien sûr de ce théâtre immense planté dans la verdure d'un petit village. On m'a raconté sa belle histoire.
On m'a même dit que ce lieu avait une âme. Je ne sais pas encore où elle se cache. Mais je la sens: elle a l'odeur du bois.

Est-ce pour cela que les gens montent de la ville, arrivent des villages loin à la ronde ? Tellement pressés qu'ils en oublient les radars, animés qu'ils sont par l'amour de l'art ?

J'aurais adoré jouer ici.
Parce qu'il faut que je vous dise :
J'avais une vie avant la politique.
Une vie de musique. J'étais pianiste.

Je ne me battais pas contre les arguments de certains adversaires politiques à l'époque.
Non, non, je frappais exclusivement les touches noires et blanches de mon piano.

Aujourd’hui on me demande souvent comment je marie en moi la musicienne et la politicienne, surtout dans un département qui s’occupe de criminalité, d’armes et de terrorisme. Un département qui traite de domaines où l’on s’affronte durement, où se jouent des drames humains, les drames de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants en fuite.

Je réponds toujours la même chose : la culture m’aide à prendre des décisions politiques difficiles, à ne jamais perdre de vue l’être humain et sa dignité.

La culture me permet de me projeter dans d’autres vies, de voir le monde avec d’autres yeux. Et de ressentir une émotion avec d’autres gens.

C’est pourquoi il est important pour moi de vivre cette soirée avec vous. Je crois profondément que ce sont des moments de partage comme celui-ci qui font le ciment de notre société, son fondement. J'en suis même de plus en plus convaincue.

Avec les temps qui courent et les attentats qui se multiplient, les autorités investissent beaucoup d’argent dans la sécurité.

Pour que chacun se sente libre, libre de se balader dans les rues, de se rencontrer aux terrasses des cafés, au concert ou, comme aujourd’hui, au théâtre. C’est important, parce que protéger ses citoyens, c’est protéger leur liberté, une des tâches essentielles de l’Etat.

Mais il est tout aussi essentiel d’investir dans ce qui nous unit. Dans ce qui reste dans nos esprits. Dans notre capacité de créer et de nous émerveiller, comme ce soir devant les Mummenschanz.

Ces êtres étranges et pourtant si humains touchent nos sens, en silence, et nous emportent vers quelque chose qui nous dépasse,
quelque chose de sublime. Comme une grange qui aurait une âme.

Au nom du Conseil fédéral, je vous souhaite un spectacle enchanteur. 

vers le haut Dernière modification 02.06.2017