«Val-de-Travers, val ouvert»

Discours, DFJP, 31.07.2017. Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. La parole prononcée fait foi.

Discours du 1er août prononcé par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga à Môtiers.

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga pendant son discours du 1er août
La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga pendant son discours du 1er août à Môtiers

Cher Président du Conseil d’Etat,
Cher Président de commune,
Chères représentantes et chers représentants des autorités communales,
Chers jeunes organisateurs,
Cher Val-de-Travers,
Mesdames et Messieurs,

Quel bonheur de célébrer la fête nationale dans un lieu qu’on dit habité par les fées. Je ne les ai pas encore rencontrées, mais qui sait ce que la soirée nous réserve.

Quel bonheur, surtout, de se retrouver dans un lieu qui réunit tous les habitants d’une vallée ! Pour une fête qui existe grâce aux jeunes du Val-de-Travers. Véritables visionnaires, ils ont inventé ce 1er août rassembleur. Bien avant que la plupart de vos communes ne fusionnent. Fini les petits feux d'artifice chacun pour soi. Ici on s’enflamme tous ensemble.

Voir grand

Vos jeunes ont vu les choses en grand ? Normal, direz-vous, ils ont grandi ici, dans ce terreau de grands esprits, dans ce long val qui mousse de talents politiques, dans cette région qui voit deux de ses enfants siéger au château et diriger le canton.

A un certain moment, on a même évoqué une candidature pour le Conseil fédéral.

Les Vallonniers auraient des aptitudes pour les affaires étrangères, c’est sûr. Leur forte identité et leurs racines profondes leur permettent de s’élever haut, très haut. Comme leurs fiers sapins, ils voient le vaste monde, bien au-delà des frontières.

L’heure du val, un jour, sonnera à Berne. Normal pour des horlogers qui produisent de la beauté.

Ce jour-là, on trinquera peut-être plus que d’habitude. Parce que le Val-de-Travers, C'est un très long val qui mousse de boissons, où coulent de grands vins, mais aussi une vieille rebelle, la fameuse bleue.

Une bleue, des fées vertes… Vais-je découvrir d’autres mystères au Val-de-Travers ?

Trait d'union

De toute façon, je suis heureuse de fêter le 1er août avec vous parce que votre vallée incarne ce que j'aime dans notre pays :

  • Des citoyens qui s’engagent pour la communauté, qui prennent leur destin en mains
  • Une géographie montagneuse mais une terre ouverte, truffée de passages vers les autres.

Le Val-de-Travers pourrait d'ailleurs s’appeler Val ouvert.

Hier, votre asphalte recouvrait les trottoirs de Sidney, Vos chronomètres de marine inventés par un fils de Couvet partaient à la découverte de nouveaux océans. Et hier comme aujourd'hui vos montres ornent les poignets d'hommes et de femmes tout autour de la planète.

Terre d'accueil

Votre val ouvert est terre d'accueil aussi. Avant de vous rejoindre, j'ai passé cet après-midi à Couvet, au centre où vous hébergez des réfugiés depuis plus de 20 ans.

Ils m’ont raconté pourquoi ils avaient fui leur patrie. Ils m’ont raconté les parents laissés derrière eux, leur voyage, les dangers, leurs espoirs et leurs craintes.

J’ai rencontré aussi ceux qui travaillent avec les demandeurs d’asile et les accompagnent dans leur vie quotidienne.

Laurent Favre l’a rappelé : l’accueil, dans votre vallée, a une longue tradition. Comme vos racines, il plonge profondément dans la terre et le temps. Depuis ce petit matin de 1871 quand des colonnes de soldats français passaient la frontière aux Verrières. Vaincus, glacés, épuisés. Les Suisses se sont empressés de panser leurs blessures, de leur donner un toit et à manger. Tout à fait dans l’esprit de Guillaume Henri Dufour, le général humaniste qui estimait que donner l’asile à des réfugiés était un devoir vis-à-vis du malheur.

Des Verrières à la Méditerranée

Aujourd’hui, les scènes dramatiques se jouent ailleurs, au Moyen-Orient et au Sud de notre continent.

Il y a une semaine exactement, j’étais à Tunis. C’était la deuxième rencontre entre les ministres européens et africains qui s’occupent de la migration à travers la Méditerranée. Quelles réponses justes, humaines, pour diminuer le nombre effarant de personnes qui trouvent la mort en mer ?

Autour de la table, il y avait les ministres d’Algérie, du Tchad, du Niger, du Mali. Il y avait aussi un représentant du gouvernement de Libye. Mais en Libye, il y a plusieurs « gouvernements ». La collaboration est difficile, la situation des migrants désastreuse.

A Tunis, nous étions d’accord :
Il faut améliorer les conditions de vie des migrants, dans leur pays d'origine déjà, afin qu'ils aient le choix et ne doivent pas mettre leur vie entre les mains des passeurs.

Besoin de solidarité

Pour les personnes qui fuient la guerre et la persécution, notre pays doit garder ses portes ouvertes, aujourd’hui comme hier.

A l’image de votre région et votre canton.

Avec un centre fédéral pour l’asile à Boudry, un autre planifié aux Verrières, Neuchâtel démontre aussi sa solidarité confédérale. Je remercie vos autorités d'endosser ces responsabilités. Votre attitude est exemplaire.

Cela ne va pas de soi, la solidarité. C’est une conquête qui demande un effort constant. Mais au fond, cette capacité de partager les peines – et les joies – de nos semblables, d’où qu’ils viennent, n’est-ce pas précisément cela qui fait de nous des êtres humains ?

Ce n’est pas quelque chose d’abstrait, la solidarité. Ce sont des gens. J’en rencontre souvent. Tous les jours en vérité. On ne parle pas assez d’eux.

Aujourd'hui, en ce jour de fête, j’aimerais remercier les bénévoles, les courageux, ceux qui s’engagent. Sans eux, sans vous, sans les communes, sans les cantons, notre pays ne pourrait pas remplir ses devoirs humanitaires.

Bien sûr, la solidarité, cela vaut pour tous les membres d’une société. On me dit parfois :

  • C’est bien d’aider les réfugiés. Mais pensez à nous aussi !

Oui, absolument. Parce que notre population a ses soucis elle-aussi. Notre économie va bien, mais il y a des gens qui ont de la peine à joindre les deux bouts. Il y a des gens qui n’ont pas de travail. Ou qui redoutent de le perdre.

C’est un défi que nous devons relever : ne laisser personne au bord du chemin.

Politiciens et employeurs, nous avons des devoirs à remplir.

  • Donner à tous les enfants la chance de développer leurs dons et leurs capacités.
  • Convaincre les jeunes de suivre une formation, et de la terminer.
  • Et puis offrir du perfectionnement professionnel, et cela à tout âge.

Parce que ce n’est pas si facile de rester dans le coup dans un monde qui change à toute vitesse.

Mais c’est possible. Comme il est possible de se relever après une période de crise. Au Val-de-Travers, on le sait bien.

Eloge de l’esprit rassembleur

L'asile, les migrations, le chômage, ce ne sont pas des questions qu'on règle, une fois pour toutes, avec des réponses carrées.

En Suisse, il faut des heures et des jours, des mois et des années pour parvenir à des solutions. C'est propre au génie helvétique de chercher - et de trouver - des réponses équilibrées. Parce qu’au bout du compte, il faut convaincre nos citoyens qui ont le dernier mot en votations. C’était oui à la stratégie énergétique. Espérons que ce sera oui aussi à la réforme des retraites. Le débat, même long, le dialogue, l'engagement personnel, la vertu de la rencontre.

Le 1er août, c'est aussi cela. Le 1er août – ou comme ici le 31 juillet, c’est célébrer ce qui nous lie.

Se rassembler, se parler, se réjouir, J’y vois le ciment d'une vie en communauté, l'âme d'une fête nationale.

Je souhaite au pays tout entier d'être gagné par l'esprit rassembleur et festif qui anime votre vallée, aujourd'hui réunie à Môtiers.

Entre-temps, j’ai percé le mystère du beau Val-de-Travers : vos fées sont vertes parce que c’est la couleur de l’espoir.

Au nom du Conseil fédéral, je vous souhaite une belle Fête nationale.

vers le haut Dernière modification 31.07.2017