Quand la démocratie fait envie

Mots-clés: Droits populaires

Discours, DFJP, 28.02.2018. Conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. La parole prononcée fait foi.

Discours prononcé par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga lors de la remise des prix du concours CinéCivic à Genève.

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga est sur l’estrade au pupitre de l’orateur et parle. Son image est diffusée sur un grand écran derrière elle.
(Photo: CinéCivic)


Chers représentants des milieux politiques, culturels et académiques,
Jeunes citoyennes et citoyens, actuels et en devenir,
Mesdames et Messieurs,


Dans un mois, je serai à la remise du Prix du cinéma suisse, pour la première fois.
Aujourd’hui je suis à la remise des Prix CinéCivic, pour la 2e fois déjà.

Autant vous dire que j’aime le cinéma, bien sûr, mais peut-être encore davantage l’engagement citoyen.

Alors quand les deux s’épousent, c’est un bonheur pour la ministre de la Justice.

Mais c’est surtout un bonheur pour la démocratie.

Quand je suis en chemin et que je rencontre des écoliers, des gymnasiens, des apprentis, je saisis toujours l’occasion pour les encourager à voter. Je leur dis qu’en Suisse les citoyens ont de la chance, ils ont l’avenir entre leurs mains.

Mais peut-être aurez-vous plus d’influence que moi sur vos contemporains.
Parce que vous parlez le même langage.
Parce que vous vous comprenez.
Parce qu’il vous suffit de quelques coups de pouces pour réunir vos amis.
Avec vos films et vos affiches, vous devriez donc réussir à les amener à voter, à donner leur avis officiellement.

Pas seulement leur avis d’ailleurs, grâce au droit d’initiative, chacun d’entre nous peut changer la Constitution.
Chez nous, la population a le pouvoir de décider des principes qui valent dans notre Etat.

C’est un privilège, un droit extraordinaire que de pouvoir ainsi intervenir dans la vie des habitants de sa commune, de son canton, de son pays. De pouvoir décider de notre propre avenir. Et cela plusieurs fois par année.

Oui, voter est un privilège, mais c’est une responsabilité aussi.

Une responsabilité qui demande un effort. Pour se forger une opinion, il faut peser les arguments.
Il faut s’informer.

Vous me voyez venir n’est-ce pas ? Ce week-end, nous avons justement l’occasion de voter pour ou contre une information équilibrée dans tout le pays. Pour ou contre des chaînes de radio et de télévision qui ne doivent pas faire du bénéfice, mais profiter aux citoyens, à toute la population de ce pays et dans toutes les langues nationales.

C’est un bien précieux, l’information, dans une démocratie
Il ne faudrait pas la réduire à un produit de consommation comme un autre.

Etre informé est essentiel pour distinguer les enjeux quand ils sont masqués par des écrans de fumée.
Certaines initiatives poursuivent un but radical, elles visent l’affaiblissement de l’Etat, mais leurs auteurs entretiennent le flou, ils affirment que si nous votons oui, ce ne serait qu’un signal envoyé à Berne pour montrer qu’on n’est pas content. Un signal, qui n’est pas si grave, on discutera, on trouvera un compromis, pas de soucis.

  • Avant le 4 mars, c’est ce que font les initiants. Ils ne vous disent pas qu’un oui signifierait la fin de la radio-télévision publique comme on la connaît, et comme on l’apprécie aujourd’hui.
  • Et plus tard, quand nous voterons sur l’initiative pour l’autodétermination, les initiants ne diront pas qu’un oui mettrait en danger notre stabilité, notre fiabilité et notre réputation, qu’un oui ouvrirait une grande phase d’incertitude, avec une Constitution qui dirait que nous n’avons pas à respecter les traités internationaux.

Mais au moment où ces initiants gagnent une votation, les masques tombent, le flou se dissipe et le discours s’aiguise. Tout à coup il ne s’agit plus d’un "signal". On ne relativise plus, on exige une application à la lettre. Et gare au Parlement s’il trouve un compromis, une loi équilibrée qui respecte le vote mais aussi les autres principes de la Constitution et nos engagements internationaux.

Il sera accusé de ne pas respecter la volonté populaire.

Cette manière de se servir de la démocratie est aux antipodes de la démarche de CinéCivic, une démarche au service de la démocratie, qui vise à motiver les citoyennes et les citoyens, pas à les enfumer.

Au nom du Conseil fédéral, je vous remercie pour votre travail, votre engagement, votre créativité. CinéCivic, ce concours né ici, dans l’esprit d’une chancelière inspirée et de son équipe, attire de plus en plus de talents en Suisse romande.
Merci à tous de motiver les jeunes à se mêler de nos affaires qui sont aussi leurs affaires. Parce qu’ils sont, parce que vous êtes : la Suisse de demain.

Mais ce n’est pas fini.

Peut-être qu’un beau jour, certains participants à CinéCivic auront tellement pris goût à tourner des films et à concevoir des affiches, qu’ils ou elles se lanceront dans une carrière artistique et, qui sait, gagneront un Prix du cinéma suisse.
Peut-être que certains participants à CinéCivic auront tellement pris goût à la démocratie qu’ils se lanceront dans une carrière politique.

Et, qui sait, l’un ou l’autre, l’une ou l’autre, entrera un jour au Parlement fédéral et, pourquoi pas, au Conseil fédéral ?

Je ne peux que vous encourager. C’est captivant. Pour mieux vous en convaincre, je lance ce soir une invitation aux lauréats de CinéCivic :

Venez donc humer l’air de Berne !

Je vous invite au Palais fédéral. Je vous y raconterai la démocratie telle que je la vis. La démocratie qui fait envie.

vers le haut Dernière modification 28.02.2018