Les principaux problèmes de la Suisse et leurs solutions

Société zurichoise d'économie. Discours du lundi 25 octobre 2004, prononcé par Monsieur le conseiller fédéral Christoph Blocher

Discours, DFJP, 25.10.2004. Les paroles prononcées font foi

Mesdames et Messieurs,

Il est généralement admis que les principaux problèmes des pays européens sont les suivants :

  1. Ils vivent au-dessus de leurs moyens.
  2. En raison notamment de dépenses exagérées, leur compétitivité économique se trouve fortement diminuée et - corrélativement - leur croissance économique s'avère insuffi-sante.
  3. La criminalité mondialisée et le terrorisme international mettent en danger leur sécurité.

I. Méconnaissance des vrais problèmes

La Suisse ne constitue malheureusement pas une exception pour ce qui est de ces problèmes majeurs. Et la question se pose : la Suisse peut-elle relever ces nouveaux défis ? Avant d'y répondre, permettez-moi d'en proposer une autre : la Suisse a-t-elle vraiment appréhendé ces défis dans toute leur ampleur ? La question est importante, car seule une analyse sans complaisance des réalités conduira à des solutions utiles. Oser poser les bonnes questions et appeler, sans détour, les problèmes par leur nom apporte déjà plus de la moitié de la solution.

Il me faut constater que, généralement, l'on évite actuellement les questions essentielles et qu'il n'y a pas de véritable prise de conscience des problèmes actuels, bien que, généralement, la plupart sont persuadés d'être parfaitement au courant des choses. Certes, on aborde la question - de manière même inflationniste -, mais sans l'approfondir. Ce qui est pire que de la passer sous silence, car il s'ensuit l'impression que les problèmes sont sur le point d'être réso-lus. De tout temps, les politiques se sont avérés des spécialistes d'un activisme rassurant - atti-tude qui, de nos jours toutefois, s'est aussi largement répandue dans la société, l'économie et avant tout les médias.

II. De l'État responsable à l'État pourvoyeur

Appelons les choses par leur nom et ne craignons pas d'aller au fond des problèmes.
Alors qu'autrefois la Suisse était considérée comme un État modèle se distinguant par son degré élevé d'autoresponsabilité, elle s'est également transformée depuis en un État pourvoyeur. Ce jugement vous paraîtra peut-être draconien. Pourtant, plus je passe de temps dans l'exercice de ma fonction de conseiller fédéral et plus je dispose de documentation, plus sévère résulte mon verdict.

Durant l'après-guerre notre pays a quitté le chemin de l'État responsable pour emboîter le pas de l'État providence. La forte croissance économique a laissé entrevoir la possibilité d'un financement illimité. En matière de politique sociale, des assurances ont été, depuis les années 70, mises en place et sans cesse assorties de nouvelles prestations, avec pour consé-quence que leurs coûts ont fini par augmenter incommensurablement. Songez à l'AI, à l'assurance-maladie, mais aussi aux diverses révisions de l'AVS. Les effets de cette exten-sion fulgurante n'apparaissent qu'aujourd'hui dans toute leur ampleur.

De nos jours, cette extension irréaliste, dépassant largement nos capacités économiques, re-met en question notre État providence dans toute sa structure : il suffit de voir dans quelle pi-teuse situation financière se trouvent la Confédération, les cantons et les communes. Un état d'esprit étatiste - surtout des années 80 et 90 et qui d'ailleurs s'est aussi emparé de partis poli-tiques qui ne sont pas de gauche - a valu à la Suisse un État fournisseur de services perfec-tionné, qui fait miroité à ses citoyens la gratuité d'une prise en charge généralisée. Seul un nouvel endettement énorme a permis de financer cette nationalisation rampante : alors que l'endettement brut de la Confédération s'élevait encore à 38,5 milliards de francs en 1990, elle se montait déjà à 123,7 milliards en 2003.

Et nous mettons le cap sur les 150 milliards - en dépit d'un frein à l'endettement qui a déjà été approuvé par tous les cantons et 85 % de la population !

Il est frappant de constater avec quelle docilité est acceptée aujourd'hui la charge finan-cière croissante résultant des impôts, taxes et redevances - alors qu'elle avait suscité, du moins lors des années électorales de 1999 et 2003, de violentes controverses. Pareils développements sont supportés avec une impassibilité et une ignorance inébranlable qui ne peuvent que surprendre.

  • Les milliards de déficit qui se répètent annuellement ? On s'y fait comme s'il s'agissait d'une cinquième saison.
  • Les crédits supplémentaires, dépassements des coûts, écarts à la planification relèvent tous du courant normal, depuis longtemps déjà.
  • L'augmentation record du nombre de rentiers de l'AI ne cause guère plus qu'un haus-sement d'épaules.
  • Les milliards que coûtent nos relations avec l'étranger sont écartés du débat, au nom de l'" ouverture ", de l'" équité " et de la " solidarité internationale ".
  • L'augmentation des dépenses de ces prochaines années est largement démentie. On prétend que l'État fait des économies, réduit ses dépenses, se serre la ceinture. D'autres parlent d'" économies à outrance " et d'" État affamé ". Mais, dites-moi sérieusement : quel-les sont les économies que fait l'État ? Est-ce que, par rapport à l'an dernier, les dépenses sont à la baisse ? Quelqu'un fait courir le bruit que la Confédération diminue ses dépenses. Et tout le monde répète la même rengaine. Et tout le monde écrit les mêmes histoires. Pas-sons maintenant à la vérité toute nue. Il est prévu pour ces prochaines années une aug-mentation des dépenses de 10 pour cent. En dépit de tous les programmes d'allègement ! Les dépenses de l'État n'ont pas été et ne seront pas réduites. Naturellement, on peut renoncer à tout effort et à toute mesure en se lamentant, à titre préventif, de leurs consé-quences qui n'existent pas encore. Certains milieux politiques intéressés le font. Cela fait partie du quotidien politique, et il n'y a rien à y redire. Mais lorsque ce refus des réalités s'empare de la classe dirigeante - ce qui est un fait -, il résulte des décisions erronées qui mènent à la catastrophe.

D'où vient cette indifférence - ce refus des réalités ? La prise de conscience que des pro-blèmes existent est une tâche pénible et ingrate, car elle oblige à l'action. Il est plus commode d'en faire abstraction. Mais les raisons de ce refoulement pourraient s'avérer plus profondes. Ce pourrait-il qu'ils soient toujours plus nombreux ceux qui ne peuvent résister aux atours de l'État providence ? Et ce jusque dans les couches professionnelles les plus favorisées, jus-qu'au sommet de la hiérarchie politique et économique ? En sommes-nous déjà au stade, où l'on préfère s'inquiéter de la manière de se faire entretenir par l'État, ou plus précisément par la collectivité, plutôt que de s'employer, en autoresponsable, à améliorer son quotidien et celui de ses proches et à veiller soi-même à l'obtention de biens et prestations ? Il est extrêmement dangereux de pénaliser la réussite et le travail par des taxes et des impôts toujours plus élevés, alors que l'échec et la paresse sont récompensés par des prestations sociales.

III. Mon appréciation de conseiller fédéral et entrepreneur

Mesdames et Messieurs, voilà bientôt dix mois que j'exerce la fonction de conseiller fédéral. Il serait exagéré de dire que, durant ces 10 mois, le Conseil fédéral n'a rien fait d'autre que de ré-duire les dépenses et d'augmenter la compétitivité.

Souvent il a été question de diminution des dépenses, mais que pour corriger vers le bas les projets actuels. Logiquement, le Conseil fédéral a même fait de l'assainissement du budget de la Confédération la première priorité de son programme législatif. Pourtant une véritable réduc-tion des dépenses n'est toujours pas en vue. Au contraire : certaines dépenses ont diminué, mais d'autres, par contre, ont augmenté, alors que, parallèlement de nouvelles recettes et de nouveaux impôts ont été décrétés. Les décisions majeures restent encore à prendre !

Quel regard pose l'ancien entrepreneur que je suis sur l'administration fédérale ? Je suis effa-ré par le peu d'attention que l'administration fédérale accorde aux coûts engendrés. Un calcul des coûts n'existe pas, et l'on ignore tout du prix de revient d'une prestation particulière fournie par l'État. On entend des réponses classiques, jusqu'aux plus hauts niveaux de la hiérarchie, du genre : « À la Confédération, les amortissements et les intérêts ne sont pas des critères à prendre en considération. Et les frais de personnel ne sont pas non plus imputés, car ces gens sont de toute façon là! » Des réductions ciblées des coûts ne sont pas du tout réalisables ainsi. Je parle de réductions des coûts qui n'engendreraient aucune diminution des prestations. En tant qu'entrepreneur, je savais que, dans les années dorées de l'après-guerre, certaines socié-tés avaient une conception semblable des prix de revient.

Entre-temps, soit elles ont fait faillite soit - si elles ont eu de la chance - elles ont été reprises par des tiers. Est-ce là l'avenir de notre État ?

J'espère que la réforme ambitionnée de l'administration, qui commence actuellement, apportera rapidement une solution concrète aux calculs des coûts, au funeste droit du personnel de la Confédération (la dernière révision a surtout supprimé les obligations découlant du statut de fonctionnaire, tout en maintenant l'essentiel des droits acquis) et à la gestion des coûts. Une prise de conscience des coûts de revient est vital pour la Suisse, afin que l'on se rende compte des réalités. Je suis par ailleurs convaincu de la nécessité d'élaborer un paquet de me-sures rigoureuses d'abandon des tâches et des dépenses. En l'occurrence, je crois qu'il appar-tient à l'État d'orienter son action sur celle des entreprises économiques. Ce n'est pas agréable. Mais nous n'avons d'autres alternatives que de signaler ces sujets tabous et de les expliciter.

IV. Concurrence et croissance: affaiblissement

Nous pourrions dire la même chose au sujet de la compétitivité : les redevances et les impôts décidés par l'Etat au moyen d'une densité réglementaire et de mesures bureaucratiques constituent un obstacle majeur à la progression de notre économie. Aux yeux des entre-preneurs, les redevances, les impôts et les taxes ne sont rien d'autres que des frais, qui s'ils sont élevés lèsent les entrepreneurs par rapport à la concurrence. Celui qui ne veut pas me croire en ma qualité d'ancien homme de terrain et qui préfère une approche universitaire, de-vrait lire les nouvelles études du World Economic Forum (cf. NZZ 14.10.2004). D'après ces études, la Suisse en tant que place financière souffre surtout d'une « politique dépensière en matière de finances et, par conséquent, d'un déficit budgétaire ». Vous remarquerez donc, Mesdames et Messieurs, que ceux à qui cette place économique tient à coeur doivent s'engager dans ce domaine.

Toujours d'après cette même étude, l'économie suisse estime que d'autres obstacles sont particulièrement pesants, à savoir: « l'inefficience de l'administration, l'accès réduit aux moyens financiers, les conditions restrictives du marché du travail, les directives fiscales et le montant des impôts. » Dans ce contexte, nous devons résolument redresser la barre.

V. Où en est l'économie ?

D'une manière générale, la politique n'avance que peu ou proue dans le domaine des finan-ces et de l'économie. Mais où en est l'économie au juste? Dans une démocratie directe, la voix de l'économie est décisive en matière de politiques financière et économique. Mais où est cette voix, me demanderez-vous? Pour ce qui me concerne, je ne me sens pas, en ma qualité de Conseiller fédéral, mis sous pression par l'économie pour aller de l'avant. Et encore moins par des associations économiques !
Une bonne politique économique, base essentielle au fonctionnement d'une place économique, semble être tombée dans l'oubli. En revanche, le comportement des associations responsables est en totale contradiction avec les plaintes de ses membres. Bien sûr, ces associations pu-blient de belles brochures, illustrées en couleur, au vocabulaire choisi, prônant une politique mesurée en matière de dépenses et de fiscalité. Mais dès qu'il s'agit de devenir plus concret, les belles paroles s'envolent.
Par ailleurs, il me semble que l'économie a perdu, suite à l'échec de la votation sur le paquet fiscal et l'AVS, tout courage de s'engager pour ses objectifs. La Suisse n'a pas besoin d'une économie qui préfère passer des alliances avec le Parlement, le Conseil fédéral et les média dans le but de constituer des majorités plus sûres en faveur de nouvelles aventures dans le domaine de la politique des finances et d'un activisme onéreux en politique étrangère. Au lieu que les fonctionnaires des associations économiques se plaignent dans la presse de boulevard gauchiste sur le style des campagnes de votation, ils feraient mieux de s'engager pour le suc-cès d'une place financière suisse. Leur mission originelle est pourtant de veiller à mener une bonne politique économique.

J'estime qu'il est urgent que les entreprises cessent de se plaindre de la politique éco-nomique bâclée qui entraîne une fiscalité élevée et génère des charges sociales nouvel-les, plutôt que de mener enfin une politique financière et économique crédible, que se soit globalement ou de façon détaillée. Elles devraient toujours nous montrer, à nous Conseillers fédéraux, ce qu'est une bonne politique économique. Elles devraient, en tant que représentants de l'économie, faire part de leurs besoins au Palais fédéral. Nous travaillons dans un environnement protégé. Survivre, être compétitif font partie des combats quotidiens de l'industrie et de l'économie et ces combats nous ne les connaissons que par les statistiques, les rapports et les média. Les entreprises sont au cour de l'événement. De même, elles doivent conseiller les partis, voire même les guider dans la politique économique. Peut-être serez-vous considéré comme prêchant dans le désert, mais sans votre participation la Suisse risque de de-venir un désert dans lequel il n'y aura plus rien à prêcher ! Les partis n'ont pas besoin « d'amis du monde économique » pour faire passer leurs voux dans la politique. Qu'il s'agisse des par-tis, des gouvernements et des Parlements, tous requièrent des personnes qui les avertissent, qui élèvent la voix en faveur de l'ensemble de l'économie pour le bien du pays et du peuple. C'est à ce prix que les décisions de politique économique seront bonnes.

VI. Etat social et endettement

Mesdames et Messieurs, le budget de l'Etat et la croissance économique sont étroitement liés. Celui qui veut analyser en profondeur les problèmes, doit pouvoir aller au fond des choses et les nommer par leur nom. Je vous invite à le faire dans deux ou trois domaines, longtemps né-gligés.

Dans ce contexte, il convient de relever que les raisons principales à l'augmentation fulgurante du taux des charges sociales sont dues à l'extension de la prévoyance vieillesse, à l'augmentation du nombre des personnes bénéficiaires de l'AI et à la nouvelle loi sur l'assurance-maladie.

En 1950, peu après l'introduction de l'AVS, les charges sociales se montaient en Suisse à 1,5 milliard de francs. En 1990, avant l'introduction de la nouvelle loi sur l'assurance-maladie, les charges sont passées à 63,2 milliards de francs. La cassure a été encore plus marquée par la suite: douze ans plus tard, en 2002, les frais ont doublé pour atteindre 123 milliards de francs. Si l'on prend en considération le produit intérieur brut (PIB), le taux des charges sociales est passé de 19,3 (1990) à 28,8 (2002). Les taux de croissance quant à eux sont supérieurs à ceux de l'économie y compris le taux de renchérissement. Quiconque parle, au vu de ces chiffres, de démantèlement social a perdu tout sens des réalités.

S'agissant des assurances sociales, c'est l'AI qui exerce actuellement une pression sur les fi-nances fédérales. Fait réjouissant : d'autres milieux et les média n'hésitent pas à parler des problèmes de l'AI. Un bon début ! Examinons si vous le voulez bien les faits : en 1990, seules environ 160 000 personnes bénéficiaient de l'AI, en 2003, ce ne sont pas moins de 280 000. Les bénéficiaires de l'AI ont considérablement augmenté en chiffres absolus, mais également proportionnellement à la population active. Depuis 1990, ce taux a augmenté de plus de 50 % au sein de la population active. Une personne sur cinq, âgée de 64 ans, perçoit une rente AI. Cette évolution alarmante se répercute sur les dépenses. En 1990, les Suisses ont déboursé pour l'assurance-invalidité environ 4 milliards contre environ 11 milliards de francs par an au-jourd'hui.

Si l'on examine quelles sont les personnes percevant l'AI, on s'aperçoit que ce sont de plus en plus de personnes atteintes de pathologies d'ordre psychique (cf. 40 % des nouveaux bénéfi-ciaires). Bon nombre de pathologies ne s'inscrivent pas de prime abord dans le cadre de celles qui relèvent de l'AI, néanmoins, elles peuvent y mener. Citons à titre d'exemple : phobie so-ciale, accroc à l'Internet, taux élevé de cholestérol, surcharge pondérale, ménopause, ostéopo-rose, problèmes intestinaux, troubles du sommeil, constipation, syndrome d'épuisement, hype-ractivité, sudation excessive, syndrome du déracinement, dépression nerveuse, acouphènes (sifflements dans les oreilles) ou manque de vitamines. Tout citoyen atteint de l'une ou l'autre pathologie est un bénéficiaire potentiel de l'AI.

Des difficultés ou des problèmes personnels sont classés dans la catégorie des problèmes mé-dicaux. Avoir un tempérament différent est synonyme de pathologies. Une entreprise chimique a trouvé un syndrome portant le nom de l'impératrice Sissi. En effet, les patients, selon la des-cription de cette entreprise, souffrent d'une forte dépression et exagèrent leur maladie tout en adoptant un comportement particulièrement actif et positif. En Allemagne, le nombre de person-nes atteintes de ce syndrome a été évalué à trois millions. Trois millions de malades certes, mais positifs qui font l'objet de soins immédiats et onéreux.

De même, le pourcentage de personnes bénéficiant de l'AI est élevé chez les personnes souf-frant de maux de tête et de dos ou qui ont été victimes du coup du lapin. Il est frappant de voir que, dans le secteur public, bon nombre d'employés sont déclarés inaptes au travail de façon anticipée.

Mesdames et Messieurs, ce sont des aspects désagréables, mais il faut en parler. Malheureu-sement, en politique, force est de constater que de nombreux représentants de ces milieux, désireux de profiter de ces problèmes et de cette vaste exploitation sociale, s'évertuent à ce que les milliards versés par le contribuable tombent dans leurs escarcelles et disparaissent à jamais.

VII. La politique des étrangers

Un autre sujet à traiter dans ce contexte, certes peu aimé, mais dont il faut parler concerne le problème des étrangers. Seuls des arguments d'ordre démographiques sont mis en avant pour expliquer la situation financière difficile des ouvres d'entraide. Toutefois, nombreuses sont les personnes à espérer une structure avantageuse de la population, voire une protec-tion de nos oeuvres d'entraide grâce à une pratique généreuse de l'immigration.

En se penchant de façon approfondie sur la question, on remarque que la politique des étrangers est de moins en moins axée sur les besoins économiques de la Suisse. Le taux des étrangers actifs par rapport à celui des années 70 a massivement diminué. Le nombre des personnes actives parmi les immigrés a, depuis 1990, diminué, passant de 53,4% à 30,2%. Ce constat est également en relation avec la composition des migrants qui s'est sensiblement modifiée ces dernières années. En vertu de nombreuses lois et accords (regroupement familial, mariage, migration relevant de l'asile), la Suisse n'est plus apte, et ce, depuis longtemps, à déterminer la qualité de son immigration voire même approximativement. Par ailleurs, le nombre d'immigrés ne pouvant s'assumer est exceptionnellement élevé. Ainsi, en dépit des efforts incommensurables d'intégration, un nombre disproportionné d'étrangers accèdent aux prestations sociales (p. ex. assistance sociale, rentes AI, caisse de chômage). La part des étrangers au chômage se monte à l'heure actuelle à 40%. Environ deux cinquièmes des nouveaux bénéficiaires de l'AI sont des étrangers. Une rente sur 7 est versée à l'étranger. 40 % des prestations sociales dans le canton de Zurich vont aux étrangers. La situation est également dramatique dans le domaine de la formation. Un bon tiers des dépenses pour l'éducation (Zür-cher Volksschule) concerne des mesures pédagogiques spéciales et même des prestations d'intégration pour les enfants d'étrangers. Dans notre canton, la situation de la jeunesse de Turquie et d'Ex-Yougoslavie est particulièrement préoccupante. En effet, seuls 25% d'entre eux terminent leur apprentissage professionnel et, pour la plupart, avec un niveau assez bas. 67 % restent sans formation (cf. article du Tages-Anzeiger, 8.8.2002). Dans le même temps, près de 200 000 postes pour des personnes peu qualifiées ont disparu de Suisse ces dernières années. Le chômage est donc la conséquence logique d'une telle politique des étrangers.

Un tel constat ressort d'une étude sur la réalité de l'immigration en Allemagne. D'après l'Institut munichois Ifo, un immigré moyen, qui ne séjourne pas encore depuis dix ans sur le territoire, perçoit année après année 2400 euros de l'Etat, c'est-à-dire plus qu'il ne peut lui en reverser sous la forme d'impôts ou de taxes. « Si l'on extrapole ce chiffre pour une famille de 5 person-nes, cela donne la somme de presque 120 000 euros dans le courant des dix années. L'immigré devrait donc vivre plus de 25 ans en Allemagne pour pouvoir, pendant toute la période donnée, fournir davantage à l'Etat que ce qu'il a perçu. Précisons à cet égard que 80 % des immigrés retournent plus tôt dans leur pays (ou meurent) » (cf. NZZ 8.7.2004).

Mesdames et Messieurs, vous le voyez, il est vraiment désagréable de parler de ces cho-ses. Mais si nous ne le faisons pas, nous ne résoudrons les problèmes en aucune ma-nière. Aborder la problématique des étrangers et de l'asile n'est pas actuellement très prisé. Mais alors comment peut-on rectifier le tir, lorsque celle-ci ne peut même pas être débattue publiquement ?

VIII. Sécurité

L'une des missions la plus importante de l'Etat est d'assurer la sécurité des citoyens. Malheu-reusement, la lutte contre la criminalité n'est pas optimale. Les défis sont importants.

  • Le terrorisme est une nouvelle forme de lutte au niveau international. Les terroristes ne sont pas simplement des tueurs fous, il s'agit davantage, dans notre cas, de combattants déter-minés au service de l'Islam contre l'Occident. Pour la Suisse, la neutralité a gagné une nouvelle dimension, ce qui n'a malheureusement pas été reconnu par tous les politiciens. Prendre parti inutilement pour des Etats, aussi controversés soient-ils, nous affaiblit dans le contexte terroriste. Celui qui se laisse entraîner dans une affaire, peut également en deve-nir la cible. En matière de politique de sécurité, prendre ses désirs pour des réalités peut avoir des conséquences particulièrement pénibles.
  • Outre l'insécurité internationale, on devrait accorder plus d'attention à la sécurité interne. Depuis des années, les cantons se plaignent du nombre trop faible de policiers. Ce manque va encore empirer lorsque, avec Schengen, les contrôles aux frontières vont être supprimés et que des personnes soupçonnées devront être recherchées et être contrôlées au sein du pays.
  • L'adhésion à Schengen pose, à ce sujet, d'importantes exigences dans le cadre de nos mesures de sécurité. Déjà, la garantie des normes actuelles appelle une augmentation des effectifs du personnel.

IX. Plaidoyer en faveur d'un Etat libéral

Comment résoudre tous ces problèmes ? A mes yeux, les problèmes ne seront résolus que si on ne les occulte pas. En reconnaissant les problèmes, les nommant et en assumant nos propres responsabilités, nous y gagnerons considérablement. La clé de la solution s'appelle « as-sumer ses responsabilités ». N'oubliez pas, Mesdames et Messieurs, que l'extension de l'Etat a pour conséquence de restreindre les responsabilités de l'individu. Malheureusement, ces der-nières années, les fervents partisans de l'Etat se sont imposés. Le résultat est une extension incessante de l'Etat devenu un instrument réglant tout et déterminant tout. Depuis longtemps, notre Etat est uniquement axé sur l'aide à des groupes marginaux particulièrement faibles et à des personnes dans le besoin. Sous ce prétexte, il est devenu un « Etat de transfert », ayant pour but la répartition des biens privés en faveur d'une communauté de bénéficiaires. Celui qui veut assurer à long terme notre bien-être, ferait bien de casser cette spirale.

« La propriété privée, la liberté et la responsabilité des citoyens imposent des limites à l'accumulation du pouvoir dans notre société et, par conséquent, à celles de l'activité étatique.» (cf. Erich Weede : Mensch, Markt und Staat, p. 51 ). Cela signifie concrètement le combat contre la centralisation : plus les structures fédéralistes sont allégées, plus la liberté du citoyen est grande - et même si cette liberté ne consiste qu'à vouloir changer de communes en raison de meilleurs taux d'imposition. Le fédéralisme garantit la rivalité entre les unités politiques avec comme résultat l'accès à une qualité de vie aussi élevée que possible à l'aide de moyens fis-caux les plus faibles possible. Le joli mot « d'harmonisation » signifie en réalité égalité, centrali-sation, moins d'autodétermination et de liberté, davantage de contrainte et de régulation. L'esprit de la centralisation ne résout aucun problème, au contraire, il en crée.

La Suisse ne doit certes pas supprimer son fédéralisme compétitif, mais renforcer tout ce qui re-lève des cantons et des communes. C'est pourquoi, peu de dirigisme étatique et le moins pos-sible d'Etat au niveau national en constituent les enjeux. En revanche, il faudra accorder une autonomie élargie aux cantons et aux communes concernant les questions financières et fisca-les, ce qui signifie qu'il n'y aura pas d'égalité au niveau des conditions de vie. Celui qui aspire à cette illusion aux frais du fédéralisme et de la compétitivité, menace l'ensemble du bien-être, viole inutilement les libertés et affaiblit la responsabilité de soi.

Mesdames et Messieurs,

Est-ce que la Suisse peut relever ces grands défis? Je dois malheureusement répondre par la négative. La condition sine qua none serait de faire éclater au grand jour les problèmes sans ménagement et d'avoir la volonté de les régler. Il faudra donc s'y atteler. J'en appelle à votre aide. Ainsi, ces dysfonctionnements ne seront plus balayés sous la table.

Le modèle de réussite suisse se fonde sur un Etat équilibré, disposant d'une économie libérale et prospère. Il n'y a pas de raison valable de s'en écarter !

vers le haut Dernière modification 25.10.2004