Faire de la politique ne signifie pas nier la réalité

Discours du Conseiller fédéral Christoph Blocher à l'occasion du forum de Sigriswil

Discours, DFJP, 06.10.2005. Les paroles prononcées font foi

Sigriswill (BE), le 6.10.2005. Le Conseiller fédéral Christoph Blocher a tenu une conférence à l'occasion du Forum de Sigriswil. Il a exposé ses vues sur la politique des finances de la Confédération et la politique étrangère suisse. Il s'est par ailleurs interrogé sur les faiblesses d'un Etat social démesuré, sur l'UDC ainsi que sa position dans le monde politique. A la demande du public, le Conseiller fédéral Blocher a également pris position sur le thème de l'extrême droite.

Mesdames, Messieurs,

Les problèmes principaux de tous les Etats européens sont, à vrai dire, connus:

  1. Ils vivent au-dessus de leurs moyens. Depuis des années, les taxes et les redevances en constante augmentation que versent les citoyens à l’Etat n’arrivent plus à couvrir les dépenses de ce dernier.
  2. Dans la plupart des Etats européens, l’augmentation démesurée des dépenses publiques contribue à rehausser les impôts importants et à renforcer une bureaucratie paralysante. Ces deux facteurs affectent la compétitivité économique, handicapent la croissance provoquant une montée du chômage et une baisse de la prospérité.

C’est l’analyse pour ainsi dire. Face à ces deux problèmes, la Suisse ne fait malheureusement pas figure d’exception ; c’est à se demander si elle est à même de relever les défis qui en résultent. Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, de vous posez cette question autrement : la Suisse, a-t-elle évalué la portée de ces défis? Cette question est essentielle, car seule une analyse sans fard de la réalité peut conduire à des solutions utiles. Poser les bonnes questions et nommer les problèmes par leur nom sans ambages permettent souvent de résoudre plus de la moitié des problèmes.

Et je constate, à l’heure actuelle, que l’on évite la plupart du temps les questions primaires et qu’il existe une faible prise de conscience des problèmes, bien que de nombreuses personnes sont persuadées d’être mieux informées que d’autres. Plus grave, les problèmes ne sont pas seulement méconnus, mais ils sont également contestés ou réfutés. Certains cercles politiques ont perdu tout sens des réalités. Les conséquences en sont dramatiques et destructrices par rapport aux tâches indispensables que nous devrions accomplir.

Pour élucider ce problème, je procèderai à l’analyse de quatre domaines: la politique financière de la Confédération, la politique étrangère, la question relative aux faiblesses d’un Etat-providence surdimensionné et, pour finir, j’évoquerai l’UDC et sa position sur l’échiquier politique.

1er mythe: la phrase politique du moment de la Gauche est la suivante: « Notre pays est dominé par la « frénésie de l’épargne », « l’hystérie de l’épargne ».

Celui qui observe les chiffres, qui ne peuvent mentir, reconnaît une toute autre réalité: la situation de la politique budgétaire de la Suisse est une vraie désolation. En dépit de tous les discours tenus sur l’épargne, les dépenses publiques continuent vaillamment d’augmenter. J’en veux pour preuve: les dépenses du budget ordinaire de la Confédération augmenteront de 14,5 pour cent au cours des quatre prochaines années, en dépit de tous les programmes d’économie (programme d’allègement budgétaire 2003, programme d’allègement budgétaire 2004, programme d’abandon des tâches, etc.). Cette augmentation représente une moyenne de 3,4 pour cent par an, ce qui est supérieur à la croissance économique et au renchérissement. En d’autres termes, nous vivons largement au-dessus de nos moyens. Par ailleurs, ce budget ne comprend pas d’importantes sommes comptabilisées au moyen du compte de la fortune. Il n’est pas possible de voir le bout du tunnel. Les dépenses prévues pour 2009 représentent presque le double de celles de 1990. En 2006, les dettes s’élèveront à 132,6 milliards de francs, ce qui signifie une augmentation de plus de 25 milliards pendant la période allant de 2001 à 2006. Celui qui parle ici de « frénésie de l’épargne » a perdu tout sens des réalités. Cette augmentation a lieu malgré des mesures relatives au frein à l’endettement: 84,7 pour cent des votants avaient voté, le 2 décembre 2001, pour un budget équilibré. Ce mandat constitutionnel est constamment négligé, malmené et méprisé.

Nous devons changer de cap, tant qu’il est encore possible d’influer, en toute souveraineté, sur le cours des choses par nos propres forces. Offrir une meilleure prestation avec de faibles coûts constitue une tâche de conduite exigeante, qui n’est pas pour les gens qui cherchent à jouir d’une bonne popularité. C’est à la tête de l’Etat que cette mission révèle toute sa difficulté. Des cadres velléitaires résolvent chaque mission en utilisant davantage d’argent. A la Confédération, cela revient à utiliser un argent qui fera défaut à l’économie et aux citoyens. Gérer signifie, prendre tous les désagréments sur soi dans l’intérêt des autres. Si celui qui est à la tête d’une entreprise ne le fait pas, l’entreprise court à sa perte. Celui qui, en tant que parent, n’apprend pas à ses enfants ce qu’est le renoncement, leur rend un mauvais service.

Nous voulons que la Suisse vive sur une base financière saine, mais il faut pour cela une économie florissante et compétitive. Cette attente n’est, selon les preuves, possibles que lorsque les citoyens et les entreprises peuvent à nouveau disposer plus librement de leurs fonds. Un tel allègement financier peut être atteint que par l’entremise d’une diminution des impôts pour les citoyens et d’une baisse des redevances des pouvoirs publics. Ces sacrifices entraîneraient davantage d’investissements privés, de postes de travail, de croissance, de consommation et par conséquent de prospérité pour tous. A cet effet, il faut être assez fort: les changements étant souvent exigeants. C’est la seule manière de retrouver ensemble le chemin de la croissance !

Où la Confédération pourrait-elle apporter sa contribution ? Au niveau de la réorganisation de l’Administration par exemple. Les départements auraient la prééminence, car il y a trop de doublons dans l’Administration. Au DFJP, tous les services centraux ont été examinés quant à leurs missions et à leur raison d’être. La réorganisation des services centraux sera complètement terminée à la fin de l’année avec une baisse de l’ordre de 22% des coûts, sans pour autant diminuer les prestations destinées aux citoyens ou à toute autre personne. Je tiens à rappeler ici que l’objectif principal décidé pour la législature 2003/2007 est l’assainissement des finances de la Confédération, et qu’il a été unanimement adopté par tout le Conseil fédéral. Ce n’est que cet été, presque au milieu de la législature en cours, que le Département des finances a été chargé de se pencher sur les dépenses publiques et de trouver une solution pour les réduire de 20 pour cent environ. Nous ne devrions pas répéter les erreurs de l’Allemagne et, ensuite, lancer un difficile processus de redressement. Il faut faire face à la réalité sans ménagement. Compte tenu de la dette totale avoisinant 260 milliards de francs dans les budgets de l’Etat d’une part et, d’autre part, de la forte augmentation des dépenses publiques, parler encore de « frénésie de l’épargne » signifierait en répondre politiquement.

2e mythe: « la Suisse pratique une politique isolationniste ».

Depuis des années, on nous répète à l’envie que la Suisse s’isole face à l’étranger. Cette phrase est particulièrement prisée en politique. Cela reviendrait à dire que les montagnes, le chocolat, Heidi et les cors des Alpes sont le propre de la Suisse.

La politique étrangère de la Suisse est une pomme de discorde entre les différents partis. Elle influence de manière dommageable la politique intérieure. Au niveau purement rhétorique, la Suisse serait isolationniste. Ceux qui le prétendent ne connaissent pas l’étranger ou la Suisse, ou ni l’un, ni l’autre. La Suisse a toujours eu des liens économiques et culturels avec le monde entier. Par rapport à d’autres pays, elle est particulièrement ouverte au monde extérieur. L’UE représente un partenaire financier important de la Suisse, sans pour autant être l’unique partenaire. La Suisse s’est trop longtemps focalisée sur l’espace européen. Les marchés dynamiques se situent, pour l’heure, en Asie de l’Est et aux Etats-Unis. Et nous faisons bien d’orienter notre politique vers ces régions également.

La politique étrangère suisse (en particulier la politique européenne) est complètement émotionnelle. Quelques mises au point fondamentales s’avèrent nécessaires à cet effet:

Lorsqu’un parti met l’accent sur les avantages de la Suisse et entend les conserver (qu’il s’agisse de la démocratie directe, de la primauté fiscale, du secret bancaire ou tout principalement de son indépendance), on ne le traite pas encore de nationaliste, mais de parti, doté d’un patriotisme inné.

Lorsqu’un parti définit de prime abord la politique étrangère comme une politique d’intérêts, cette définition n’est pas condamnable, mais plutôt normale. Chaque pays sensé (et qui notamment réussit) pense de la même manière. Même l’UE défend ses propres intérêts. Elle n’attend de la Suisse qu’une chose, c’est qu’elle défende également ses intérêts. Il est par conséquent important que l’UDC représente de façon appropriée sa politique d’intérêts.

Lorsqu’un parti critique des contrats qui ont mal été négociés, il n’est pas pour autant europhobe. Lorsque j’étais conseiller national, je mettais toujours l’accent sur les lacunes que présentait le résultat des négociations des bilatérales I. Au sujet du dossier sur les transports, il est évident pour tout le monde que le prix du transit, la limite à 40 tonnes ou la convention internationale relative à l’aéroport de Kloten n’ont rien de vraiment réjouissant. L’UDC doit continuer à mettre le doigt sur les plaies ouvertes sans faire de fausses concessions.

Par ailleurs, la neutralité intégrale représente encore de nos jours la meilleure stratégie de survie pour un petit Etat, même si nos adversaires nous reprocheront de faire appel à des images d’Epinal dépassées. La neutralité nous protège de tout enthousiasme guerrier et de toute participation hâtive. Elle nous offre également une protection adaptée en ces temps de terrorisme. Cela ne signifie cependant pas qu’elle nous garantit une sécurité totale, mais elle constitue un facteur important auquel nous ne devrions pas renoncer facilement. C’est pour cette raison que je suis fier que l’UDC soit le parti adepte de la neutralité.

Si l’on considère que 1,3 million de personnes s’est installé en Suisse depuis 1990, il est absurde de parler d’isolationnisme. Si aujourd’hui, selon mon parti, le pays atteint ses limites en matière de capacité et de volonté d’intégration, cela n’a, également, rien à voir avec de la xénophobie ou une politique isolationniste, mais avec de vrais inquiétudes par rapport à la stabilité de la société.

Dans l’intervalle, les accords bilatéraux concédés ont permis de clarifier tous les dossiers importants avec l’Union européenne. Naturellement, l’Administration cherche à la loupe d’autres sujets de négociation. A mes yeux, cette attitude ne mène à rien, si ce n’est à davantage affaiblir notre position. Nous devrions insister sur notre autonomie et c’est pour cette raison que je plaide en faveur d’un rapide retrait de la demande d’adhésion. Pour quelles raisons? Parce que la Suisse doit s’appuyer sur ses propres forces, comme toute entreprise est tenue de le faire. Notre économie fonctionne le mieux, dans les niches là où elle peut offrir des services hautement qualifiés. Ce principe devrait nous guider également au niveau politique.

Nous devrions cesser de nous torturer avec la reprise de l’acquis communautaire, avec l’aggravation de notre espace économique et de notre environnement. En d’autres termes, nous devrions être compétitifs face à l’UE. Être à la traine, imiter et copier n’a jamais été la recette du succès. Nous voulons notre propre législation, qui est mieux adaptée à notre petit Etat. Nous avons, à cet effet, besoin d’un Etat souverain et capable d’agir.

3e mythe: « Il n’y a pas d’abus. Ni dans le domaine de l’asile, ni dans l’assurance invalidité ou en matière de prévoyance ».L’Etat social à la charge de la majorité de la population, doit faire l’objet d’une définition précise. Il n’est pas concevable que de moins en moins de citoyens travaillent, payent des dépenses sociales et des impôts tout en ayant le sentiment d’être les dindons de la farce.

Aujourd’hui en Suisse, un franc sur trois environ est versé à l’Etat social et approvisionneur. En raison de cette politique irréaliste qui dépasse largement les capacités économiques du pays, toute la structure de l’Etat providence est remise en question: c’est ce que montre la lamentable situation financière de la Confédération et de nombreux cantons. Le caractère fondamental du budget qui, en particulier pendant les années 80 et 90, a été adopté même par les partis de droite, a offert à la Suisse un Etat dont les prestations parfaites semblaient fournir aux citoyens une assistance totale sans bourse délier. Cet Etat assure son autofinancement en accumulant prélèvements obligatoires importants et dettes qui se chiffrent en milliards de francs chaque année.

Observons de plus près les chantiers les plus importants de l’Etat social: en matière de santé, les coûts s’élèvent à eux seuls à près de 50 milliards par an. L’assurance invalidité absorbera près de 12 milliards de francs cette année. Dans les villes, le pourcentage à deux chiffres du nombre de personnes dépendantes de l’aide sociale ne cesse d’augmenter.

Notre Etat social atteint ses limites et nous devons nous interroger pour savoir dans quelle mesure il est encore social. J’estime parfaitement anormal que des jeunes d’à peine 20 ans perçoivent déjà l’aide sociale. Celui qui, s’habitue si jeune à dépendre de cet Etat approvisionneur, deviendra finalement une charge pour la communauté dans une dizaine d’années. Il ne faut pas hésiter à dénoncer ces circonstances de façon énergique. Ce genre d’attitude n’a pas pour objectif de toujours dénoncer des destins quelque peu affligeants. Il vise à protéger l’importante majorité des personnes actives d’individus à la mentalité toujours plus exigeante. Il est inadmissible que de plus en plus de personnes soient financièrement prises en charge par le reste de la population suite à une vie pleine d’échecs.

Si nous déclarons, par principe, que les 10 pour cent de la population située au plus bas de l’échelle sociale est pauvre, il y aura de plus en plus de pauvres. Des groupes d’intérêts issus de l’industrie sociale, créeront des nécessiteux par l’entremise de curieux standards. Des exigences recevront une légitimité politique qui finalement détruira le tissu social. L’Etat social doit aider ceux qui ont en vraiment besoin.

Le caractère déconcertant de notre système ressort clairement dans I’AI. L’UDC a été le premier parti à évoquer la croissance exponentielle du nombre de bénéficiaires de l’AI, ce qui a provoqué une levée de boucliers. Mais cela ne fait rien ; cette réaction prouve simplement que nous sommes sur la bonne voie. Depuis les années 90, le nombre des bénéficiaires d’une rente AI a fortement augmenté, notamment au niveau des employés de l’Etat qui, je ne sais comment, ont été soumis aux rudes mesures de l’économie privée. Aujourd’hui, plus de 280 000 personnes perçoivent une prestation de l’AI contre 164 000 en 1990. Les domaines intégrant des types de maladie difficilement identifiables affichent la croissance la plus importante, qu’il s’agisse de maladies psychiques ou de douleurs diffuses. Si, naturellement, chaque douleur ou chaque indisposition entraîne subitement une inscription à l’AI, il ne faut alors pas s’étonner du nombre important de bénéficiaires de cette prestation.

Où commence cependant l’abus? L’ancienne cheffe de l’AI, Beatrice Breitenmoser, qui s’exprimait à la télévision, nous en donne une définition des plus intéressantes: « il n’existe pas d’abus, lorsque celui qui veut en bénéficier utilise adroitement le système pour arriver à ses fins ». Oui, mais ensuite? Quelle est la définition de l’abus ? Celui qui donne une autre interprétation de l’abus, se rend lui-même complice. Pour assainir l’AI, les mesures nécessaires ne se limitent pas à de nouveaux milliards, mais à une nouvelle définition de l’invalidité. Il faut, à cet effet, mener un examen rétroactif des rentes qui ont été attribuées. Je ne crois pas devoir vous dire le nom du parti qui respecte ces différentes idées.

Dans le secteur de la santé, l’UDC lutte, par l’entremise de son initiative populaire sur la baisse des primes d’assurance-maladie dans l’assurance de base, pour un système de santé à la portée de toutes les bourses. Nous nous devons également de poser ici des questions désagréables: que couvre une assurance-maladie de base? Quelles sont les limites des soins de base et où commence la médecine « Wellness » qui, nous fait certes du bien, mais dont les coûts ne doivent pas être à la charge de la communauté. L’Organisation mondiale de la santé, une institution des Nations-Unies compétente en matière de santé, ne définit, selon ses propres termes, en aucun cas la santé comme une « absence de maladie et de faiblesse », mais comme un « état de bien-être physique, psychique et social ». Cette définition est absurde. Connaissez-vous, Mesdames et Messieurs, quelqu’un qui se sente parfaitement bien à la fois au niveau physique, psychique et social ? Ne ressentez-vous pas une légère gêne au niveau de la troisième vertèbre cervicale? Votre entourage, vous témoigne t-il la reconnaissance que vous méritez réellement? Non? Dans ce cas, vous êtes malade selon la définition de l’OMC, tout comme le reste de l’humanité. La personne qui a rédigé cette définition, tire les coûts vers le haut, jusqu’à ce que finalement tout le système s’effondre. Est-ce là ce que nous voulons ?

En tant que Chef du DFJP, je suis directement responsable de la législation sur le droit d’asile et sur les étrangers. Souvent, on me demande: « Où allons-nous avec notre politique à l’égard des étrangers et de l’asile ? Ma réponse est simple: elle va là où la politique veut qu’elle aille. Nous devrions poser la question autrement: « Quelle politique souhaitons nous avoir à l’égard des étrangers et de l’asile?

La majorité des personnes, déposant une demande d’asile en Suisse, ne sont pas des réfugiés. Si l’on totalise le nombre des personnes admises à titre provisoire à celui des personnes dont le statut de réfugié a été reconnu, on obtient seulement près de 39 pour cent au niveau des décisions prises en matière d’asile. Par conséquent, près de 60 pour cent des demandes d’asiles sont infondées ou abusives, ce qui ne devrait plus être le cas à l’avenir.

L’an dernier, notre objectif principal était de réduire le nombre de demandeurs d’asile ayant des motifs d’asile non pertinents. Nous en voyons maintenant les prémices: le nombre des demandes d’asile connaît par conséquent une baisse continue depuis l’an dernier et la tendance continue. Au cours de cette année et jusqu’à la fin août, 6'375 personnes ont déposé une demande d’asile en Suisse, ce qui représente une baisse de 39.7 pour cent par rapport à la même période l’an dernier. Pour la première fois dans l’histoire de l’asile, les résultats de la Suisse sont supérieurs à celui de ses voisins européens: au niveau européen, la moyenne est de seulement 22 pour cent. Il en ressort que les mesures prises, en particulier la procédure accélérée et l’arrêt de l’aide sociale pour les personnes frappées d’une non entrée en matière, déploient leurs effets.

Dans quel domaine devons-nous encore fortement nous investir ? Le problème le plus significatif reste encore l’exécution du renvoi. De nombreux demandeurs d’asile déboutés (tout comme par ailleurs de nombreuses personnes en situation illégale en Suisse) ne quittent pas le pays. Vous en connaissez les raisons: la plupart des demandeurs d’asile ne déclinent pas leur identité et ne présentent pas de documents valides. Il n’est alors pas possible de connaître le pays de provenance, si ce dernier n’est pas tenu de reprendre un demandeur d’asile débouté. Malgré tout, les demandeurs déboutés qui sont obligés de rentrer chez eux, reçoivent non seulement des aides pour survivre, mais également de l’aide sociale. L’extension de l’arrêt de l’aide sociale à toutes les personnes au bénéfice d’une décision négative définitive en matière d’asile était inévitable, car le message doit être clair pour ces personnes: tout comme celles frappées de NEM (non entrée en matière), elles sont tenues de quitter la Suisse. Il n’est pas acceptable qu’elles bénéficient d’un meilleur traitement que celles qui vivent illégalement dans le pays. Nous ne pouvons tolérer les abus. Lorsqu’on encourage les abus, qu’on les défend et qu’on va jusqu’à leur donner une couverture institutionnelle, le politique doit intervenir. C’est notre parti qui, depuis des années, exerce une pression efficace dans ce domaine. Lorsque l’on pense au nombre d’années pendant lesquelles les abus étaient couverts d’un tabou ou niés de manière consensuelle dans le domaine de l’asile!

4e mythe: « La vérité est au Centre ».

Aujourd’hui, lorsque nous observons les abus que subit l’Etat social, nous nous penchons sur la politique d’endettement et sur l’augmentation illimitée des dépenses, nous devons nous demander, qui est responsable de cette politique. Les partis de gauche veulent augmenter les dépenses et renforcer l’Etat. Ils veulent que l’Etat soit davantage présent dans la politique, dans la société, dans la famille et dans l’économie. Les partis de gauche s’acquièrent ainsi un électorat intéressé, constitué notamment de tous ceux qui dépendent de l’Etat. Les partis de droite, en d’autres termes, notre parti, l’UDC, veut également obtenir quelque chose de l’Etat: c’est qu’il nous laisse en paix le plus longtemps possible. Chacun doit disposer d’assez d’espace de liberté pour pouvoir profiter de sa responsabilité personnelle. Les citoyens et les entreprises devraient pouvoir disposer de leurs fonds, car la tutelle de l’Etat mène à la ruine. C’est ce que nous a montré l’exemple de la RDA et celui de l’Allemagne réunifiée.

Personne n’ignore que les partis de gauche ne disposent pas de la majorité dans les parlements. Comment ont-ils donc réussi, pendant les 10 ou 15 dernières années, à mettre leurs idées en place? Ils ont reçu de l’aide du Centre désorienté. La phrase selon laquelle la vérité serait au centre provient de manière assez précise du centre. La première contre-preuve est ainsi donc fournie: la vérité n’est pas au centre. Si elle l’avait véritablement été, elle aurait été alors étonnamment mobile, en effet, si une personne située à gauche tire la corde vers elle, le centre glisse à gauche, si une autre personne, située à droite, est plus forte, le centre évolue alors vers la droite. La vérité, est-elle une girouette opportuniste ? Pas du tout.

Les personnes qui vont voter doivent prendre une décision. Elles doivent accepter ou rejeter une chose. Celles qui ne votent pas, perdent leur voix. Il faut naturellement évaluer les documents, peser le pour et le contre, mais à la fin, tout le monde doit prendre une décision claire, accepter une chose ou la rejeter.

L’UDC est considérée comme le mauvais parti des irréductibles (Nein-Sager). Cette accusation m’étonne, car je suis né à une époque où rien n’était plus méprisé qu’un « Ja-Sager » sans consistance. Cette attitude est la plus facile, la plus confortable et celle qui est le plus dépourvue de caractère. On peut reprocher à l’UDC, tout au plus, de ne pas avoir dit non plus souvent.
Ou l’UDC, aurait-elle dû accepter une économie basée sur l’endettement?
Aurait-elle dû accepter la loi sur l’assurance-maladie, alors qu’elle était le seul parti à la refuser en 1994?
Aurait-elle encore dû approuver les excès que connaissent le système social, l’AI ou l’assistance publique?
L’UDC, devrait-elle appeler à voter un « oui désorienté » en faveur de nouveaux impôts, et par conséquent, de nouveaux milliards de francs avec lesquels on financerait les problèmes au lieu de les solutionner?

Pourquoi l’UDC est-elle dans l’opposition? Par amusement? Pour se démarquer? Loin de là. C’est parce que la Suisse se trouve sur une mauvaise pente. De 1848 à 1990, soit pendant 142 ans, la Confédération a accumulé 38,5 milliards de dettes. Au cours des 15 années suivantes, 90 milliards s’y sont ajoutés. Est-ce que ce fait recueille votre approbation ? Continuons-nous dans cette voie?

Plus l’Etat devient dépendant, plus il sera difficile de trouver une majorité décidée à arrêter cette erreur politique. De plus en plus de personnes cèdent aux charmes de l’Etat-providence, jusque dans les hautes sphères professionnelles, aux responsables de la politique et de l’économie. En sommes-nous arrivés au point où les personnes se laisser entretenir par l’Etat, donc par la communauté, au lieu d’endosser leur propre responsabilité personnelle pour elles et pour leurs prochains dans le but d’améliorer la vie de chacun et d’acquérir elles-mêmes des biens et des prestations? Il est particulièrement dangereux de réprimer la réussite et la performance par l’entremise d’impôts et de taxes élevés, et de récompenser l’échec et la paresse à l’aide de prestations sociales. Nous nous trouvons aujourd’hui dans ce cas de figure particulièrement désastreux.

Un seul parti lutte avec détermination contre cet état de fait tout en prenant beaucoup sur lui : c’est l’UDC. Notre travail est nécessaire et important.

Au cours de ces dernières années, l’UDC s’est assignée une mission importante dans l’opposition, en se prononçant contre des décisions relatives à des questions essentielles. Aujourd’hui, nous jouissons d’une forte présence au sein du gouvernement et sommes obligés de faire valoir nos positions. Nous sommes cependant très loin d’appliquer une politique de centre-droit, comme le montrent les exemples mentionnés auparavant en matière de finances, de politique étrangère et de politique sociale. Il est par conséquent important pour un parti qui se distingue tel que l’UDC de garder son cap.

vers le haut Dernière modification 06.10.2005