La Suisse et l’Europe – l’évolution depuis le non à l’EEE en 1992

Allocution prononcée à l’occasion des 5 ans de l’UDC de Neuchâtel par le conseiller fédéral Christoph Blocher, le 18 octobre 2006, 21.15 h, Grand salle polyvalente, Auvernier NE

Discours, DFJP, 18.10.2006. Tant le discours prononcé que la version écrite font foi. L’intervenant se réserve le droit de s’écarter sensiblement de la version écrite.

Auvernier. Le conseiller fédéral Christoph Blocher a encouragé l'assistance à tenir bon. En montrant l'évolution de la Suisse depuis le non à l'EEE, il a rappelé qu'en politique, il valait la peine de rester fidèle à des idées et à des objectifs, sans céder, par confort, aux modes et aux tendances.

1. Les idées de l’UDC ont fini par s’imposer

D’abord, la bonne nouvelle : l’UDC s’est implantée en Suisse romande. Les messages et les solutions de l’UDC ont fini par s’imposer.

La votation populaire sur la loi sur l’asile et la loi sur les étrangers l’a montré clairement : les citoyennes et les citoyens veulent des solutions. Ils en ont assez des belles théories. Les gens constatent des abus et ils en subissent les conséquences. Ils veulent une politique qui s’attaque à ces problèmes et non des politiciens qui «jouent les autruches».

2. Les raisons de ce succès

Pourquoi l’UDC a-t-elle réussi sa percée en Suisse romande ? 

  • Parce que l’UDC est le seul parti qui s’est engagé pour la souveraineté de la Suisse alors que ce n’était plus à la mode, dans les années 90. Nous nous battons pour une Suisse libre et indépendante. Tel est le fondement de notre Etat et la condition nécessaire au succès de notre action politique. Comment voulez-vous mener une bonne politique lorsque ce sont les autres qui déterminent la politique ? 
  • Parce que l’UDC défend les aspirations du peuple. Les citoyens veulent un emploi, un revenu, des écoles de qualité, moins de taxes, la sécurité dans les rues et, pour demain, un approvisionnement en énergie qui reste sûr et abordable. En un mot comme en cent : les gens veulent vivre. 
  • Parce que l’UDC appelle un chat un chat. Nous avons lutté pendant des décennies contre les abus manifestes dans le domaine de l’asile, et nous n’avons recueilli que moqueries et insultes. 
  • Les autres préféraient nier ces abus plutôt que de les combattre. Nous avons continué avec ténacité. Nous avons proposé des solutions qui, une nouvelle fois, ne nous ont valu qu’insultes et moqueries. Or aujourd’hui, les solutions que nous proposions constituent la politique officielle du pays en matière d’asile.

Les idées de l’UDC se sont imposées parce qu’elles suivent une ligne claire, et c’est de ça dont le pays a besoin. La Suisse s’est construite sur l’autodétermination, la démocratie directe, la neutralité et le fédéralisme. Nous restons attachés à ces valeurs fondamentales et c’est la raison pour laquelle une adhésion à l’Union européenne n’entre pas en ligne de compte pour nous.

3. Tenir bon !

L’UDC de Neuchâtel existe depuis maintenant cinq ans. A peine deux ans après votre fondation, vous vous êtes présentés aux élections nationales. Et du premier coup, vous avez obtenu le meilleur résultat de Suisse romande : 22,4 pourcent.

C’est la Suisse romande, et c’est vous en particulier, qui avez rendu possible l’attribution à l’UDC d’un deuxième siège au gouvernement suisse. Vous pouvez, à juste titre, en être fier. Je présente mes meilleurs vœux à l’UDC de Neuchâtel pour son cinquième anniversaire !

Vos succès sont impressionnants et importants. Mais ce que des dizaines d’années d’engagement politique m’ont appris, c’est que le succès n’est pas le pain quotidien. Il est de mon devoir de vous le dire : il vous reste à faire vos preuves.

C’est pour cela qu’en politique, la qualité primordiale est la ténacité : tenir bon, encore et toujours. Vous connaîtrez des défaites. Vous subirez les quolibets. Vous devrez, avant tout, résister à la tentation de céder à chaque nouvelle mode, à chaque nouvelle tendance éphémère de l’opinion. Donc tenez bon !

En politique, il faut toujours résister à la tentation de s’endormir sur ses lauriers. Il faut toujours placer les objectifs et les idées au dessus de son intérêt personnel. Or c’est quelque chose que l’on oublie vite, surtout quand le chœur de la classe politique et le chœur des médias chantent à l’unisson une autre chanson.

L’indépendance de la Suisse, la neutralité, le fédéralisme, la responsabilité individuelle des citoyens : la défense de ces valeurs ne sera pas toujours une partie de plaisir, car celui qui tient à ces valeurs doit aussi se battre contre toute politique visant précisément à les saper et à les détruire.

Malgré tous ces moments difficiles et pénibles que vous aurez sans doute à traverser, je peux vous assurer d’une chose : la ténacité est toujours payante au bout du compte !

Qui aurait cru, il y a dix ans, que Neuchâtel, comme la Suisse alémanique, comme l’UDC, accepte le durcissement de la loi sur l’asile ? Il faut tenir bon !
Qui aurait cru, il y a dix ans, que Neuchâtel, comme la Suisse alémanique, comme l’UDC, rejette l’initiative « Oui à l’Europe » ? Il faut tenir bon !
Qui aurait cru possible, il y a dix ans, que l’UDC engrange, à Neuchâtel, près d’un quart des suffrages ? Il faut tenir bon !

Il faut rester fidèle à ses principes. Prendre au sérieux les soucis et les problèmes de la population. Allez auprès des gens. Voyez ce qui les préoccupe et vous saurez ce que vous avez à faire.
Ce sont les élites qui se sont coupé des préoccupations des citoyens. La question européenne n’est qu’un exemple, même s’il est particulièrement frappant, de la manière dont les élites font de la politique en se moquant éperdument de ce que l’homme de la rue pense ou ressent.

4. Suivre sa propre voie en Europe et dans le monde

Le 6 décembre 2006, il y aura 14 ans que le peuple et les cantons ont refusé l’adhésion à l’Espace économique européen (EEE). Cette campagne de votation a été la première grande confrontation sur la question européenne. Les arguments invoqués en faveur d’une adhésion à l’EEE étaient avant tout de nature économique. Les organisations de l’économie, de même que la classe politique, les médias, les syndicats et les professeurs d’université ont tous, d’une même voix, mis en garde contre les conséquences d’un non au traité d’adhésion à l’EEE. Avec des millions de contributions et une armée de journalistes écrivant jusqu’à s’en écorcher les doigts, ils ont menacé les citoyens appelés aux urnes : 

  • d’un départ en masse des entreprises suisses vers l’UE
  • de l’appauvrissement de la Suisse 
  • de la fin des investissements en Suisse
  • de la perte de compétitivité de l’industrie suisse d’exportation
  • de l’effondrement du franc suisse
  • d’une forte hausse des intérêts débiteurs qui, en raison de la perte de confiance dans l’économie suisse, en arriveraient même à dépasser le niveau des taux européens
  • et de bien d’autres conséquences catastrophiques.

Une voix particulièrement éminente, celle de l’ancien directeur des transports de la ville de Lucerne, déclarait en 1992 : « Sans l’EEE, la Suisse ne pourra pas survivre. » Par chance, la plupart des prophètes sont désavoués par les événements. Aujourd’hui, les journaux écrivent que la Suisse est le pays le plus compétitif du monde, que la Suisse connaît une forte croissance économique, que la Suisse n’a aucun problème de croissance, etc. Bon, ces titres donnent peut-être aujourd’hui dans l’excès inverse.

5. La Suisse, un modèle de réussite

Mais une chose est sûre : un bref regard en arrière montre qu’une Suisse indépendante mais ouverte sur le monde est un modèle de réussite, du moins tant que ce modèle n’est pas dévoyé ou abandonné.

L’indépendance, la neutralité et la volonté de promouvoir la responsabilité individuelle sont le fondement d’une Suisse qui réussit, alliant prospérité et sécurité. C’est cela que doit défendre l’UDC !

Le fait est que la compétitivité de notre pays fait bonne figure en comparaison internationale. N’est-elle pas nettement plus élevée que celle des Etats de l’UE ? Selon la dernière étude du WEF (World Economic Forum) la Suisse se classe même au premier rang. Le WEF ne tarit pas d’éloges, notamment sur les institutions financières, la recherche, la stabilité politique, le faible taux d’imposition et les infrastructures. Selon un sondage effectué auprès d’entreprises, la Suisse occupe également la première place en Europe pour l’implantation de sociétés. C’est ce que montre aussi la somme élevée des investissements directs opérés dans le pays, tout comme le fait que près de 500 entreprises étrangères se sont établies en Suisse durant la seule année 2005.

En résumé, force est de constater que : 

  • La Suisse s’en tire mieux que n’importe quel Etat européen s’agissant des taux d’intérêts, de l’inflation, du niveau des salaires et de la prospérité.
  • La confiance dans le franc suisse reste intacte. 
  • Malgré une forte présence d’étrangers, le taux de chômage reste plus faible que dans l’UE. 
  • La compétitivité de l’économie suisse n’a aucunement souffert.

6. En politique européenne nos idées ont également fait leur chemin

Le non à l’EEE a empêché l’adhésion à l’UE que certains avaient déjà en point de mire et qui aurait porté un coup fatal à l’indépendance, au fédéralisme, à la démocratie directe et à la neutralité.

L’UDC a réussi à imposer officiellement son principal objectif ! 

  • Sans l’UDC, l’adhésion à l’EEE serait devenu réalité et la Suisse serait aujourd’hui membre de l’UE. 
  • Il y a quelques années encore, le Conseil fédéral, l’administration, le Parlement et tous les autres partis avaient comme objectif l’adhésion à l’UE. 
  • Je rappelle qu’en 2001, c’est par une majorité écrasante de 76,8 pourcent que le peuple a rejeté l’idée d’une adhésion rapide à l’UE. 
  • L’objectif stratégique de l’adhésion à l’UE, poursuivi jusqu’en 2003, a été abandonné par le Conseil fédéral et par le Parlement. 
  • Le Conseil fédéral s’engage pour la voie bilatérale, sans mettre en danger sa marge de manœuvre.

Nous sommes également parvenus à donner une nouvelle orientation à la politique européenne de la Suisse.

Il ne s’agit pas d’un triomphe pour l’UDC, mais du juste chemin pour la Suisse. Si l’UDC maintient ce cap sans fléchir, tout ira bien pour la Suisse. Mais nous devons tenir bon, encore et toujours.

vers le haut Dernière modification 18.10.2006