20e anniversaire de l’ASIN : 20 ans d’engagement pour une Suisse indépendante, neutre et libre

Allocution prononcée lors de la célébration des 20 ans de l’ASIN à Interlaken, par le conseiller fédéral Christoph Blocher

Discours, DFJP, 28.10.2006. Les versions orale et écrite font également foi. L’orateur se réserve le droit de s’écarter sensiblement du manuscrit

Interlaken. Dans le discours qu'il a prononcé à l'occasion du 20e anniversaire de la fondation de l'ASIN, le conseiller fédéral Christoph Blocher a loué l'engagement de ce mouvement en faveur d'une Suisse indépendante. L'ASIN est le fer de lance de l'indépendance, le défenseur de la démocratie directe et le bastion de la neutralité, a-t-il ajouté, en appelant ses membres à poursuivre leur combat.

Contenu

  1. La mission de l’ASIN
  2. La votation de 1992 sur l’EEE
  3. Une simple nouvelle dans les journaux ?
  4. ASIN. I comme indépendance
  5. ASIN. N comme neutralité
  6. ASIN. S comme Suisse
  7. Poursuivre la mission

1. La mission de l’ASIN

La mission de l’ASIN et l’importance de ce mouvement peuvent être résumées en peu de mots :

Sans l’ASIN, nous aurions perdu notre indépendance.

Sans l’ASIN, nous serions aujourd’hui membre de l’Union européenne.

Sans l’ASIN, le peuple suisse aurait été mis sous tutelle, car l’adhésion à l’UE signifierait la fin de la démocratie directe et, partant, la fin de nos droits populaires qui font la spécificité de la Suisse.

Sans l’ASIN, la Suisse aurait renoncé à sa neutralité. En d’autres termes, elle aurait abandonné cette doctrine de politique extérieure qui l’a préservée pendant 150 ans, de toutes les guerres.

Force est ainsi de constater que :
l’ASIN est le fer de lance de l’indépendance,
l’ASIN est le défenseur de la démocratie directe,
l’ASIN est le bastion de la neutralité.

Cela fait maintenant vingt ans que l’ASIN est engagée dans ce combat pour l’indépendance de la Suisse. Voilà qui témoigne d’une ténacité et d’une conviction sans faille. C’est un combat dans lequel elle a mis tout son cœur. Vingt ans de résistance à toutes les tentations de faire comme les autres. Vingt ans de résistance obstinée à toutes les tentatives de pression des médias, des partis, des autorités, des organisations de l’économie, des syndicats et des professeurs d’université.

Si l’on m’avait interrogé à l’époque de mon élection au Conseil national, j’aurais dit qu’une action pour une Suisse indépendante et neutre n’était pas nécessaire, puisque nul ne songeait à remettre en cause les piliers de l’Etat que sont l’indépendance, la neutralité et l’autodétermination. Il y a vingt ans, cependant, certains milieux qui se voulaient modernes ont commencé à expliquer que ces piliers étaient dépassés : le moment était venu de fonder l’ASIN. Peu de temps après, l’occasion fut donnée à l’ASIN de recevoir le "baptême du feu" et de mener son combat le plus important.

2. La votation de 1992 sur l’EEE

C’est la question de savoir si la Suisse devait, ou non, rejoindre l’Espace économique européen (EEE) qui a été l’occasion de ce baptême du feu. Le 6 décembre 1992, le peuple et les cantons ont refusé l’adhésion à l’EEE. Avec une participation de plus de 78 pour cent, les citoyens ont décidé que la Suisse devait suivre sa propre voie, en Europe et dans le monde.

Cette votation était de celles où se joue le destin d’un pays. Sans doute la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale. Les arguments invoqués en faveur d’une adhésion à l’EEE étaient avant tout de nature économique. Les organisations de l’économie, de même que la classe politique, les médias, les syndicats et les professeurs des hautes écoles ont tous, d’une même voix, mis en garde contre les conséquences d’un non au traité d’adhésion à l’EEE. En cas de refus, notre pays ne serait plus compétitif, tel était le credo de la Suisse officielle.

Dans ce contexte, qu’il me soit permis de citer encore l’ancien directeur du tourisme de la ville de Lucerne qui avait déclaré, en 1992 : "Sans l’EEE, la Suisse ne pourra pas survivre." La plupart des prophètes sont désavoués par les événements, et celui-là n’a pas fait exception. Quatorze ans plus tard, nous pouvons poser un regard moins passionnel sur l’évolution économique et politique qu’a connue notre pays depuis cette date. Et que constatons-nous ? Nous constatons que les prédictions apocalyptiques sur l’avenir de la Suisse en dehors de l’EEE étaient profondément erronées. La Suisse a survécu sans l’EEE. C’est même grâce à ce refus qu’elle a si bien survécu : c’est précisément en restant à l’écart de l’EEE que la Suisse a pu maintenir sa prospérité.

3. Une simple nouvelle dans les journaux ?

Il y a environ deux mois, les journaux ont publié une nouvelle qu’on aurait tort de sous-estimer. Le World Economic Forum (WEF) a rendu public les résultats d’une vaste enquête, menée à l’échelle mondiale, sur la compétitivité des pays industriels. Or que disent ces résultats ? Ô surprise : la Suisse se retrouve en tête du classement. Cette Suisse qui ne fait pas partie de l’UE et qui, selon les partisans de l’adhésion à l’EEE, devait en être réduite à implorer à genoux qu’on veuille bien accepter son adhésion à l’UE. Cette Suisse dont on annonçait la ruine économique, à laquelle on prédisait qu’elle ne serait plus compétitive en dehors de l’UE. L’enquête du WEF montre, au contraire, que la Suisse dispose de qualités particulières : une place financière solide, des instituts de recherche de premier plan, une stabilité politique, des impôts comparativement peu élevés et d’excellentes infrastructures.

Bien entendu, toute la coalition des euro-enthousiastes a passé cette nouvelle sous silence. Bien entendu, la plupart des journaux n’y ont consacré que quelques lignes noyées dans leur rubrique économique. Le remords est allé si loin qu’on ne parvient même plus à se réjouir de cette bonne nouvelle : car enfin, cette première place n’est-elle pas une distinction pour la Suisse ? Nous devrions y voir une confirmation de la justesse nos choix. Elle pourrait même nous motiver à jouer davantage encore la carte de l’indépendance, à renforcer encore notre volonté d’autonomie, à avoir confiance dans nos atouts. Nous avons la chance unique de prouver que d’autres voies sont possibles, que l’indépendance, pour un petit Etat, n’est pas un défaut, mais un avantage.

L’étude sur la compétitivité des pays n’était pas la seule bonne nouvelle de ces derniers mois. La Suisse constitue aussi en Europe l’un des sites les plus favorables pour l’implantation d’une entreprise. C’est, du moins, ce qui ressort d’une enquête réalisée auprès de dirigeants d’entreprises actives au niveau international. Mais c’est aussi ce que montrent, avant tout, les faits : l’année dernière, quelque 510 entreprises étrangères se sont installées en Suisse. Précisément dans ce pays qui n’est pas membre de l’UE. Ou est-ce justement pour cette raison que ces entreprises ont choisi la Suisse ? De grandes sociétés ont déplacé leur siège en Suisse. S’agit-il d’un hasard ? La somme des investissements directs opérés par les entreprises étrangères en Suisse n’a jamais été aussi élevée. Ne faut-il y voir, là encore, qu’un hasard ?

Certainement pas : la Suisse, grâce à son indépendance, peut mener sa propre politique, celle qui convient le mieux à notre petit pays neutre. Autonome sur le plan fiscal, la Suisse peut offrir des conditions attrayantes aux entreprises. La Suisse a un marché financier solide et des banques de premier plan, ce qui serait inconcevable si elle avait abandonné le franc suisse et cessé de mener une politique monétaire indépendante.

4. ASIN. I comme indépendance

C’est pour de bonnes raisons qu’en 1992, le peuple suisse a refusé le traité d’adhésion à l’EEE et c’est aussi pour de bonne raisons qu’il a refusé, en 2001, l’adhésion à l’UE. Le souverain a ainsi opté pour que la Suisse suive sa propre voie, alliant prospérité et sécurité.

Une participation à l’EEE ou une adhésion à l’UE détruiraient les bases sur lesquelles la Suisse a bâti sa réussite :

  • l’eurocratie remplacerait la démocratie directe : plus d’initiatives populaires ni de référendums ;
  • notre politique qui obéit aujourd’hui à une autodétermination vigilante, serait dictée par l’étranger;
  • le centralisme remplacerait le fédéralisme, ce système qui permet l’unité dans la diversité ;
  • la démocratie directe disparaîtrait ;
  • les restrictions en tout genre saperaient notre liberté d’action ;
  • le chômage augmenterait ;
  • la perte de notre devise nous exposerait à l’inflation ;
  • les intérêts débiteurs et hypothécaires prendraient l’ascenseur ;
  • les loyers augmenteraient en conséquence ;
  • les citoyens devraient s’acquitter de nouveaux impôts, taxes et redevances ;
  • la Suisse perdrait son attractivité comme lieu d’implantation d’entreprises.

Il est donc réjouissant que le Conseil fédéral ait donné une nouvelle orientation à sa politique européenne. Il ne considère plus l’adhésion comme un "objectif stratégique". Et s’agissant des accords bilatéraux, il précise expressément qu’il faut poursuivre dans cette voie tant que notre liberté d’action n’en est pas entravée, c’est-à-dire sans se laisser enfermer dans un cadre institutionnel contraignant.

5. ASIN. N comme neutralité

La neutralité perpétuelle est l’une des maximes les plus importantes qui sous-tendent la politique étrangère de la Suisse. Gravement négligée dans les années 90, la neutralité est cependant appelée à gagner de nouveau en importance : elle nous protège de la propension à faire la guerre, de la manipulation par les médias, de la tentation de céder précipitamment aux pressions. Elle nous permet, sans prendre parti, d’apporter de l’aide là où elle est vraiment nécessaire. Avec le système de milice, elle fixe un seuil élevé pour l’intervention de l’armée suisse. Mais la neutralité a un prix : elle a besoin de politiques, de diplomates et de soldats sachant faire preuve de constance et sûrs d’eux. La neutralité nous protège – et ce n’est pas le moindre de ses mérites – des rêves de grandeur et de célébrité des élites, qui veulent être applaudies et vues dans les médias, toutes préoccupations bien éloignées des intérêts de la population.

Que recouvre réellement la neutralité et que nous apporte-t-elle ? Elle n’est certes pas une posture confortable. Être neutre signifie souvent – et particulièrement dans des situations graves – être seul, être isolé. Les gouvernants responsables et les bons dirigeants savent que la solitude est inévitable, mais les gens faibles, qui fuient les responsabilités, la craignent.

Les récents attentats terroristes qui ont frappé jusqu’au cœur de l’Europe montrent précisément que la neutralité peut offrir une meilleure protection, à une époque de conflits ayant des ramifications internationales, qu’un ralliement précipité à un camp ou à un autre. C’est l’ASIN qui, inlassablement, depuis 20 ans, défend la neutralité chaque fois qu’elle est menacée. Poursuivez dans cette voie !

6. ASIN. S comme Suisse

En fin de compte, c’est pour la Suisse que nous déployons tous nos efforts. Et la Suisse ne serait pas ce qu’elle est sans les instruments de la démocratie directe.

Ce qui fait de la Suisse un "cas particulier" a un nom : démocratie directe. Dans notre pays, le travail des politiques ne s’arrête pas au soir des élections : quatre fois par année, ils doivent expliquer au peuple pourquoi tel projet est bon ou pourquoi tel autre projet n’est pas judicieux. Car le souverain a aussi le dernier mot sur les questions concrètes. Il est certes pénible, pour nous autres politiques, de devoir s’expliquer à tout bout de champ. Il est vrai qu’il n’est pas facile de présenter un thème de manière compréhensible pour les citoyens. Il est vrai aussi que perdre une votation peut être frustrant. Certes, la menace du référendum plane toujours, comme une épée de Damoclès, sur le gouvernement et le Parlement. Et il arrive que le crin de cheval qui retient cette épée se rompe.

Oui, telle est la démocratie directe, voilà comment elle fonctionne. Il n’est pas rare que le peuple s’élève contre l’opinion dominante dictée d’en haut. Le dernier scrutin l’a montré une fois de plus : les citoyens sont beaucoup plus au fait des réalités de la vie que toutes ces personnes qui pensent faire partie de l’élite. Le citoyen lambda fait l’expérience directe des dysfonctionnements de la politique. Au travail, dans les écoles, dans la rue, en tant que commerçant, contribuable, automobiliste, consommateur… où que ce soit – sous quelque forme que ce soit. Il n’en est donc que plus important que ce soit le peuple qui se prononce en dernier recours sur les questions concrètes, car c’est la population qui subit directement les conséquences d’une politique, lorsqu’elle est néfaste.

L’ASIN en a pris conscience. Sans la démocratie directe, l’ASIN serait impuissante. Seule la démocratie directe permet à l’ASIN d’exercer une influence sur la politique, même en dehors des parlements et des gouvernements. Ne nous leurrons pas : sans la démocratie directe, la Suisse serait membre de l’Union européenne depuis longtemps. Celui qui s’engage pour une Suisse indépendante doit donc s’engager tout autant pour le maintien des droits populaires.

L’UE elle-même se porterait sans doute mieux avec un peu plus de démocratie. On s’en rend compte chaque fois que l’un ou l’autre des Etats membres accorde "généreusement" à la population le droit de se prononcer par référendum.
Faut-il vous rappeler le "non" danois à Schengen ?
Le "non" suédois à l’euro ?
Le "non" de la France et des Pays-Bas au Traité constitutionnel européen ?
Les résultats de ces deux dernières consultations étaient d’ailleurs si nets que les scrutins déjà prévus dans d’autres pays ont tout de suite été déprogrammés. S’il est un droit inhérent à la démocratie, c’est bien celui de dire non !

Cependant la démocratie directe ne s’est jamais réduite à une simple procédure formelle de votation. Elle ne peut exister que si la liberté de la pensée, la liberté de parole et la liberté d’opinion sont garanties. Chaque citoyen doit pouvoir exprimer librement son opinion.

De manière non démocratique, des personnes qui ont quelque chose à dire tentent de plus en plus fréquemment d’interdire, de réprimer voire de falsifier des opinions contraires aux leurs, au lieu d’en tolérer l’existence et – lorsque c’est nécessaire – de les combattre. Je m’étonne toujours de voir comment, sur un nombre croissant de questions, on ne tolère qu’une seule et unique opinion. Un régime démocratique doit pourtant permettre différents mode de penser, d’agir et de gouverner, sinon il n’a pas de sens !

La liberté d’expression ne doit donc pas être restreinte par des lois qui voudraient imposer une pensée unique. La liberté d’expression ne doit pas être poursuivie au nom d’une justice qui réprime les opinions s’écartant de la pensée unique. La liberté d’expression ne doit pas être sacrifiée sur l’autel d’une politique sous-tendue par la pensée unique.

7. Poursuivre la mission

L’ASIN fête ses 20 ans, 20 ans d’engagement pour l’indépendance de la Suisse. L’indépendance donne aux citoyens la liberté nécessaire pour construire l’Etat qui correspond à leurs idées et à leurs besoins. Seule la liberté permet cette conception de la politique en prise sur les réalités de la vie. Telle est la mission de l’ASIN. Et ces vingt ans ne sont qu’un début. Continuez à vous engager pour une Suisse indépendante, neutre et libre !

vers le haut Dernière modification 28.10.2006