"125 années au service de la nature et de la conservation des espèces"

Allocution prononcée par le conseiller fédéral Christoph Blocher à l’occasion du 125e anniversaire de ChasseSuisse et de Diana Suisse et du 25e anniversaire du championnat suisse de cors de chasse, le 16 juin 2007, à Château-d’Oex

Discours, DFJP, 15.06.2007. Les versions orale et écrite font également foi. L'orateur se réserve le droit de s'écarter sensiblement du manuscrit.

Château-d’Oex. A l’occasion du 125e anniversaire de ChasseSuisse et de Diana Suisse et du 25e anniversaire du championnat suisse de cors de chasse, le conseiller fédéral Christoph Blocher a félicité les chasseurs pour le précieux travail qu’ils accomplissent bénévolement en faveur de la nature et de la conservation des espèces. Il a en outre plaidé pour une politique intelligente en matière de protection de la nature et a invité les chasseurs à investir le terrain de la politique – comme le font déjà les organisations de protection de la nature.

1. En reconnaissance d’une prestation bénévole

Je souhaite avant tout chose vous présenter les vœux du Conseil fédéral pour le 125e anniversaire de ChasseSuisse et de Diana Suisse.

Le fait que je sois chargé de vous transmettre les vœux de l’ensemble du gouvernement vous montre l’estime dont bénéficie le précieux travail des chasseurs. En effet, les 125 années d’existence de ChasseSuisse marquent 125 années au service de la nature et de la conservation des espèces.

Il est temps que ce travail, dont nous vous sommes redevables, soit enfin apprécié à sa juste valeur, car il fait partie des tâches importantes liées à la protection de nos sites naturels. Et vous le faites dans un esprit typiquement suisse, c’est-à-dire bénévolement. Vous vous organisez vous-mêmes, sans être rémunérés. Au contraire, l’Etat profite même financièrement de votre travail bénévole par le biais d’une multitude d’émoluments. Et si vous voulez connaître mon avis, je pense que l’Etat se conduit ici (comme dans d’autres domaines) de manière toujours plus éhontée.

2. Tell était également un chasseur

Pour ceux qui n’entendent rien à la chasse, chasser signifie saisir une arme, partir en forêt et tirer sur le premier animal sauvage qui passe à portée de fusil. Celui qui cherche à donner du chasseur cette image de "tireur fou" n’a aucune idée de ce qu’est la chasse en Suisse. Le permis de chasse n’est délivré qu’à celui qui est déclaré apte, après avoir passé l’examen d’aptitude. Commence alors le vrai travail.

Un chasseur doit observer le gibier pendant toute une année. Les chasseurs deviennent ainsi de vrais connaisseurs des animaux sauvages et de leur environnement, sans pour autant avoir dû étudier pendant des années à l’université.

Ils le deviennent à force d’observation et d’expérience. Les chasseurs s’occupaient déjà de la conservation et de la reproduction du gibier à une époque où le mouvement des Verts n’en était même pas à ses premiers balbutiements. Il faut se rendre à l’évidence : à chaque endroit où la chasse est limitée ou même supprimée, l’Etat doit payer des employés qui accomplissent ensuite le travail des chasseurs. Peut-on sérieusement penser qu’il s’agit là d’une solution adéquate ?

Du reste, Guillaume Tell était également un brave chasseur de montagne, jusqu’à ce que Gessler et ses sbires le poussent à entrer en résistance. Ou comme le disait Tell au moment où il attendait Gessler le tyran dans le chemin creux : "Je vivais tranquille et sans histoires – Mes flèches ne visaient que les animaux de la forêt."

3. Se départir d’une approche idéologique de la protection de la nature

On sait aujourd’hui que si une surexploitation des ressources naturelles est une menace pour la diversité des espèces, une interdiction d’exploitation ou un manque d’entretien de ces mêmes ressources l’est tout autant. Si la diversité biologique survit, c’est grâce à l’intervention humaine.

Il ressort d’une étude menée en 2006 sur la biodiversité en Suisse que de nombreux sites souffrent d’un déficit important en matière de protection de la diversité biologique. Même les organisations de protection de la nature tirent la sonnette d’alarme: les marais protégés se dessèchent, la végétation envahit toujours plus d’espace, la forêt conquiert et réduit l’espace vital de plantes et d’animaux rares. Je me souviens très bien comment, dans les années 80, certains milieux annonçaient à grand bruit la mort des forêts. Aujourd’hui, ces mêmes milieux se plaignent de l’avancée menaçante de la forêt. Comme vous le constatez, les démarches idéologiques ne mènent qu’à une chose : le passage d’un extrême à l’autre.

4. Questions et explications nécessaires

Je pense qu’il serait nécessaire de poser quelques idées fondamentales concernant la protection de la nature:

On refuse d’une part que la nature soit exploitée (en délimitant des zones protégées et en interdisant la chasse), pour exiger ensuite d’autre part qu’elle fasse l’objet d’une "revalorisation active", et qu’elle bénéficie de travaux d’entretien et de mesures destinées à la protéger – une telle politique est illusoire et inconséquente.

L’interdiction d’exploiter la nature ouvre en réalité souvent la voie à une exploitation centrée sur une seule activité. L’interdiction de la chasse n’est pas synonyme de revalorisation de la faune ; elle peut aussi entraîner un appauvrissement.

Cependant, une discussion est également nécessaire pour déterminer quel niveau d’exploitation la préservation de la diversité des espèces exige.

Nous devons aussi clarifier ce que nous entendons par une nature "intacte". La préservation de la nature et l’exploitation durable ne s’excluent pas l’une l’autre. Au contraire, l’une ne va pas sans l’autre.

La diversité biologique n’est pas gratuite. Une politique de protection de la nature menée intelligemment doit concilier les intérêts de l’agriculture et de la sylviculture avec ceux de la chasse et de la pêche, au lieu de les opposer.

Il ressort de ces questions et réflexions que les chasseurs ont une mission : vous devez investir le terrain de la politique. Les organisations de protection de la nature le font avec succès – et du point de vue des chasseurs, avec souvent trop de succès même, car ces organisations et les chasseurs ne partagent pas toujours les mêmes intérêts, bien que les unes et les autres se battent pour la protection et la conservation de la nature. Les chasseurs ont donc tout intérêt à constituer un front uni et à s’allier à ceux qui partagent leurs opinions. Je pense en particulier aux agriculteurs et aux forestiers. Il est vrai que les chasseurs font preuve d’un grand engagement tant au niveau personnel que financier; c’est pour cette raison qu’en de nombreux endroits, ils sont peu présents dans la politique. On comprend évidemment que ceux dont la principale préoccupation est d’obtenir et de réclamer de l’argent sont plus vite tentés d’entrer en politique.

5. Une politique intelligente en matière de protection de la nature

A mes yeux, une politique intelligente de protection de la nature (encouragement de la diversité biologique) ne doit pas se concentrer sur la protection d’un petit nombre d’espèces animales qui frappent l’imagination. Elle doit prendre davantage de facteurs en compte. La diversité de notre paysage rural avec toutes ses espèces végétales et ses animaux sauvages constitue une richesse de premier plan. Ce sont ceux qui l’exploitent – qu’ils soient agriculteurs, forestiers, chasseurs ou pêcheurs – qui l’ont créée et qui l’entretiennent. La conservation de la diversité biologique dans les Alpes nécessite une agriculture de montagne et une sylviculture qui fonctionnent bien, mais la chasse a également un rôle à jouer. C’est pour cette raison qu’il faut une politique, et notamment une politique de la chasse, qui parte du principe qu’une nature préservée est inconcevable sans une intervention raisonnable de l’être humain.

Notre forêt n’est pas le résultat d’une croissance incontrôlée de la végétation, d’une nature laissée à elle-même. Elle est à la fois exploitée et entretenue par des forestiers-bûcherons, des entreprises spécialisées dans l’exploitation du bois, des paysans et des chasseurs.

Et vous, les chasseurs, méritez nos remerciements pour votre contribution. J’estime votre travail et j’espère que vous poursuivrez votre mission, dans un esprit typiquement suisse, au service de la nature et de l’être humain.

vers le haut Dernière modification 15.06.2007