"Prévention et responsabilité individuelle : éloge de l’association de gymnastique"

Message de salutations du conseiller fédéral Christoph Blocher, prononcé lors de la 87e journée des membres de la société des vétérans de l’association zurichoise de gymnastique, le 17 juin 2007, à Frauenfeld

Discours, DFJP, 17.06.2007. Les versions orale et écrite font également foi. L'orateur se réserve le droit de s'écarter sensiblement du manuscrit.

Frauenfeld. Lors de la 87e journée des membres de la société des vétérans de l’association zurichoise de gymnastique, le conseiller fédéral Christoph Blocher a salué la responsabilité individuelle dont les associations sportives font preuve en matière de prévention dans le domaine de la santé. Trop souvent, selon le conseiller fédéral, des appels sont lancés, au nom de la prévention, pour que l’Etat impose des interdictions qui déresponsabilisent le citoyen et portent atteinte à ses choix de vie personnels.

Mesdames et Messieurs,

Un nouveau mot à la mode se répand dans le pays : la prévention. Par monts et par vaux, on prêche la prévention. Lorsqu’un politique est à court d’idées, il parle de prévention. Il ne prend aucun risque, puisqu’il est alors assuré de recueillir l’approbation de tous. Et vous imaginez bien que je ne veux pas demeurer en reste.

1. Prévention

La population souffre-t-elle de surcharge pondérale ? On clame immédiatement partout qu’il faut que l’Etat intervienne, à l’aide de mesures préventives. Les enfants se nourrissent-ils mal ? L’Etat doit également intervenir. Au nom de la prévention, on veut imposer une interdiction générale de fumer dans les cafés et dans les restaurants. J’attends le jour où l’on exigera des restaurateurs qu’ils inscrivent au moins un repas pauvre en calories (et si possible végétarien) à leur menu, faute de quoi ils seraient tenus responsables du fait que les citoyens mangent trop gras.

Oui, comme vous le constatez, la prévention a le vent en poupe.

2. Responsabilité individuelle

Mais quel est finalement le résultat de ces mesures de prévention dans le domaine de la santé ? Au lieu de bâtir un projet fondé sur la responsabilité individuelle, le législateur mise sur une plus grande intervention de l’Etat, sur des interdictions et sur une véritable mise sous tutelle de la population. Le citoyen est systématiquement privé de son libre arbitre, et les politiques s’étonnent ensuite d’être confrontés à des citoyens déresponsabilisés, n’ayant plus la capacité ni la volonté de pourvoir à leurs propres besoins et de décider ce qui est bon pour eux et ce qui est mauvais. Au nom de la prévention, on finit par détruire ce que l’on prétend encourager : à savoir la prévention individuelle.

Avec ce genre de mesures de prévention, l’Etat se permet également d’intervenir dans la sphère la plus privée des individus. Il ne saurait d’ailleurs en être autrement : la prévention est une forme de tyrannie, certes présentée dans un bel emballage, mais qui dicte à chacun comment vivre sa vie. Le mot d’ordre de cette tyrannie est : "Vis sainement !". L’Etat commence alors à imposer sa conception d’une vie saine. Et il en a le droit, puisqu’en fin de compte, il ne veut que notre bien à tous. L’Etat veut des citoyennes et des citoyens en bonne santé. Qui pourrait y trouver quelque chose à redire ?

3. Le choix des gymnastes

Pour ma part, je préfère votre choix. Les sociétés de gymnastique pratiquent la prévention depuis longtemps, sans pour autant en parler.

Vous montriez l’exemple de la prévention bien avant que ce mot ne devienne à la mode. J’ai constaté que la société des vétérans de l’association zurichoise de gymnastique existe depuis 1920.

Plus de 7’000 membres y sont affiliés dans le seul canton de Zurich. Vous bougez et faites également bouger la Suisse. Vous ne le faites pas de manière rigide et dans un esprit sectaire, mais vous vous organisez en associations privées, dont vous assumez bénévolement la gestion, tout en n’oubliant pas la dimension humaine et sociale de vos activités. Prendre soin de sa santé ne se réduit pas à compter le nombre de calories et de kilomètres parcourus. Le plaisir joue également un rôle important pour la santé. Vivre, c’est aussi s’autoriser, de temps à autre, un peu plus que ce qui est strictement nécessaire à la survie. Les associations et notamment les associations de gymnastique, en sont un excellent exemple : s’entraîner, courir, faire des exercices de gymnastique puis se retrouver à l’auberge après l’effort n’a rien de contradictoire. J’espère que vous serez encore longtemps animés par ce bon sens qui vous pousse à montrer, par l’exemple, ce qui est bon pour la santé. Les vétérans des associations de gymnastique sont l’incarnation même de la prévention – bien qu’ils ne l’expriment pas en ces termes.

vers le haut Dernière modification 17.06.2007