"Tout dans l’extérieur, rien à l’intérieur"

Allocution prononcée par le conseiller fédéral Christoph Blocher lors de la cérémonie du 100ème anniversaire de l’Association suisse des toitures et façades, le 22 juin 2007, à St-Gall

Discours, DFJP, 22.06.2007. Les versions orale et écrite font également foi. L'orateur se réserve le droit de s'écarter sensiblement du manuscrit.

St-Gall. Le conseiller fédéral Christoph Blocher a adressé ses félicitations à l'Association suisse des toitures et façades, à l'occasion du 100e anniversaire de cette dernière. Il l'a encouragée à continuer à s'engager pour la mise en œuvre de solutions intelligentes dans la construction de maisons.

Mesdames et Messieurs,

1. Avoir un toit

Petit gamin, il m’arrivait – notamment les dimanches de fête solennelle – de me tenir face à mon père, habillé de frais et de neuf, assez fier d’être bien vêtu et propre comme « un sou neuf ». Lui qui, pasteur, se préoccupait plus de la spiritualité de ses ouailles que de leur apparence, avait alors coutume de me dire: « qui dit beauté extérieure dit souvent laideur intérieure ». Par là, il me signifiait que si mon apparence était impeccable qu’en était-il de ma beauté intérieure? Peut-être était-elle entachée de défauts, peut-être même de beaucoup de défauts.

Les réflexions de mon pasteur de père ne s’appliquent en rien à l’Association suisse des toitures et façades : lorsque le toit et les quatre murs ont belle apparence parce que construits dans les règles de l’art, l’occupant du lieu n’a aucun défaut à redouter à l’intérieur de son logis. Il est parfaitement à l’abri du vent, de la pluie et des autres caprices de la météo.

Et ce n’est pas rien:
Avoir un toit au dessus de la tête a toujours été l’une des préoccupations majeures de l’être humain. Les chalets en bois de nos Alpes, les rustici en pierre grossière des vallées tessinoises, les maisons qui bordent les rues des petites cités moyenâgeuses, ou les fermes typiques d’Appenzell avec leur étable attenante ont ceci de commun : permettre à celles et à ceux qui les habitent d’avoir un toit au-dessus de la tête. Mais un toit ne constitue pas encore une maison. Il faut aussi des murs pour avoir un chez soi. Ne pas avoir de toit c’est précisément ne pas avoir de chez soi.

Aussi, en ce 100ème anniversaire de l’Association suisse des toitures et des façades, je tiens tout d’abord à vous transmettre les vœux du Conseil fédéral et à vous féliciter, en mon nom personnel, pour le siècle d’existence de votre association. Il me tient également à cœur de vous exprimer ma gratitude pour avoir offert un logis à tant de personnes en l’espace de 10 décennies.

Vos entreprises ne constituent pas seulement une branche importante de notre économie. En construisant des logements, elles contribuent aussi au bien être - tant physique que mental - de tout un chacun.

Cependant, tout toit n’est pas forcément un toit de qualité. De même que tout mur n’est pas nécessairement solide. Quant au bien-être, son intensité varie en fonction des individus.
La Suisse peut s’honorer d’avoir une longue tradition en matière de constructions de haute qualité. Dans un pays qui n’est pas épargné par la neige, la pluie, le vent et les crues, bâtir du solide était une question de survie, voire le prix à payer pour pouvoir subsister. Vous-mêmes et votre association avez perpétué cette tradition et cette qualité.

2. Tout dans l’extérieur, rien à l’intérieur

Tel est le titre que j’ai choisi de donner à mon allocution. Par cette formule, j’entends souligner qu’une belle apparence ne reflète pas toujours la réalité intérieure, a fortiori quand elle est érigée en valeur. « Tout ce qui brille n’est pas or », pour reprendre un vieil adage populaire !

Mais cet adage ne vaut que pour les individus, pas pour les professionnels du bâtiment que vous êtes, puisque vous vous devez au contraire de « tout mettre » dans l’extérieur des maisons que vous édifiez. En d’autres termes, et pour faire allusion au débat énergétique actuel : plus l’enveloppe du bâtiment est de qualité, moins l’on consomme d’énergie à l’intérieur de celui-ci.

Les finances du consommateur s’en trouvent mieux et l’environnement aussi. C’est-dire que votre activité est tout à fait dans l’air du temps. N’oublions pas, en effet, que ce que coûte l’énergie domestique représente une part non négligeable du budget de tout un chacun.

Celui qui est économe utilise son argent de telle manière qu’il produise le meilleur résultat au moindre coût. Une construction ou une transformation de qualité permet aujourd’hui de réduire le coût de l’énergie, parfois même des deux tiers. Mais voilà qu’en Suisse, la bonne vieille ampoule électrique est mise tout à coup au pilori. C’est-elle qui serait responsable du changement climatique, au point même d’être bientôt interdite en Australie. Récemment, à l’occasion d’une séance du Conseil fédéral, on nous a installé une ampoule basse consommation. Beaucoup moins vorace que l’ampoule traditionnelle nous a-t-on dit ! Peut-être, mais produisant une lumière blafarde, ainsi que j’ai pu le constater. Quelque temps après, quelqu’un m’a téléphoné pour m’apprendre que cette ampoule basse consommation contenant du mercure, son emploi et, surtout, son élimination posaient nettement plus de problèmes que ceux de l’ampoule électrique normale !

En Suisse, à l’heure actuelle, la tendance est aux conjectures les plus farfelues : si l’on remplaçait toutes les ampoules électriques normales par des ampoules basse consommation, on pourrait fermer une centrale nucléaire, peut-on entendre dire. On nage ici en plein délire ! Et je ne serais pas étonné qu’un jour un parlementaire dépose une intervention demandant l’interdiction des lampes de chevet. Tirez-en les enseignements qui s’imposent : continuez à poser des toits et à construire des murs de qualité, contribuant ainsi à faire baisser la consommation d’énergie domestique et, partant, à permettre aux consommateurs de faire des économies !

3. Rien de nouveau sous le soleil

Quand je pense au débat énergétique actuel, soi-disant novateur, je ne puis m’empêcher de me dire : Mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! Voilà très longtemps que l’homme s’efforce de garder la chaleur au sein de son logis. Pour s’en convaincre, il n’est que de contempler les maisons typiques de l’Engadine ou du Jura : des murs de pierre épais, de petites fenêtres, des bâtiments orientés au sud. Cette manière de construire n’avait qu’un but : empêcher le froid d’entrer pour qu’il n’y ait pas de déperdition de chaleur. Ce n’était, ni plus ni moins, que de l’isolation que pratiquaient là nos ancêtres, sans savoir qu’un jour on baptiserait ainsi ce procédé technique.

Les prix de l’énergie étant aujourd’hui à la hausse, le consommateur se demande, plutôt deux fois qu’une, comment il peut s’en sortir à bon compte. Et c’est là que vous intervenez à nouveau : le client souhaitant réduire sa consommation d’énergie, il est normal que le marché réagisse. Inutile de discourir longuement à ce sujet puisque toutes vos entreprises ont affaire à des clients qui souhaitent faire construire à un prix aussi avantageux que possible, une maison aussi solide et aussi bien isolée que possible. A vous de répondre à ces besoins en proposant de judicieuses solutions. Tel est votre rôle d’entrepreneur. Et si vous ne parvenez pas à répondre à ces besoins, vous vous retrouvez « sur la touche ». Car, en ce domaine comme dans d’autres, les lois du marché ne pardonnent pas.

4. L'hystérie est mauvaise conseillère

Permettez-moi d’en revenir au débat auquel donne lieu actuellement le changement climatique. Certaines discussions auxquelles on assiste dans ce cadre et certains scénarios-catastrophe que l’on nous présente relèvent – n’ayons pas peur des mots – de la pure hystérie. Or, en politique, l’hystérie est la pire conseillère que l’on puisse imaginer. Il arrive par trop fréquemment que l’on mette en branle tout l’appareil législatif pour un seul événement tragique qui s’est produit. Au lieu de sanctionner le coupable on préfère proposer l’adoption de nouvelles dispositions législatives qui sont censées prévenir la répétition de tels événements, quitte à pénaliser encore un peu plus tous ceux qui n’y sont pour rien.

Voyez ce qui s’est passé lors du décès de l’enfant mis en pièce par un chien de combat, tragique événement s’il en est, mais combien riche d’enseignements. Immédiatement après l’accident, le monde politique, sous la pression massive exercée par les médias, en a appelé à une interdiction totale des chiens dangereux, à une limitation de leur nombre, à une interdiction d’en faire l’élevage ou encore à l’adoption de critères spéciaux pour l’admission de chiens, etc. Or légiférer contre les chiens de combat est une mesure qui occupera des juristes, les administrations et les législatifs pendant des années. Pourtant, préalablement, on ne s’est même pas demandé s’il était nécessaire d’adopter une nouvelle loi, ni si cette loi produirait les effets escomptés. Au demeurant, dans le cadre de cette affaire, il s’est révélé que ce n’était pas la première fois que le maître fautif de l’animal tueur violait les réglementations existantes. Mais son cas n’a rien d’exceptionnel. Souvent, en effet, les lois existantes sont foulées au pied, ne sont pas appliquées et leur respect n’est pas contrôlé. Au lieu de prendre des mesures pour améliorer l’application des textes, on préfère adopter une nouvelle loi qui ne sera pas mieux appliquée que les précédentes. Mais il est plus facile de faire de nouvelles lois que d’assurer le respect des textes en vigueur. Est-ce vraiment dans ce travers que nous voulons tomber ?

Pour en revenir aux catastrophes climatiques que d’aucuns nous prédisent : je ne veux pas les minimiser. D’ailleurs je ne sais même plus s’il y a quoi que ce soit à minimiser. Car pour que je puisse relativiser la gravité d’un phénomène, encore faut-il qu’il soit réellement dangereux. Et c’est bien là la pierre d’achoppement : les phénomènes climatiques sont-ils décelables et mesurables ? Déploient-ils des effets? Et, dans l’affirmative, ces effets sont-ils tous nuisibles? L’Histoire nous apprend que l’humanité a toujours connu des époques de grand froid suivies par des périodes de réchauffement climatique allant de pair avec l’essor économique, la prospérité et le bien-être. A n’en point douter, là encore, l’hystérie est mauvaise conseillère.

5. Place aux solutions intelligentes, pas à l’hystérie

Toutes et tous, cet après-midi, vous représentez des entreprises artisanales qui se vouent à la construction de maisons. Voilà un siècle que vous vous êtes groupés en association. Mais votre corps de métier se préoccupe depuis beaucoup plus longtemps des problèmes d’énergie que j’ai évoqués. Toutefois à la différence de ceux qui réagissent de manière hystérique et donc stérile face à ces problèmes, vous, vous offrez des solutions intelligentes. Quiconque sait observer les choses avec perspicacité ne peut que constater que l’évolution des techniques, dans le domaine de la construction en particulier, a toujours généré des produits innovants. J’ai cité les maisons jurassiennes construites, à très juste titre, avec de toutes petites fenêtres. On sait, en effet, que c’est par les fenêtres que le froid pénètre, d’où l’idée de leur donner des dimensions aussi restreintes que possible. Aujourd’hui, grâce au progrès technique, on peut équiper les maisons de fenêtres présentant une valeur d’isolation K et répondant aux plus hautes exigences. Mais l’on pense déjà à des fenêtres d’un nouveau type, qui tout en protégeant du froid capteront l’énergie solaire. Et je n’ai pris que cet exemple ! Mais il est, ô combien, révélateur de l’inventivité des artisans !

L’être humain veut habiter un nid douillet ! Et c’est son droit le plus strict. Ce n’est pas en interdisant ni en décrétant des limitations, comme le souhaitent les écologistes, que l’on résoudra les problèmes énergétiques. Il faut offrir des solutions intelligentes et les mettre en œuvre. C’est ce que fait votre association ! Je lui souhaite plein succès dans cette activité!

vers le haut Dernière modification 22.06.2007