"Se concentrer sur ses atouts pour réussir"

Allocution prononcée par le conseiller fédéral Christoph Blocher lors de la remise du prix de Vigier, le 28 juin 2007, à Soleure

Discours, DFJP, 28.06.2007. Les versions orale et écrite font également foi. L'orateur se réserve le droit de s'écarter sensiblement du manuscrit.

Soleure. A l'occasion de la remise du prix de Vigier, le conseiller fédéral Christoph Blocher a appelé les jeunes entrepreneurs à considérer la réussite comme l'objectif à atteindre. Pour réussir, l'entrepreneur doit se concentrer sur ses atouts et ne pas se disperser, a-t-il précisé. Il doit être prêt à se remettre en question, avoir le courage de fixer des priorités et faire preuve d'humilité envers son travail.

Mesdames, Messieurs,

1. Qu’est-ce qu’un entrepreneur ?

L’entrepreneur classique est un individu qui possède une entreprise et qui la dirige personnellement. Il est à la fois le patron et le propriétaire de l’entreprise. Son existence – son destin, pour parler avec emphase – est étroitement liée à celle de l’entreprise, parce qu’il y a investi son capital et qu’il la dirige. C’est ce qui le différencie d’un manager, qui est seulement un employé placé à la tête d’une entreprise.

La situation se présente cependant différemment pour les entreprises cotées en bourse, parmi lesquelles on ne retrouve pas l’entreprise classique – dont le propriétaire est également le patron. La propriété et la direction de l’entreprise ne coïncident pas. La propriété est de surcroît répartie entre une multitude d’actionnaires.

Être coté en bourse ne devrait cependant pas être le premier souci des lauréats d’aujourd’hui. Il s’agit avant tout pour vous de devenir des entrepreneurs. Vous avez une idée commerciale, mais les moyens financiers vous permettant de la développer vous font défaut. Si vous parvenez à convaincre la fondation de Vigier, vous obtiendrez un capital de départ de 100'000 francs, ce qui représente une belle réussite, qu’il s’agira de consolider. Le prix de Vigier doit être le point de départ d’une histoire réussie et non son aboutissement.

2. Le but est le but (ou la réussite)

On dit parfois que le but, c’est le chemin. La signification de cette formule est que ce qui compte n’est pas tant l’objectif à atteindre, donc la réussite, mais le chemin que l’on emprunte pour y parvenir. L’idée est plaisante et confortable, évoquant un peu une promenade du dimanche.

Selon cette philosophie, il n’est pas tellement important de savoir où nous allons ; peut-être ne sait-on même pas si le chemin que nous parcourons mène quelque part. Ce qui importe avant tout, c’est de cheminer, ensemble, en bonne compagnie. Pour une entreprise, cette formule n’est d’aucune utilité. En politique, malheureusement, elle a beaucoup de partisans. Pour l’entrepreneur, l’objectif reste l’objectif. La seule chose qui compte, c’est d’atteindre le but, de réussir, de remplir sa mission.

3. Comment réussir ?

  • Se concentrer sur ses atouts – je le dis par expérience – est ce qu’il y a de plus important pour réussir. C’est un fait facile à comprendre : si je dois effectuer une centaine de tâches de même importance, je ne peux accorder qu’un centième de mon énergie à chacune d’elles. Mais si je concentre toute mon énergie sur une seule et même tâche, je pourrai y consacrer cent fois plus d’énergie. Voilà le secret de la concentration, qui est un facteur de réussite déterminant.

    Lorsque l’on se concentre totalement sur une tâche, le risque d’échouer est moindre. Celui qui se disperse en s’occupant d’une centaine de tâches différentes se sentira rassuré, parce que si l’une d’elles tourne mal, il pourra toujours se rattraper avec les 99 autres. En règle générale, aucune de ces 100 tâches ne sera réalisée correctement. L’expérience montre que les entreprises qui ont su concentrer toutes leurs forces dans leur domaine d’activité ont connu le succès. Les entreprises "diversifiées" qui pensaient pouvoir gérer des usines de fabrication de machines, des banques, des hôtels, des assurances et bien d’autres choses encore, ont échoué. Pendant deux années – de haute conjoncture économique – on a prêché la diversification, afin de répartir les risques. Au début, tout a bien fonctionné – parce que la conjoncture était favorable. Mais lorsque l’économie a manifesté des signes de ralentissement – et c’est à ce moment là que la validité d’une stratégie est mise à l’épreuve – ce système s’est effondré. Les diversifications dépassaient les compétences des cadres, en particulier de la direction, qui devaient se consacrer à plusieurs domaines en même temps. Mais l’être humain a des limites. Lorsque l’on travaille dans trop de domaines à la fois, il devient impossible d’approfondir ses connaissances de chacun d’entre eux tout en gardant une vue d’ensemble. Lorsque l’incendie se généralise, il devient alors impossible de le circonscrire.
     
  • Le chef d’entreprise doit toujours affirmer ses capacités. Il veut être bon et craint constamment l’échec. Voici cependant de quoi le consoler : nul besoin d’être bon, il faut seulement être meilleur que la concurrence.
    Vous me rétorquerez que celui qui se concentre sur une chose, peut faire un mauvais choix malencontreusement se concentrer sur la mauvaise et courir ainsi à sa perte.

    Bien entendu, l’objet de mon attention peut être mal choisi. Se fixer sur un seul objet ne suffit pas encore à garantir le succès. Mais celui qui se consacre tout entier à sa tâche court moins le risque de se concentrer sur quelque chose qui n’en vaut pas la peine. Il remarque plus rapidement si l’objet de son attention est, ou non, le bon. Il faut évidemment toujours se concentrer sur ses atouts. Mais comment savoir quel objet mérite que l’on y consacre son attention ? Cette question doit être approfondie. Quels sont mes points forts ? Pour le formuler autrement : en quoi suis-je différent de mes concurrents et meilleur qu’eux ? Cette caractéristique correspond-elle à une demande sur le marché ? Voilà pourquoi l’analyse de la concurrence est une tâche indispensable pour tout entrepreneur qui veut réussir. Dans son travail, l’entrepreneur doit sans cesse être taraudé par cette question : dans quels domaines suis-je moins mauvais que mes concurrents ?

    Si je concentre sur mes atouts toute mon énergie, toute l’énergie de mes collaborateurs, tous mes fonds et toutes mes ressources, alors le succès sera au rendez-vous. Pour réussir, mieux vaut utiliser son énergie à cultiver les avantages de sa position plutôt qu’à éliminer ses points faibles.

    Emprunter cette voie nécessite un grand travail d’analyse et une bonne dose d’autocritique. Vous devrez toujours être prêts à tout remettre en question, y compris vous-même. Vous devrez admettre les avis divergents, vous devrez même les solliciter. Mais plus vous approfondirez une question, mieux vous identifierez vos points forts. Pour tout entrepreneur, il est absolument vital d’identifier ses chances de succès. Comme je le disais tout à l’heure, il n’est cependant pas nécessaire, dans l’absolu, d’être fort. Il suffit d’être meilleur que ses concurrents. D’être moins faible qu’eux !
     
  • Que signifie "se concentrer" ?

    L’art de la concentration consiste à ne pas se disperser. Être capable de fixer des priorités et s’obliger à le faire. Délaisser certaines tâches. Ne pas user son énergie à mauvais escient.
    La difficulté principale n’est pas de se concentrer, mais d’abandonner les activités ordinaires et accessoires. Se concentrer signifie être capable de laisser à d’autres des tâches que l’on accomplit peut-être avec plaisir, mais qui sont trop peu importantes. On croit toujours pouvoir faire encore telle ou telle autre chose, mais en règle générale, on se surestime et on présume de ses forces.

    Pour ma part, cela m’aide toujours de me concentrer sur l’essentiel et de déléguer tout ce qui peut l’être. Avoir de l’ordre dans ses idées. Mais ce qui importe le plus, c’est de faire en sorte que le responsable puisse se concentrer sur sa mission. La dispersion est une cause d’échec fréquente.

4. Être entrepreneur, c’est faire preuve d’humilité

Un bon chef se distingue avant tout par l’humilité dont il fait preuve. Humilité envers son travail, envers sa mission – plutôt qu’envers les personnes, et a fortiori envers les personnes qui ne sont pas à leur affaire.

Il est également nécessaire d’avoir conscience des limites de sa propre action. Dans ces conditions, l’entrepreneur devient capable d’identifier un problème et de l’analyser. Il acquiert la force de décider, de même que le courage d’imposer un objectif commun à ses subordonnés et d’atteindre, avec eux, cet objectif.

Je vous souhaite de trouver la force et le courage, mais aussi l’humilité, qui vous seront nécessaires pour déterminer votre mission, identifier vos atouts et atteindre vos objectifs.

vers le haut Dernière modification 28.06.2007