Assemblée interjurassienne (AIJ): Allocution de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf

Mots-clés: Cantons

Discours, DFJP, 04.05.2009. Les paroles prononcées font foi

Moutier. Allocution de la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf lors de la remise du rapport final de l’Assemblée interjurassienne (AIJ), le 4 mai 2009 à Moutier

Madame et Messieurs les membres des gouvernements bernois et jurassien,
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres de l'Assemblée interjurassienne,
Mesdames, Messieurs,

Introduction

Il y a presque 15 ans, le 11 novembre 1994, l’Assemblée interjurassienne tenait sa première séance à Moutier. Hasard des dates, coïncidence historique, on commémore un armistice le 11 novembre. Bien sûr, une guerre mondiale et le conflit jurassien ne sauraient être comparés. Mais vous avez su faire honneur à cette date. Le 11 novembre, 1994 et non 1918, marque donc le début d’un armistice politique dans cette région jurassienne qui avait connu tant de déchirements.

Bilan

Pendant près de 15 ans, l’Assemblée interjurassienne a travaillé, dans la sérénité et le respect de l’autre. Elle a cultivé les affinités, imaginé des synergies, proposé des mesures aux deux gouvernements cantonaux. Les institutions communes que vous avez appelées de vos vœux sont, pour certaines du moins, réalité.

Je me réjouis aujourd'hui de constater que votre assemblée apparaît comme un lieu où non seulement un dialogue s'est opéré, mais aussi où des solutions ont été imaginées et des résultats obtenus. Vous pouvez être fiers de ces résultats, et je vous en félicite.

Mais nous ne commémorons pas aujourd’hui un anniversaire, et je ne vais pas dresser dans le détail la liste de vos nombreuses réalisations. Vous nous remettez un rapport ; un rapport final qui plus est, sur l’avenir institutionnel de la région jurassienne : c’est donc une étape, et c’est vers l’avenir que nos regards se portent. Ce rapport est accompagné d’un rapport de minorité établi par cinq membres de votre assemblée, qui se distance de certaines conclusions du rapport final.

Avenir

Les représentants du Conseil fédéral l’ont souvent répété par le passé : l'idée qui sous-tend l'Accord du 25 mars 1994 est de dégager, par le dialogue, des solutions qui naissent de la région concernée elle-même. Il ne s'agit pas d'imposer des solutions de l'extérieur. C'est du sol jurassien que doit naître et que naîtra le futur de cette région.

Ce futur, vous avez cherché à en dessiner les contours avec plus de précision dans le cadre du mandat donné par vos deux gouvernements, sous l’égide du Conseil fédéral. Ce mandat vous donnait un objectif ambitieux : imaginer l’avenir institutionnel de sa région. N’est-ce pas un peu une mission impossible quand les attentes sont tellement divergentes ?

Vous remettez aujourd’hui un rapport sur l’avenir institutionnel de la région jurassienne. Ce rapport se devrait d’être final, si l’on en croit son intitulé. Mais, en histoire, rien n’est jamais vraiment fini… Et vous proposez maintenant un scénario pour l’avenir de vos travaux : l’ouverture d’une nouvelle phase d’information interactive…

Votre rapport, nous allons l’examiner en détail. Ce seront en premier lieu les gouvernements cantonaux, vos mandants, qui devront y donner suite. Et je veillerai, dans le cadre de la Conférence tripartite que je préside, à ce que le dialogue entre les deux gouvernements continue à être aussi excellent que par le passé.

Encore une fois, c’est aux populations concernées, dans le Jura bernois et dans le canton du Jura, qu’il appartiendra en premier lieu de déterminer quel avenir institutionnel elles souhaitent. Mais l’avenir n’est pas qu’institutionnel.

Relativisons…

Permettez-moi, malgré la solennité du moment et sans diminuer en rien l’importance de vos travaux, de prendre un peu de distance, de relativiser quelque peu la question de l’avenir institutionnel. Votre région, notre pays, notre planète connaissent des problèmes qui, vous en conviendrez avec moi, ont plus d’importance que le tracé d’une frontière cantonale. Et, plus important également que l’appartenance cantonale, la prospérité, la sérénité, la qualité de vie dans votre région sont prioritaires. Vous en êtes du reste conscients puisque, pour aborder la question institutionnelle, vous avez préalablement passé en revue, et même à la loupe, les différents paramètres économiques, culturels, financiers, politiques, et j’en passe, de votre région. Le maintien ou la modification d’une frontière cantonale ne sont donc pas des fins en soi. Ils doivent être justifiés par un projet d’avenir, ils doivent être portés par l’assurance que le modèle retenu est le meilleur pour votre région.

Je n’aimerais pas, à ce stade, préjuger de la suite que les gouvernements cantonaux donneront à votre rapport. Car ce sont eux vos mandants, et non le Conseil fédéral.

Indépendamment du dossier jurassien et de la région jurassienne, nombreuses sont les réflexions, les projections, les propositions relatives à un redécoupage de notre état fédéral. Est-ce que l’avenir de votre région se trouve dans une plus grande unité cantonale ? La Suisse comptera-elle toujours 26 cantons ? Est-ce que le Jura bernois et le canton du Jura ne se fonderont pas un jour dans un entité plus grande que leurs seuls territoires respectifs ? Qui sait ?

Ce que je sais

Ce que je sais par contre, ce que le Conseil fédéral a toujours réaffirmé et ce que je veux redire encore, c’est que rien ne sera imposé. Je comprends l’agacement de ceux qui estiment que le Jura bernois est l’objet d’une pression, certes devenue plus amicale, mais qui demeure perceptible. Mais je peux vous assurer : le mariage forcé, ou même suggéré avec trop d’insistance, n’est pas dans nos mœurs.

J’en appelle donc à des vertus très helvétiques : respect, tolérance… et patience. Brusquer les choses ne produirait rien de bon. Et, permettez-moi cette remarque, faire avancer les aiguilles d’une montre à la main ne fait que dérégler le mécanisme, et pas avancer le temps.

Conclusion

En conclusion, j’aimerais vous remercier, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres de l’Assemblée interjurassienne, pour votre engagement.

Accepter de siéger à l’AIJ, c’est accepter de décevoir des attentes. Comment en irait-il autrement, puisque les attentes sont contradictoires ? Mais c’est surtout faire preuve de courage politique, c’est donner l’exemple d’un dialogue serein et constructif. C’est aussi réfléchir à la manière d’assurer au mieux l’avenir d’une région qui vous est, qui nous est chère.

Pour ces presque quinze années d’armistice et de dialogue constructif, pour les résultats obtenus, pour ce rapport, et pour l’énergie que vous allez continuer à mettre au service de l’AIJ, je vous remercie.

Je puis aussi vous assurer que le Conseil fédéral et moi-même continuerons à nous engager pour vous garantir à l’avenir aussi un climat constructif : votre réflexion le mérite.

J’aimerais enfin remercier les deux gouvernements, qui ont su rétablir des relations de confiance. Maintenant qu’ils sont en possession de votre rapport, je suis certaine qu’ils continueront à se parler avec, je le répète, respect, tolérance…. et patience.

Il m’appartenait protocolairement, en qualité de Conseillère fédérale, de m’exprimer la dernière. Mais, bien évidemment, ce n’est pas moi qui aurai le dernier mot quant à l’avenir de votre région. C’est donc avec beaucoup d’intérêt que je continuerai à suivre l’évolution du dossier jurassien.

Gouvernements bernois et jurassien, membres de l’Assemblée interjurassienne, populations du Jura bernois et du canton du Jura, vous avez la parole. Je suis certaine que vous en ferez bon usage, et je resterai à votre écoute.

Je vous remercie de votre attention.

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vers le haut Dernière modification 04.05.2009