Une politique ouverte et généreuse est une démarche de cohésion et d'équité

Allocution de la Conseillère fédérale Ruth Metzler-Arnold lors de la journée officielle du Comptoir Suisse 2002

Discours, DFJP, 12.09.2002. Les paroles prononcées font foi

Introduction

Le Comptoir est à Lausanne, au Canton de Vaud et à la saison d'automne qui s'annonce, ce que les vendanges sont au vin : un moment de rencontre, de chaleur humaine, de création et de volonté d'ouverture. Autant d'ingrédients pour vivre et faire vivre la solidarité.

Voici un peu plus de dix ans, on nous prédisait le tout à l'Internet et à l'électronique et, en arrière-pensée, la fin des contacts personnels et humains, du moins leur restriction. Tout se ferait par satellite, vidéoconférence, internet, SMS et autres artifices technologiques. Loin de nier les avantages pratiques de ces instruments, je constate pourtant que les voyages, les contacts humains, les séances de toutes sortes restent une composante essentielle de notre vie. Rien ne les remplace et j'en suis heureuse.

Percevoir la vie des autres, là où ils sont, avec leurs couleurs et leurs senteurs, avec leurs particularités, c'est l'essence même de l'activité politique. C'est aussi le message durable d'une manifestation telle que le Comptoir. Il n'est jamais inutile de le rappeler.

Rappel

Voici un an, nous étions sans réponse, hébétés et interloqués devant l'attentat de New York. En un clin d'oeil le monde était devenu tout petit, étroit, très étroit. Quel lendemain ?

Et puis il a fallu repartir. Aucun pays, aucun individu, ne pouvait se déclarer insensible à ce drame sans précédent.

Toujours cela nous montre que derrière la violence aveugle, aussi inqualifiable qu'elle soit, se cache le drame de l'injustice sociale, du dérèglement économique et du sous-développement pour lesquels nous portons tous une part de responsabilité. C'est donc à cela qu'il faut nous acharner à apporter des réponses.

Solidarité

La Suisse, qui ne connaît pas les tourments politiques des grandes puissances, n'en est pas moins responsable. Ses capacités économiques et financières lui confèrent un poids et une responsabilité. Elle ne peut s'y soustraire.

Que ce soit dans la lutte contre la criminalité économique - le bras financier des actions terroristes -, dans sa politique d'immigration, dans sa politique d'aide au développement, dans son engagement, à Strasbourg et ailleurs, en faveur des droits de l'homme, dans sa politique économique et commerciale, la Suisse doit tenir sa place en esprit de coopération et de solidarité; elle doit s'engager pour plus d'équité et de justice.

Sous-entendre ou prétendre, comme le font certains chantres de l'isolement, que nous pouvons faire sans les autres, est un mensonge. C'est nous exposer, tôt ou tard, à la main mise sur notre avenir de ceux qui, malgré leurs différences, auront accepté de partager les intérêts qu'ils ont en commun.

Fondation Suisse Solidaire

Le 22 septembre, le peuple suisse a la possibilité de dire haut et fort son engagement solidaire, à l'intérieur du pays comme à l'extérieur. La Fondation Suisse solidaire est l'une de ces décisions que nous pouvons prendre pour aider à l'avènement d'un monde plus harmonieux et plus juste.

Je sais, on peut toujours faire autrement. Mais à trop se demander comment on pourrait faire autrement, on ne fait plus rien ! La fondation est un projet solide ; ce projet peut libérer des énergies, ouvrir des perspectives, nous donner confiance et donner confiance à d'autres, faire naitre des projets. Saisissons cette chance.

Migration

Mais c'est un enjeu parmi d'autres. Nous sommes également interpellés par les grands courants migratoires. C'est à mon sens l'image la plus forte et la plus dramatique des injustices de ce monde. Comment reprocher aux migrants, qu'ils fuient la violence ou qu'ils cherchent de quoi subvenir à leurs besoins matériels, de rechercher chez nous ce qu'ils n'ont pas chez eux ? -

Il fut un temps, pas très lointain où c'était les Suisses qui s'en allaient chercher fortune ailleurs.

C'est fort de cet esprit que le Conseil fédéral s'efforce de proposer une politique de migration qui soit humaine et charitable sans être naïve et angélique.

Les personnes en quête d'asile représentent 1% de la population et 5% de l'ensemble de la population étrangère vivant en Suisse. Cela montre la nécessité d'une politique claire et cohérente.

Mais la conduite de la politique d'asile revient à prendre des décisions parfois délicates et pas toujours bien comprises, notamment lorsque nous décidons de renvoyer des gens chez eux.

A l'inverse, nous nous rendrions hautement coupables d'illusionnisme si nous donnions l'impression d'une capacité d'accueil illimitée. C'est la raison pour laquelle nous mettons tout en oeuvre pour décider rapidement du sort des demandes qui nous arrivent afin de ne pas laisser planer l'illusion d'un accueil que nous ne pourrions pas garantir avec décence.

Le Conseil fédéral vient encore de parfaire les dispositions en vigueur. Non pas pour s'engager dans une spirale répressive, mais pour ne pas rester à l'écart non plus. La Suisse doit chercher sa propre voie. Le Conseil fédéral propose, notamment, qu'en cas de renvoi immédiat vers un Etats tiers, celui-ci soit considéré comme sûr et sans risque pour la personne concernée; il prévoit également que l'admission provisoire soit remplacée par une admission à titre humanitaire, si le renvoi n'est pas raisonnablement exigible ou qu'il est illicite au regard du droit international. Par cette philosophie d'accueil, nous voulons souligner l'importance que nous accordons à chaque destinée individuelle.

Coopération internationale

C'est là qu'intervient la nécessaire coopération internationale. Les migrations sont une réalité continentale et intercontinentale qui nécessitent des mesures à la fois nationales et supranationales. Hors de cette démarche-là, il n'y a pas véritablement de salut. La Suisse fait face à ses responsabilités. Une politique migratoire cohérente suppose une démarche animée d'une grande rigueur, d'une grande éthique et d'une profonde équité. Aussi, pour la préserver, s'agit-il de lutter contre les abus.

C'est le sens à donner aux accords de Schengen et de Dublin. La coopération dans ce domaine permet d'éviter les injustices et elle responsabilise les Etats.

C'est la raison pour laquelle, le Conseil fédéral consent de nombreux efforts pour participer à ces politiques. Mais il le fera d'autant plus efficacement que l'opinion publique suisse est convaincue de la nécessité de coopérer.

Une politique nationale, quelque soit le domaine, c'est un tout ; un tout et un ensemble qui repose sur de solides appuis à l'intérieur mais aussi un réseau de contacts et d'alliances à l'extérieur.

C'est pourquoi, le Conseil fédéral ne ménage pas ses efforts pour expliquer sa démarche ; nous pensons qu'elle contribue à déjouer les dérives nationalistes, voire xénophobes, toujours promptes à s'exprimer au nom de la défense de l'intérêt national.

Votation de novembre

Ce débat nous devrons l'affronter, une nouvelle fois, au mois de novembre avec le texte de l'initiative populaire lancée par l'UDC "Contre les abus dans le droit d'asile". Un texte trompeur qui ne respecte, ni notre réalité intérieure ni la réalité extérieure. Les mesures préconisées ne tiennent pas compte des efforts déjà accomplis jusqu'à ce jour. Elle donne l'impression d'une Suisse inactive et indifférente. Une Suisse qui s'isole de son environnement européen. Il faut rejeter cette initiative !

Mais les dispositions particulières de notre politique d'asile ne sont qu'une partie de la réponse à donner.

Développement et solidarité économiques

Il s'agit aussi de faire en sorte que les demandeurs d'asiles ne soient plus contraints à ce déracinement. La clé réside dans une meilleure répartition du progrès et du développement. Le vieux proverbe chinois, "Plutôt que lui vendre un poisson apprends-lui à pêcher" demeure d'une vive actualité.

Tous nos efforts seront vains si nous ne nous engageons pas à promouvoir le développement économique. Il faut y veiller chez nous ; il faut y contribuer dans le monde. Cela suppose des acteurs et des décideurs économiques courageux, honnêtes et efficaces.

Cela suppose encore de ne pas se laisser attirer par les mirages du gain facile et des spéculations boursières. Ces derniers mois nous ont montré les limites de certaines jongleries. Il faut privilégier les investissements de longue durée plutôt que les modes : eux seuls créent des emplois et de la richesse auxquels peut espérer avoir accès le plus grand nombre. Et les marchés financiers n'ont de sens et ne jouent leur rôle que s'ils expriment la capacité réelle de nos entreprises. Toute autre approche suscite la désunion, la rancoeur et le rejet et ne profite qu'aux riches.

Politique sociale

Cet esprit de sécurité au long terme, s'il est un moteur essentiel de la politique économique ou de la politique d'asile, repose également sur un tissu et une politique sociale solide et cohérente.

Vous le savez, avant la pause estivale le Conseil fédéral décidait d'abaisser le taux d'intérêt minimal dans le secteur de la prévoyance professionnelle. Du coup, on a crié au scandale. On a voué aux gémonies ce Conseil fédéral sans vision et sans coeur à l'endroit de toutes celles et ceux qui, par leur travail, ont un droit légitime de prétendre à une retraite paisible et sûre financièrement.

C'est précisément dans une perspective de sécurité à long terme que cette décision a été prise.

Or depuis des années, il est reconnu que le taux d'intérêt minimal de 4% n'était plus conforme au marché. Cependant, l'euphorie boursière avait permis de compenser les effets négatifs de cette réalité. Mais après deux ans d'une chute des marchés sans précédent, nous devions agir.

Le Conseil fédéral l'a fait dans l'esprit de la loi décidée en 1983, qui prévoit la possibilité de tenir compte des fluctuations du marché. Sans doute aurions-nous dû ou pu agir plus tôt dans ce sens ; mais on s'habitue vite aux acquis, comme si ceux-ci ne pouvaient jamais être remis en question.

Il faut le rappeler : le 2ème pilier, nos assurances sociales dans leur ensemble, ne peuvent fonctionner à satisfaction pour les assurés, que si les sociétés et entreprises assurant la gestion des fonds sont saines et solides financièrement.

Et c'est pour garantir cette solidité financière au long terme que le Conseil fédéral a pris la décision d'abaisser le taux minimal. A l'inverse, si les marchés le permettent, nous veillerons également à ce qu'il soit augmenté. Toutefois, souplesse ne doit pas rimer avec activisme, qui déboucherait sur une agitation permanente, tant affairiste qu'idéologique. Donner confiance aux assurés, c'est aussi leur fournir les moyens de prévoir. Mais je le dis avec force: malgré les soubresauts du moment, notre système demeure solide et personne ne doit craindre pour sa rente.

Conclusion

Mesdames et Messieurs, la conduite de nos Etats se caractérise par d'innombrables chantiers. Il y a ceux qui avancent à un bon rythme et ceux qui progressent à pas comptés. Rien n'est jamais acquis définitivement, même ce qui nous paraît aller de soi.

Votre manifestation est une occasion, chaque année, de faire le point: ce qui a été fait et ce qui doit l'être. Des lacunes à combler, il y en aura toujours. Mais sachons aussi reconnaître ce qui est accompli, par chacun de nous, là où il vit, là où il travaille. Sachons nous réjouir des progrès, sachons apprendre de nos échecs. Nos institutions de démocratie directe nous engagent à ce dialogue permanent. Ces institutions, parfois ennuyeuses, parce que plus lentes à l'action, nous gardent en contact avec la réalité et les sensibilités diverses du pays.

C'est là, pour ma part, que je puise ma conviction que nous détenons dans nos mains les clés de notre avenir et celui des générations futures.

vers le haut Dernière modification 12.09.2002