Aller au contenu principal

Publié le 22 juin 2003

"De mon temps déjà, il y avait de la violence entre les jeunes. Mais les moyens sont devenus plus brutaux"

dimanche.ch, Hannes Heldstab (Sonntagsblick)

La montée de la violence chez les jeunes et le cortège de morts qui en résulte interpellent la conseillère fédérale Ruth Metzler. Elle suggère d'explorer la piste de la sensibilisation.

La recrudescence de la violence chez les jeunes, ça vous interpelle?
Les événements actuels me touchent beaucoup et me poussent à réfléchir. Je condamne fermement toute forme de violence, qu'elle soit le fait de jeunes ou d'adultes. La situation montre que nous devons nous soucier plus intensivement des aspirations de la jeunesse, de ses questions et ses soucis.

Quelles sont les raisons de cette flambée de violence juvenile?
Je ne crois pas qu'il y ait une réponse toute faite. Chez les jeunes gens, les motifs les plus divers sont invoquables. Une chose est claire pour moi: la violence procède souvent par petites touches, dann un cadre restreint. Elle commence ainsi en famille, à l'ecole ou dans l'environnement direct des gens. Il y a malheureusement de nombreux facteurs qui nourrissent la violence dans la société: manque de perspectives - surtout au niveau professionnel-, la pression du rendement, les décalages culturels et bien d'autres choses.

Que cherchent à exprimer ceux qui commettent des actes de violence gratuite?
Les jeunes gens entre 12 et 18 ans se trouvent dans une phase de leur existence où tout évolue. Il faut se détacher de l'école, de ses parents. Il faut tester les limites, découvrir la liberté. Les sautes d'humeur sont nombreuses, impliquant sentiment et convictions: on change d'avis d'un jour à l'autre. Ce n'était pas différent pour nous. De mon temps déjà, il y avait de la violence entre les jeunes. Les moyens sont devenus plus brutaux: on se battait à coups de poing, maintenant on sort le couteau.

Les jeux vidéo violents, la violence à la TV et sur grand écran, n'est-ce pas là que se situe la source d'inspiration de la jeunesse? Cela les influence.
Bien trop! Il est prouvé que la représentation de la violence peut avoir une influence négative sur les jeunes. Le seuil de tolérance baisse, on se blinde en quelque sorte contre la violence. Mais il n'y a pas que les jeunes à être touchés. Les adultes aussi ont de la peine à se soustraire à l'influence des médias modernes - surtout Internet. C'est un défi pour la société, un processus d'apprentissage qui va prendre encore des décennies.

Quelles solutions envisagez-vous, au niveau de la prévention?
Suivant la devise < >, nous ne devons rien laisser de côté. Je ne vois qu'une maniere de prévenir la violence: les diverses formes de violence doivent être discutées en famille, à fecole et dans les organisations de jeunesse. Les connaissances sur les causes et les déclencheurs de la violence peuvent avoir un effet préventif certain. Mais il me faut en mêine temps nuancer et souligner qu'il est faux de mettre tout le monde dans le même panier et de juger la jeunesse en bloc, de parler de jeunes criminels. La plupart des jeunes gens se comportent de manière exemplaire et sont des gens tout à fait chouettes.

Avez-vous déjà dû subir personnellement des violences sous une forme comparable?
Comme ministre de la Justice et de la police, je suis souvent confrontée à la violence sous ses formes les plus diverses. Mais personnellement, je n'ai pas eu à subir des violences de l'ordre de celles que nous sommes en train de décrire ici.