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Publié le 19 mars 2005

"Asile: les Eglises dans le collimateur de Blocher"

24 heures (Denis Barrelet et Vincent Bourquin)

Dans le cadre de la révision de la loi sur l’asile, le Conseil des Etats est allé plus loin que le Conseil fédéral. Le chef du Département de justice et police est très satisfait, mais il se montre extrêmement critique avec les prises de position des Eglises.

Les décisions prises jeudi par le Conseil des Etats mettent-elles fin à la tradition humanitaire de la Suisse?
Non. Il n'y a pas de remise en cause de la tradition humanitaire. Mais jeudi était un jour historique, on a enfin nommé les problèmes. Cela est nouveau et est le résultat des dernières élections fédérales. Avant les gens n'osaient pas parler. Celui qui disait qu'il y avait des abus dans le domaine de l'asile était accusé d'être contre les réfugiés ou contre les droits de l'homme.

Lors du débat au Conseil des Etats, les radicaux et les démocrates-chrétiens ont soutenu toutes vos propositions. Ce front uni vous a-t-il surpris?
Non. Le Conseil des Etats était mis sous pression par les Cantons qui sont très préoccupés par la question de l'asile. C'est pour cela que deux points qui n'avaient pas été retenus par le Conseil fédéral ont été repris par les Etats: la détention pour insoumission et la modification du concept de l'admission humanitaire.

Les attaques des Eglises contre cette révision de la loi sur l'asile vous ont-elles surpris?
Ce qui m'a étonné, c'est le peu de substance de leurs allégations. On ne m'a pas fourni un seul cas concret d'une personne nourrie par les Eglises parce que les autorités lui avaient coupé l'aide d'urgence. A Bâle, nous sommes tombés sur le cas de neuf Africains nourris et logés par une paroisse et qui ne touchaient pas d'aide d'urgence, parce qu'ils ne l'avaient pas sollicitée. Et pour cause: c'étaient des trafiquants de drogue! C'est le privilège des Eglises de ne pas devoir résoudre les problèmes. Je trouve juste qu'elles s'affirment au service des pauvres. Mais je n'aime pas leur manière bruyante de se faire passer pour les bons et pour les justes, et de taxer de méchanceté ceux qui sont soucieux de faire respecter la légalité. Prêcher l'Evangile, c'est la difficile tâche des Eglises. Résoudre le problème de l'asile, c'est notre difficile tâche à nous. Il ne serait pas bon qu'on inverse les rôles et que les évêques résolvent le problème de l'asile. Ces dernières semaines l'ont bien montré.

L'une des principales innovations de cette révision est la suppression de l'aide sociale à tous les requérants déboutés et plus seulement à ceux qui sont frappés d'une non-entrée en matière (NEM). Pour les NEM, un monitoring de trois ans était prévu. Pourquoi élargir cette mesure déjà maintenant?
Les monitorings ne sont jamais terminés. On peut toujours aller plus loin. Mais on a l'expérience de ce qui se passe dans d'autres pays et notamment au Danemark et en Norvège. Ils disposent déjà de la mesure décidée par le Conseil des Etats et il a été clairement démontré qu'en rompant l'attractivité d'un pays, le nombre de demandeurs d'asile diminue fortement. Pour l'heure, de nombreuses personnes viennent car elles savent qu'elles pourront vivre ici durant des années et même bénéficier de l'aide sociale, de logements, etc. Avec la suppression de l'aide sociale pour les personnes frappées d'une non-entrée en matière, nous avons maintenant une expérience de neuf mois. Les résultats sont bons. Il y a d'ailleurs actuellement beaucoup moins de demandes d'asile. C'est une tendance européenne, mais c'est la première fois que la Suisse est meilleure que les autres pays dans ce domaine.

Les conséquences de la suppression de l'aide sociale ne vont-elles pas retomber sur les Cantons et les Communes qui devront prendre en charge ces personnes?
Le but est que ces gens partent et non qu'ils restent, les Cantons doivent tout faire pour qu'ils rentrent chez eux. Ce sont des personnes qui peuvent retourner sans problème dans leur pays. Il faut juste qu'elles le veuillent. Les Cantons ne verseront pas d'aide sociale, ils s'occuperont juste de l'aide d'urgence. Nous leur verserons d'ailleurs 5000 francs, cela correspond à une aide pour quatre mois. Cela suffit. Aux Cantons de vérifier que les personnes déboutées quittent le pays.

Cette mesure ne cache-t-elle pas une certaine hypocrisie. Ces personnes ne vont-elles pas devenir des clandestins?
Pour l'instant, ce n'est pas le cas. 80% des personnes frappées d'une non-entrée en matière ne sont plus ici depuis le 1er avril.

Vous êtes certain qu'elles ne sont plus en Suisse?
Nous ne sommes pas sûrs. Mais la police ne les a pas vues, elles ne reçoivent plus d'aide d'urgence et, d'ailleurs, elles n'en demandent pas.

A propos des sans-papiers, la Suisse n'a-t-elle pas tout à gagner d'une régularisation comme celle demandée par le Canton de Genève? Régularisés, ces gens qui ont un emploi paieraient des impôts, l'AVS etc.
Je dois rencontrer prochainement Mme Brunschwig Graf, je ne souhaite donc pour l'instant pas m'exprimer sur cette question.

Et à propos des 523 requérants déboutés du Canton de Vaud, de nouvelles discussions entre le Conseil d'Etat et vous sont-elles envisageables?
Non. Nous en restons à notre réglementation. Nous avons déjà revu trois fois tous ces cas et avons pris des dispositions très généreuses qui ont permis de régulariser plus de 500 personnes. Parfois nous avons fermé les deux yeux. Maintenant d'autres Cantons nous reprochent d'avoir privilégié le Canton de Vaud.