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Publié le 1 mai 2004

Blocher compte sur les idées des autres

La Liberté (Erik Reumann)

Le ministre de la Justice et de la police estime être le premier membre du gouvernement à dire la vérité. Pour lui, c'est la principale innovation de son intervention sur la politique de l'asile et des étrangers.

Qu'est ce qui est vraiment nouveau dans ce que vous avez présenté?
Ce qui est nouveau, c'est qu'on ne se contente pas de dire que tout va bien, mais qu'on dise quels sont les problèmes. D'habitude, on parle toujours de la politique d'asile, de chiffres en progression ou en diminution et du bon travail. Je parle de ce qui ne va pas. Les cantons avaient clairement besoin qu'on dise tout cela clairement, car personne ne les écoute. Ce qui est aussi nouveau, c'est que nous prenons leurs propositions au sérieux et que nous souhaitons vraiment faire quelque chose. Enfin, c'est le constat que le système d'asile actuel n'est pas une solution durable.

Vous vous semblez tout de même être rendu compte que la matière est plus compliquée dans la réalité que dans vos discours au Conseil national.
Non. C'est vrai seulement dans un sens: la situation est en partie plus grave que je ne le pensais. A l'époque, j'ai offert une analyse de la situation et me suis énervé que personne n'en tienne compte. Tous n'ont fait que d'enjoliver la situation. Aujourd'hui, je tiens compte de la réalité.

J'ai toujours su qu'il est difficile d'agir dans un Etat de droit. Mais l'important, c'est de commencer. Cela ne sert à rien de se voiler la face devant la réalité: les abus existent et ils sont gigantesques.

Pourquoi présentez-vous cette analyse peu avant le débat sur les lois sur l'asile et sur les étrangers?
J'ai voulu prendre position. Mais je ne pouvais pas me contenter de ne parler que de ces deux débats aux Chambres. On m'aurait interrogé: et maintenant, as-tu tout ce qu'il te faut pour résoudre le problème? Je réponds: non, cela ne suffit pas encore. Et on me demande: alors qu'est-ce que tu vas faire? Pour cette raison, je dis maintenant comment je veux procéder par la suite.

Avez-vous discuté vos propositions d'aujourd'hui avec le Conseil fédéral et est-ce qu'il les soutient?
Non, je ne les ai pas discutées. Il n'y a d'ailleurs rien a discuter pour l'instant. Je lance cela sur le marché pour susciter le concours d'idées. Cela sera critiqué, c'est clair. Mais je suis surpris du peu de résistance que ces idées rencontrent jusqu'à maintentant. Il y a la remarque habituelle que ce que je propose est contraire au droit international. On fera en sorte que cela soit conforme.

Est-ce que vous avez une idée dans quels délais vous souhaitez réaliser vos propositions?
Pour l'instant, je dois me concentrer sur ce qui vient la semaine prochaine. Ensuite je vais me mettre à l'écoute des discussions que ma politique suscite. Je vais évidemment être abreuvé de critiques. J'en retiendrai certaines, en me disant: là ils ont raison. J'examinerai aussi les nouvelles idées qui peuvent surgir. Ensuite je mettrai en place un petit groupe de personnes pour mettre de l'ordre dans ce débat. Il devra être libre dans sa discussion. Le tout devrait être mûr pour une décision à la fin de 2005.