"C’est l’évolution en Ukraine même qui sera déterminante"
Confédéré: "Six mois après le début de la guerre en Ukraine, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter s’exprime au sujet de l'accueil des réfugiés ukrainiens et de la solidarité de la population suisse."
Les premiers réfugiés ukrainiens sont arrivés en Suisse il y a six mois. Quelle est la situation aujourd’hui ?
Les nouvelles arrivées ont diminué pendant l’été et nous n’avons plus qu’une centaine de personnes par jour actuellement. Au début, on en comptait jusqu’à 1800 par jour lors des pics d’affluence ! La situation est maintenant plus calme. L’afflux de réfugiés dépend toutefois du cours de la guerre et des conditions de vie en Ukraine, il pourrait donc à nouveau augmenter, cet automne par exemple.
Au début, il s’agissait de trouver des hébergements pour tous les arrivants et de leur octroyer le statut S. Quels sont les défis aujourd’hui ?
L’hébergement reste une préoccupation constante. Ce sont les cantons qui sont compétents en la matière. À moyen terme, le SEM et les cantons doivent se préparer à ce que le nombre de réfugiés arrivant quotidiennement d’Ukraine augmente à nouveau. Les autres défis sont l’insertion dans le marché du travail et la question du retour.
Les réfugiés d’Ukraine ont été moins nombreux à arriver ces dernières semaines. Comment les choses vont-elles évoluer cet automne selon vous ?
Je ne veux pas me livrer à des spéculations. L’important est que les autorités se préparent à divers scénarios. Comme je l’ai dit, le cours que prendra la guerre sera l’élément déterminant. D’autres facteurs sont selon moi l’approvisionnement énergétique de l’Ukraine ou le nombre de personnes en quête de protection qui poursuivront leur migration depuis les pays voisins de l’Ukraine. Les demandes d’asile ordinaires pourraient également augmenter. De manière générale, la pression migratoire a nettement augmenté. Mais dans le même temps, nous nous préparons déjà à un éventuel retour dans leur pays des personnes qui ont fui l’Ukraine. J’ai donné un mandat en ce sens au SEM avant l’été déjà.
Que peut-on faire pour augmenter le taux d’activité des Ukrainiens ?
Aujourd’hui déjà, près d’un réfugié ukrainien sur dix travaille. C’est plus que pour d’autres réfugiés, sans compter que 75 % des personnes qui ont fui l’Ukraine et sont en âge de travailler sont des femmes, qui pour beaucoup doivent aussi assumer des tâches d’assistance. Je tiens à ce que nous travaillions en contact étroit avec l’économie sur ce point, et c’est pour ça que je rencontre régulièrement les partenaires sociaux.
Quelle est la stratégie à long terme pour les réfugiés d’Ukraine ?
Le statut S est conçu dans l’idée que les personnes rentrent dans leur pays dès que c’est possible. Il est valable un an, en l’occurrence jusqu’en mars 2023. Le Conseil fédéral décidera s’il prolonge ou s’il lève le statut S. Dès la fin juin, j’ai donné mandat de clarifier toutes les questions juridiques, logistiques ou d’organisation qui permettront de déterminer dans quelles circonstances et comment les personnes concernées pourront rentrer chez elles. Comme pour l’activation du statut S, la question de sa levée devra être étroitement coordonnée au niveau européen.
Risque-t-on de voir faiblir le grand élan de solidarité dont la population suisse a fait preuve ?
Pour l’instant, je constate que cet élan de solidarité et la volonté d’aider les réfugiés se maintiennent. Ce qui est important, c’est qu’il n’y ait pas d’abus, en particulier concernant l’aide sociale. Nous travaillons à rejoindre la plateforme d’enregistrement de l’UE qui permet de comparer les données de tous les États Schengen et de voir si une personne a déjà obtenu un statut de protection dans un autre État. Il faut toutefois aussi que les cantons prennent des mesures appropriées pour que nul ne touche une aide sociale à laquelle il n’a pas droit.
Le statut de protection S sera-t-il utilisé à l’avenir pour gérer d’autres flux migratoires ou doit-il être réformé ?
Le statut S est l’exception et non la règle. Il a été conçu pour accueillir collectivement des réfugiés de guerre qui ont besoin d’obtenir rapidement et sans formalités bureaucratiques la protection provisoire de la Suisse. Pour les personnes qui font valoir une persécution à titre personnel, la règle reste le dépôt d’une demande d’asile. Comme le statut S est activé pour la première fois, j’ai institué dès le mois de mai un groupe d’évaluation, qui a commencé son travail en juillet. Sa mission est d’examiner dans quelle mesure le cadre juridique du statut S donne satisfaction : permet-il de décharger le système de l’asile, la répartition des compétences entre la Confédération et les cantons fonctionne-t-elle, le statut S a-t-il atteint son objectif de protection ? L’analyse que le groupe d’évaluation doit faire d’ici à la fin de juin 2023 montrera si des modifications législatives sont nécessaires et quelle est la marge de manœuvre disponible. J’attends un rapport intermédiaire avant Noël.
Infos complémentaires
Ukraine : la Suisse accorde sa protection aux personnes chassées par la guerre De plus en plus d’Ukrainiens chassés par la guerre arrivent en Europe de l’Ouest en quête de protection. La Suisse se montre solidaire. Elle a activé pour la première fois le statut S, qui permet d’accorder une protection rapidement et sans complications bureaucratiques. Les personnes reçoivent un droit de séjour sans devoir passer par une procédure d’asile ordinaire.
22 octobre 2025
Le Conseil fédéral encourage les bénéficiaires du statut S à travailler
Le Conseil fédéral veut encourager les bénéficiaires du statut de protection S à exercer une activité lucrative. À cet effet, il entend apporter des allègements administratifs aux employeurs et inciter les travailleurs potentiels à contribuer davantage à leur intégration professionnelle. Lors de sa séance du 22 octobre 2025, il a décidé que les modifications à apporter aux deux ordonnances concernées entreraient en vigueur le 1er décembre de cette année.
22 octobre 2025
Les personnes qui relèvent du domaine de l’asile ne pourront plus voyager à l’étranger qu’à titre exceptionnel
Dorénavant, les requérants d'asile, les personnes admises à titre provisoire et les personnes à protéger ne pourront en principe plus se rendre dans leur pays d’origine ou de provenance ou dans un autre pays. Conformément à la volonté du Parlement, le Secrétariat d'État aux migrations (SEM) ne pourra plus autoriser ce type de voyages que dans des cas exceptionnels. Les personnes en provenance d’Ukraine titulaires du statut de protection S ne sont pas concernées par cette interdiction de principe. Lors de sa séance du 22 octobre 2025, le Conseil fédéral a ouvert la consultation sur les modifications d'ordonnances nécessaires et sur une réglementation spéciale.
8 octobre 2025
Le statut de protection S est maintenu
Aucune stabilisation durable de la situation n’étant encore en vue en Ukraine, le Conseil fédéral a décidé, lors de sa séance du 8 octobre 2025, de maintenir le statut de protection S jusqu’au 4 mars 2027 pour les personnes en quête de protection venant d’Ukraine. Il a également prolongé les mesures de soutien destinées aux bénéficiaires du statut de protection S (programme S) jusqu’à cette date. Mettant en œuvre une décision du Parlement, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), lors de l’octroi d’une protection temporaire, établit désormais une distinction entre les régions d’Ukraine selon que le renvoi y est raisonnablement exigible ou non.
25 juin 2025
Projet de modification du statut de protection S
À l’avenir, seules les personnes venant de régions d’Ukraine où leur vie ou leur intégrité physique est concrètement menacée pourront obtenir le statut de protection S (statut S) et les bénéficiaires de ce statut ne seront autorisés à séjourner dans leur pays que 15 jours par semestre. Le Conseil fédéral entend ainsi mettre en œuvre trois interventions parlementaires portant sur l’octroi du statut S. À sa séance du 25 juin 2025, il a décidé de lancer une consultation sur les propositions qui y sont formulées.
28 mai 2025
Le Conseil fédéral entend améliorer encore l’intégration professionnelle des bénéficiaires du statut S
Le Conseil fédéral souhaite que davantage encore de bénéficiaires du statut S trouvent un emploi. Pour les personnes qui vivent en Suisse depuis au moins trois ans, il a fixé comme objectif un taux d’actifs de 50 % d’ici à la fin de 2025. Ce taux est actuellement d’environ 38 %. Lors de sa séance du 28 mai 2025, le Conseil fédéral a décidé que les cantons qui n’atteindraient pas le pourcentage de 50 % fixé devront mettre en œuvre des mesures supplémentaires. Il renonce en revanche à de nouvelles incitations financières, sous la forme d’un malus, au titre de l’encouragement de l’intégration.
2 juin 2022
"Die Kunst des Imperfekten"
Discours, 2 juin 2022: Rheintaler Wirtschaftsforum; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
23 avril 2022
«Demokratie ist keine Zwangsläufigkeit der Zivilisation»
Discours, 23 avril 2022: Assemblée générale de la NZZ; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
11 mars 2022
Aktivierung des Schutzstatus S für Menschen aus der Ukraine
Discours, 11 mars 2022: Conférence de presse du Conseil fédéral; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
4 mars 2022
Medienkonferenz des Bundesrates zur Aktivierung des Schutzstatus S
Discours, 4 mars 2022: conférence de presse du Conseil fédéral; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
28 février 2022
La Suisse reprend les sanctions de l’UE contre la Russie
Conférence de presse du Conseil fédéral; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
5 novembre 2022
"Der Migrationsdruck wird nicht abnehmen – im Gegenteil"
Interview, 5 novembre 2022: NZZ; Daniel Gerny, David Biner
2 novembre 2022
"Notre pays peut être fier de l’aide apportée aux Ukrainiens"
Interview, 2 novembre 2022: Confédéré
11 octobre 2022
"La migration est un sujet émotionnel qui peut être utilisé comme arme"
Interview, 11 octobre 2022: Le Temps; Vincent Bourquin, Valère Gogniat
16 septembre 2022
"Flüchtlinge und Migranten werden ausgenutzt, um Europa zu destabilisieren"
Interview, 16 septembre 2022: Tagesanzeiger; Charlotte Walser, Beni Gafner
8 septembre 2022
"Das Engagement der Kirchen ist für den Staat wichtig"
Interview, 8 septembre 2022: kirche-heute.ch; Tilmann Zuber, Regula Vogt-Kohler