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Publié le 30 septembre 2007

"Christoph Blocher se paie la tête de Micheline Calmy-Rey"

Le Matin Dimanche, Ludovic Rocchi et Stéphanie Germanier

Le Matin Dimanche: "Le conseiller fédéral UDC n'est pas près de se tenir au-dessus de la mêlée comme l'a demandé la présidente de la Confédération. Il rétorque que la socialiste fait aussi de la pub pour son parti. Et il attaque avec la dernière énergie ceux qui ont voulu le "criminaliser" dans l'affaire Rorschacher."

Cette semaine, la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey, a appelé les conseillers fédéraux à se tenir au-dessus de la mêlée en période électorale. Vous êtes particulièrement visé, non?
Ce genre de recommandation me fait sourire. Le même jour où Mme Calmy-Rey a lancé cet appel, j’ai vu une annonce pour une manifestation des socialistes, avec la présence de la Présidente de la Confédération. Et j’ai même appris qu’elle est en photo sur une lettre que son parti envoie aux sympathisants pour récolter des fonds. Où est le bon exemple? (rires)…

A ce propos, financez-vous toujours l’UDC qui dispose de bien plus d’argent que tous les autres partis?
Tout d’abord, je tiens à préciser que je n’ai jamais financé le parti mais uniquement l’une ou l’autre campagne lorsque j’étais conseiller national. Aujourd’hui je suis conseiller fédéral et je ne le fais plus, alors même que rien, ni personne ne me l’interdit. Je n’aiderai même pas l’UDC a récolter des fond.

Venons-en à l’affaire de l’ex procureur Roschacher. Vous dites qu’on vous a "criminalisé" à tort et que même vos collègues du Conseil fédéral y ont participé. Comment faites-vous pour collaborer encore avec eux?
Avant la fameuse séance du 5 septembre dernier qui a déclenché cette affaire de complot contre ma personne, il régnait une très bonne ambiance au Conseil fédéral. Mais lors de la conférence de presse du gouvernement, certaines déclarations ont suggéré que Christoph Blocher avait pris part à une machination criminelle pour se séparer du procureur de la Confédération. C’était de la diffamation sans fondement. On a essayé de faire planer le soupçon sur moi sur la base de simples rumeurs parues dans quelques journaux.

Vos collègues vous ont-ils déçu?
Oui. Je suis un politicien qui a la peau dure, mais jamais je ne me permettrais d’agir ainsi avec un adversaire politique. Je suis toutefois prêt à continuer à collaborer avec mes collègues et je sais que c’est possible. On l’a prouvé depuis, par exemple en mettant en consultation - selon ma proposition - le nouveau mode de surveillance du Ministère public. Mais c’est vrai que durant trois semaines, l’ambiance était loin d’être agréable au Conseil fédéral. Je suis heureux que la vérité l’ait tout de suite emporté.

La campagne électorale se focalise sur votre présence au Conseil fédéral. N'est-ce pas exagéré: en Suisse romande, même votre parti a decidé de ralentir la parution des annonces avec votre photo.
C’est la campagne du parti, pas la mienne. Mais avant tout, il faut bien constater que ce sont les autres partis qui ont focalisé la campagne électorale sur mon retrait ou non du Conseil fédéral. Quant aux Romands, ce n’est pas nouveau qu’ils me soutiennent un peu moins. Mais l’UDC a gagné beaucoup de voix ces dernières années en Suisse romande, ce qui est encourageant…

Vous nous recevez dans votre bureau de chef du Département fédéral de justice et police. Pensez-vous que vous y serez encore à la fin de cette année?
Oui, je le crois.

Ce sera peut-être à la tête d’un autre département puisque vous êtes aujourd’hui favorable à réunir la police et l'armée sous un même toit?
Ce ne sera pas pour l’an prochain. Le Conseil fédéral n’a pas voulu d’une grande rocade, alors il nous a mandatés, moi et mon collègue Samuel Schmid, pour étudier cette éventualité.

Pourtant c’est une idée qui vous rebutait jusqu’à il y a peu…
C’est vrai, je trouve que ce regroupement est problématique. Seuls les régimes dictatoriaux abritent les policiers et les militaires sous un même toit. Mais le Conseil fédéral, suite aussi à des interventions parlementaires, a décidé que ce projet devait être étudié, alors je me soumets à cette décision.

Le socialiste Pierre-Yves Maillard vous reproche un bilan quasi inexistant. Qu'en dites-vous?
Je ne suis pas étonné par cette attaque, car c’est bientôt les élections. Maintenant que la tentative de criminaliser Blocher a échoué, on cherche à me traiter d’incapable. Mais mon bilan est bien là. 

Par exemple?
Pensez seulement aux buts atteints dans l’intégration, dans la lutte contre la violence des jeunes, dans le domaine de la sécurité pendant les manifestations sportives. Pensez aux dispositions pour régler le problème de l’asile et la pratique plus sévère de renvoi des étrangers délinquants ou au projet de loi pour l’internement à vie des délinquants sexuel ou violents. Il y a également les nouveaux accords de réadmission et les nombreuses lois qui marquent un fort progrès dans les domaines de la justice, de la société et de l’économie.