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Publié le 6 mai 2007

Christoph Blocher veut faire signer un contrat d'intégration

Le Matin Dimanche, Ludovic Rocchi

Le Matin Dimanche: "Le chef du Département fédéral de justice et police explique comment il veut forcer les musulmans à s'adapter à la Suisse, et non le contraire. Ceux qui ne suivent pas devraient quitter le pays."

1. Islam

Christoph Blocher, êtes-vous aussi pour l'interdiction des minarets en Suisse, comme le demande une initiative populaire soutenue par votre parti, l'UDC? 
Je ne veux pas trancher cette question, puisqu'une initiative est justement lancée. Mais je trouve en tout cas que nous devons oser discuter de la question avec les musulmans : les minarets sont-ils vraiment nécessaires à l'exercice de la liberté de culte ou sont-ils des signes de domination qui n'ont pas leur place dans un pays chrétien comme la Suisse ?

Pour discuter de cette question et d'autres, allez-vous convoquer une Conférence nationale sur l'Islam en Suisse, après avoir reçu une vingtaine de représentants musulmans le mois dernier à Berne ?
J'y renonce pour l'instant, car seule une minorité de mes interlocuteurs musulmans s'est montrée convaincue par ce type de grande conférence que d'autres pays, comme la France ou l'Allemagne, ont déjà organisée. Les autres m'ont dit se méfier de l'utilité d'une telle démarche ou ils se sont montrés indifférents. Naturellement, nous envisageons de continuer le dialogue, mais on ne sait pas encore sous quelle forme.

Les partis se mettent à discuter d'un contrat d'intégration qu'il faudrait faire signer en priorité aux musulmans. Jusqu'où faut-il aller ?
Il est clair qu'un tel contrat ne pourrait pas régler chaque détail et encore moins prétendre changer les mentalités de chacun. Mais nous avons tout de même une Constitution et je pense qu'il serait bon de faire signer noir sur blanc les règles de base à respecter. Et d'avertir des conséquences en cas de non acceptation de ces règles, qui peuvent aller jusqu'à quitter la Suisse.

En échange, seriez-vous prêt à reconnaître officiellement l’Islam comme religion en Suisse afin de faciliter l’intégration des musulmans ?
J’ai expliqué à ceux que j’ai rencontrés que la Confédération ne reconnaît aucune religion comme religion d’Etat. Seuls certains cantons le font pour leur religion de base, comme par exemple le Valais avec l’Eglise catholique.

Et un carré musulman dans les cimetières, vous seriez pour ?
Là aussi, il faut oser dire à ceux qui viennent en Suisse que la règle de base s’applique pour tous, à savoir le droit à une sépulture digne dans un cimetière public. Même moi comme conseiller fédéral, je n’ai pas droit à un régime particulier.

Etes-vous inquiet de l’arrivée d’islamistes extrémistes en Suisse, comme l’intervention de vos services l’a montré dans l’affaire de la Grande mosquée de Genève ?
Comme dans beaucoup d’autres pays, il est normal que nous observions les prédicateurs potentiellement dangereux présents sur notre territoire. Il faut de la transparence. Je ne veux pas de mosquées qui deviennent des centres de propagande pour le djihadisme.

Admettez-vous alors que vous faites espionner les mosquées ?
Les mosquées comme telles ne sont pas placées à une surveillance générale. Elles bénéficient de la liberté de culte. Par contre, les informations relevant du terrorisme ou de l’extrémisme violent doivent pouvoir être recherchées de manière ciblée dans cet environnement aussi. Je ne peux cepandant pas révéler les détails du travail de nos services de renseignements… 

L’UDC ne cesse d'exploiter la violence des jeunes des Balkans. N’est-ce pas aussi une forme d’extrémisme ?
Je trouve que mon parti a raison d’oser parler des problèmes que nous avons avec les étrangers. Cette politique porte ses fruits: plus personne n’ose cacher qu’il y a des problèmes et qu’ils sont d’abord causés par des ressortissants des Balkans. Il y a dix ans, nous étions taxés de xénophobes en le faisant. Les médias ont enfin cessé de cacher la réalité et ils sont bien obligés de parler des problèmes qui surgissent.

Et que proposez-vous comme solution contre la violence des jeunes?
Il faut tout d’abord sortir des schémas d’éducation hérités de la génération de Mai 68. Même si j’en fait partie, pour mes quatre enfants, j’ai toujours résisté aux méthodes laissez-faire des professeurs de gauche. Ensuite, il faut être conséquent et appliquer des sanctions rapides contre les jeunes qui commettent des actes répréhensibles. Actuellement, il s’écoule trop de temps entre l’acte et la punition.

Comment faire mieux ?
Dans le cadre du projet de l’unification de la procédure pénale applicable aux mineurs nous étudions diverses solutions, telles la mise en place de juges des mineurs qui auraient la possibilité d’infliger des sanctions immédiates, comme cela se pratique dans d’autres pays. Il faut aussi appliquer le droit actuel, responsabiliser les parents et, si nécessaire, oser expulser les parents avec leur enfant qui aurait commis un acte criminel.

2. "Ce sont plutôt les handicapés qui peuvent se sentir gênés"

Avez-vous vu les photosmontage de vous en handicapé ?
Non pas encore, je n’ai pas spécialement cherché à les voir. Mais cette semaine, en me rendant à pied de mon appartement à Berne au Palais fédéral, j’ai remarqué que les gens me regardaient avec davantage de sympathie que d’habitude… (rires)

Sérieusement, vous n’êtes pas fâché ?
Non, c’est peut-être plutôt les handicapés qui peuvent se sentir gênés par ces images. En politique, par contre, il ne faut pas être trop sensible. Je n’ai pas été élu au Conseil fédéral pour disséquer les images de moi que des adversaires politiques utilisent.

On vous a connu plus soucieux de votre image, lorsque vous avez voulu faire censurer les dessins de Mix&Remix lors de votre passage à l’émission de débat Infrarouge sur la TSR ?
Il ne s’agissait pas de l’utilisation de mon image mais de mon message qui a été faussé par la projection de dessins à fond raciste quand je parlais. Je ne trouvais pas normal qu’une télévision du service public, avec qui je m’étais mis d’accord de me laisser exprimer mes opinions de manière correcte, incruste ensuite des dessins et des photos laissant comprendre que j’étais raciste ou que ma politique est de menotter les étrangers.