"Face au terrorisme, je prône une héroïque sérénité"
Le Matin Dimanche, Ludovic Rocchi et Michel Jeanneret
Le Matin Dimanche: "Le conseiller fédéral Christoph Blocher refuse un Etat totalement sécuritaire."
Le terrorisme islamiste continue de menacer l'Occident. Comment la Suisse doit-elle se protéger?
Pour se protéger, il existe deux possibilités. Soit on érige un Etat totalement sécuritaire pour réduire tout risque de menace. Mais le prix à payer démontre qu'il s'agit d'un non-sens: la liberté individuelle et la démocratie s'en trouveraient anéanties. L'autre possibilité repose sur ce que j'appelle «l'héroïque sérénité». Cette voie est difficile mais praticable.
Comment rester serein?
Il ne faut pas oublier que, malgré de nombreux attentats, les terroristes n'ont pas atteint leur but. Notre confiance en nous a bien sûr été ébranlée. Mais - et c'est le plus important - nos valeurs fondamentales n'ont pas été détruites et l'existence de nos Etats n'a pas été remise en question. Il faut avoir ce constat positif à l'esprit pour résister psychiquement aux attentats. Car il ne faut jamais oublier que les terroristes islamistes rejettent nos valeurs et cherchent par la violence à déstabiliser les Etats occidentaux tout d'abord psychiquement. Leur but est d'affaiblir notre sentiment de sécurité et de confiance en nous.
Estimez-vous que les mesures prises après le coup de filet de Londres sont l'expression de cette sérénité?
Chaque fois qu'un attentat ou qu'une alerte survient, la tendance humaine est de réagir de manière exagérée. Les autorités, elles, ne doivent pas tomber dans ce piège, mais rester sur leurs gardes.
La Suisse est-elle sur ses gardes?
Oui, nous suivons la situation de très près et nous sommes en mesure de réagir. Pour cela il faut aussi s'exercer.
Nous n'avons pas encore vu beaucoup d'exercices antiterroristes en Suisse?
Un état-major de crise a été nommé par le Conseil fédéral et il est en train de se mettre au travail. Il est nécessaire de faire des exercices qui montrent comment combattre, par exemple, un attentat dans une grande gare.
Entre un fax secret qui finit dans les journaux, une taupe qui se répand dans les médias et des services de renseignements qui se font la guerre, l'image de l'appareil de sécurité n'est pas très rassurante. Qu'en dites-vous?
Il y a toujours eu des pannes et des scandales. Souvenez-vous du temps de la guerre froide. Mais cela ne nous empêchait pas de faire des exercices qui démontraient que nous avions les moyens de nous défendre et qui rassuraient la population. J'attends que les responsables de la sécurité intérieure en fassent autant aujourd'hui.
La taupe Claude Covassi a porté de graves accusations contre le service de renseignement intérieur, qui lui aurait demandé d'infiltrer le Centre islamique de Genève. Info ou intox?
Ce cas a été étudié en détail au sein de mon département. Nous n'avons trouvé aucun indice qui démontrait que des moyens illégaux ont été utilisés chez nous. Pour le reste, nous attendons les résultats de l'enquête que mène de son côté la Délégation des commissions de gestion du Parlement.