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Publié le 4 septembre 2003

"Incitons les étrangers intégrés à la naturalisation"

24 heures, Cynthia de Araujo

A votre avis, pourquoi la nouvelle loi sur la nationalité suscite-t-elle un aussi vif débat, tant parmi la population qu'au sein des partis?
Je trouve bon que ces questions ne soient pas tranchées à la légère, mais que l'on puisse, à partir de divers éclairages, mener un large débat contradictoire. Le nouveau droit de la naturalisation vise à inciter les étrangers qui se sont intégrés en Suisse, c'est-à-dire qui vivent ici depuis longtemps, connaissent nos règles et travaillent selon elles, à se faire naturaliser. Celui qui se sent, qui se pense Suisse ou Suissesse doit pouvoir l'être aussi sur le papier. La question est: qui fait partie de notre communauté, avec ses droits et ses devoirs? et qui est prêt à assumer une responsabilité au sein de notre société en y participant et en la déterminant activement?

La polarisation des opinions représente-t-elle une menace pour la cohésion nationale?
Si cette polarisation résulte d'une comparaison entre divers arguments respectant notre esprit civil de cohésion et notre ordre juridique, on ne saurait parler de menace. Mais souvent malheureusement, l'argumentation tourne en confrontation entre des positions extrêmes, propres à menacer l'équilibre fragile de la cohésion. Négliger la cohésion revient à jouer avec le feu. Le risque est grand de se brûler et de consumer l'une des valeurs les plus importantes d'une société en mutation telle celle de la Suisse. J'avoue que cela me préoccupe.

Vous dites votre confiance dans les jeunes Suisses, dans leur ouverture d'esprit, que pensez-vous du résultat du sondage qui montre leur méfiance à l'égard des étrangers?
Il faut d'abord se rappeler que ce sondage remonte à 1999, à l'époque de la crise du Kosovo. Le résultat doit donc être relativisé. Certes, tout signal lancé par notre jeunesse mérite d'être approfondi. Je crois que l'attitude critique qu'une partie d'entre elle montre à l'égard des étrangers est aussi due au climat quelque peu exacerbé qui prévaut actuellement dans les arènes politiques. Trop de slogans et trop de réductions empêchent la réflexion. D'autre part, l'insécurité sur le marché de l'emploi et la crainte du futur jouent certainement un rôle. J'ai toutefois pleine confiance en la jeunesse suisse. Nous disposons de bons instruments pour la préparer aux enjeux de l'avenir.

La Suisse romande est-elle plus ouverte à cet égard que les autres régions linguistiques?
Je ne pense pas que l'on doive réduire la substance du discours à une notion d'ouverture ou de fermeture. Avant tout, je suis convaincue que la population suisse est très ouverte à la collaboration avec l'étranger. Mais il est vrai que le résultat des votations a montré, ces dernières années, que la Romandie avait souvent un regard différent du reste de la Suisse. Cependant, il faut se garder de généraliser. Il est important pour moi de savoir que face aux dossiers délicats et controversés de notre époque, nombreux sont les acteurs qui viennent alimenter le débat politique. C'est ce qui fait notre force, puisque de la diversité naît la cohésion. Dans un contexte multiculturel, le rôle joué par la Suisse romande et par les trois autres régions linguistiques constitue un enrichissement inestimable pour le pays tout entier.

Le métissage pourrait-il être un atout supplémentaire pour la Suisse, qui pratique depuis très longtemps la cohabitation pacifique des cultures?
L'aspect multiculturel est certes un atout. Il a été, et il est encore, propice à notre pays. Mais il est capital d'en éliminer les inconvénients et, avant tout, de favoriser l'intégration des étrangers dans nos communautés.

La question posée par la NSH Nouvelle Société Helvétique est "Quelles sécurités pour l'avenir?" .Qu'allez-vous répondre à votre public à ce sujet lors de la conférence de jeudi soir?
Je dirai entre autres que la sécurité est garante de la prospérité et de la solidarité de notre pays et qu'elle est la condition préalable pour une intégration pacifique et constructive. Le sentiment de sécurité favorise l'acceptation des Suisses à l'égard des étrangers, mais également la volonté d'intégration des étrangers en Suisse. C'est pour cette raison que la sécurité est fondamentale. Notre politique migratoire ne sera couronnée de succès que si elle peut s'appuyer, à l'avenir aussi, sur une société suisse pacifique, stable et florissante.