"J'ai peu de compréhension pour le silence de l'économie"
24 heures, Romain Clivaz
24 heures: "II revient à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga de mettre en oeuvre l'initiative UDC."
Madame la conseillère fédérale, l'argent dépensé dans la campagne a-t-il été décisif pour l'issue du scrutin?
Je ne crois pas que l'argent puisse, à lui tout seul, faire la décision. Mais il est clair que des moyens très différents ont été engagés dans les campagnes pour l'initiative sur «le renvoi des étrangers criminels» ou celle sur «les impôts équitables». C'était flagrant et la population l'a remarqué. Au-delà de l'argent, c'est aussi le fait que les milieux économiques se soient complètement retirés de la campagne sur le renvoi des étrangers criminels qui m'a étonné.
Mais votre parti, en s'opposant à l'initiative et au contre-projet, a aussi facilité l'acceptation du texte qui allait le plus loin…
Le PS s'est beaucoup engagé contre l'initiative. C'est ce qui a été décidé à son congrès. La différence entre un parti et les milieux économiques est que ces derniers ont des intérêts élémentaires à ce que la Suisse respecte ses engagements internationaux. Prenez la libre circulation des personnes. Nous devons montrer que nous sommes un partenaire fiable. Cette sécurité juridique est aussi essentielle pour l économie. Il ne s'agit pas seulement d'argent, mais d'engagement concret: dans l'espace public, avec des prises de position... J'ai peu de compréhension pour le silence observé par l économie.
Craignez-vous la réaction de l'Union européenne?
Nous ne devons pas avoir peur. Mais il en va de notre crédibilité. Nous ne devons pas donner l'impression de ne pas vouloir respecter nos engagements.
Une fois de plus, il y a conflit entre une initiative et le droit international. Ne faudrait-il pas mieux filtrer les textes d'initiatives, et en déclarer certaines nulles?
Je n'ai pas d'avis définitif sur la question. Actuellement l'Office fédéral de la justice et le parlement examinent en parallèle la meilleure manière de résoudre ce problème. C'est une bonne chose. Ce que je veux éviter c'est que l'on vote, et qu'ensuite on dise à la population qu'on ne peut pas mettre en oeuvre la décision. Ce serait très mauvais pour notre démocratie directe.