"Je resterai toujours UDC!"
Le Temps, Valérie de Graffenried, Denis Masmejan
Le Temps: "Eveline Widmer-Schlumpf ne chôme pas. A Coire, mercredi soir, la section grisonne l'a assurée de son soutien. Jeudi matin, la conseillère fédérale était de retour à Berne pour lancer, au nom du gouvernement, la campagne contre l'initiative de l'IJDC sur les naturalisations. Elle nous a reçus dans son bureau dans l'après-midi."
L'UDC ne cesse de vous dépeindre comme une traîtresse, une femme machiavélique, calculatrice. Cela vous affecte-t-il encore?
Bien sûr, Je n'ai trahi personne. Je n'ai jamais menti. Les reproches que me fait mon parti sont faux. Je subis d'autre part ces attaques sans que mon parti ne m'ait jamais permis de m'expliquer, ce qui est difficile.
Vous dites avoir accepté votre élection pour sauver le deuxième siège UDC, mais, ironie du sort, vous risquez maintenant de vous retrouver sans parti.
Mais j'ai un parti! Et je resterai toujours UDC. La section grisonne m'a très clairement apporté son soutien. Maintenant, l'UDC suisse semble déterminée à l'exclure, alors qu'elle devrait accepter une conseillère fédérale élue démocratiquement. On verra ce qui va se passer. Pour revenir au 13 décembre, j'ai vraiment accepté mon élection pour sauver le deuxième siège UDC. Après discussion avec des gens de mon parti, notamment des membres de la direction, nous étions arrivés à la conclusion que Christoph Blocher ne serait pas réélu et c'est pour cela que j'ai dit oui. Les rapports avec mon parti ne se sont vraiment envenimés qu'à partir de la diffusion, le 6 mars, du documentaire de la TV alémanique. Ce documentaire, plein de contre-vérités, a tout changé. Pourtant le réalisateur lui-même dit maintenant qu'il est persuadé que je n'ai pas "préparé" mon élection, qu'il n'y a pas eu de plan pour renverser Christoph Blocher. C'est vraiment difficile d'être traitée ainsi car je suis membre de I'UDC depuis trente ans et je partage ses valeurs.
Justement: une ministre peut-elle travailler sans parti? Espérez-vous constituer un petit groupe d' "amis politiques" pour tester vos idées ou allez-vous travailler de manière totalement isolée?
Je n'ai jamais travaillé de manière isolée. J’ai toujours su me constituer de bons réseaux et je continuerai à le faire!
La TSR diffusera le 5 mai le fameux reportage de la télévision alémanique sur le 12 décembre. Avez-vous exigé de donner votre version des faits?
La TSR diffusera une interview donnée à la Télévision suisse italienne, où je donne ma version, ce qui était nécessaire.
Parlons de vos projets. Vous comptez lancer une révision de la loi sur l'asile pour régler la question des déserteurs érythréens. Quelles sont vos autres priorités dans le domaine?
Il y a tout un catalogue de mesures que je souhaiterais examiner. Comme le fait que des demandes d'asile peuvent être déposées auprès de nos ambassades à l'étranger: la Suisse est, avec l'Espagne, le seul pays à connaître ce système. Nous pourrions envisager de l'abolir. Autre dossier: les requérants déboutés qui invoquent des raisons personnelles, comme le manque de soins adéquats en cas de maladie, pour ne pas être renvoyés dans leur pays. Ces personnes devraient à l'avenir collaborer davantage avec les autorités pour prouver que ces raisons personnelles sont valables. Un autre problème à régler est la situation des requérants d'asile qui participent à des manifestations politiques pour se mettre en danger vis-à-vis de leur gouvernement et donc obtenir la protection de la Suisse. Nous pourrions penser à des sanctions. Le but est surtout de s'en prendre aux passeurs qui incitent des gens sans véritables motifs d'asile à chercher, de cette façon, le statut de réfugié.
Cette situation préoccupait déjà Christoph Blocher. Ressuscitez-vous un dossier sur lequel il avait déjà travaillé ou n'avait-il rien lancé?
J'ai pu constater ces derniers mois que la question des requérants qui se trouvent des motifs d'asile une fois arrivés en Suisse se pose toujours. Mais avant d'aller plus loin, je dois d'abord faire des propositions concrètes au Conseil fédéral. Mon prédécesseur s'était déjà inquiété de la question des déserteurs érythréens. Mais il voulait un arrêté urgent. Or la situation n'est plus aussi alarmante, raison pour laquelle je propose une révision de la loi sur l'asile.
Une révision se justifie-t-elle pour un problème finalement assez mineur?
Le but est de clarifier les choses. La désertion ne doit pas à elle seule permettre d'obtenir l'asile. Dans le cas des Erythréens, ils peuvent souvent invoquer, en plus de la désertion, des risques de persécutions politiques ou de menaces de mort pour justifier le motif d'asile. Mais il s'agit d'être clair vis-à-vis des autres déserteurs: ils ne doivent pas s'imaginer que le simple fait de refuser de servir dans l'armée leur donne le droit d'obtenir l'asile en Suisse. Ce n'est pas le cas. Si des points sont jugés problématiques ou discriminatoires, il convient donc d'y apporter rapidement des solutions. C'est ce que je tente de faire.
Autre dossier important: celui de l'aide au suicide, dossier sur lequel Christoph Blocher avait renoncé à légiférer. Pourquoi voulez-vous relancer le débat?
Je veux engager une discussion au Conseil fédéral sur la base d'un document qui retracera les récents développements dans le domaine. Plusieurs cas m'ont fortement marquée, dont l'affaire des sacs remplis d'hélium. Peut-on accepter que la mort survienne dans des conditions indignes? Nous devons en discuter. Et éviter qu'il y ait vingt-six règles différentes et, comme c'était le cas pour les interruptions de grossesse, qu'un "tourisme de l'aide au suicide" ne se développe. Ce serait très mauvais.