Karin Keller-Sutter la «Neuchâteloise»
Interview, 29 janvier 2020: ArcInfo; Sophie Winteler
ArcInfo: "La conseillère fédérale avait 15 ans quand elle a débarqué à l'Ecole de commerce de Neuchâtel - le lycée Jean-Piaget - pour apprendre le français. En visite chez «ArcInfo», elle revient sur ces années où elle a appris la liberté."
A moins de 16 ans, vous débarquiez à Neuchâtel de votre Wil natal, dans le canton de Saint-Gall. Ç'a été dur?
Non, j'ai apprécié d'être loin de chez moi car j'y ai appris la liberté. Entre 16 et 19 ans, ce sont des années cruciales.
Pourquoi ce choix de Neuchâtel et de l'Ecole de commerce?
J'avais projeté d'aller à la Kantonsschule, le gymnase de Saint-Gall. Mais ma mère était une grande fan de la Suisse romande. Après la Seconde Guerre mondiale, elle est allée comme jeune fille au pair à Ouchy, à Lausanne. Elle trouvait important que j'apprenne le français. On a hésité entre Fribourg et Neuchâtel mais j'ai vu qu'il était possible de suivre toute la filière à l'Ecole de commerce. J'y ai trouvé un certain charme, malgré le français! J'ai découvert l'indépendance.
Etiez-vous dans une famille?
Non, chez une dame. Il y avait beaucoup de femmes seules qui hébergeaient des ados venus étudier à Neuchâtel. Je partageais une chambre avec une fille de Fribourg. Puis j'ai eu un studio, à la rue des Poteaux,
Qu'est ce qui a marqué ces années?
C'est à ce moment que j'ai découvert ce qu'était le chômage. Il y avait la crise horlogère. J'avais un petit copain à Colombier et son père, ingénieur, a été sans travail pendant des mois. Il cherchait mais ne trouvait rien. A Wil, on sentait qu'il y avait une crise, par exemple, l'entreprise de tracteurs Hürlimann s'est restructurée. Mais ici, à Neuchâtel, ça se voyait. En ville, il y avait un certain nombre de magasins à louer. Quand je suis revenue en tant que conseillère d'Etat lors d'Expo.02, j'ai remarqué qu'il y avait eu un certain essor économique.
Avez-vous gardé des contacts avec des gens d'ici?
Non, j'ai ensuite étudié une année à Londres puis à Zurich et à l'université de Montréal. Je me suis mariée assez jeune, à 25 ans. J'étais concentrée sur ma vie.
Aviez-vous un stamm ici?
Le café des Moulins, le Cardinal et j'adorais la crêperie du centre-ville.
Est-ce à cette époque que vous aviez les cheveux verts?
Quelques mèches, pas tous les cheveux!
Etes-vous toujours fan de rock?
Oui, de rock et de punk rock. Je n'ai plus tellement le temps d'écouter de la musique mais quand je suis en voiture seule ou chez moi, je mets «London Calling» des Clash par exemple, ou U2. J'avais découvert U2 alors que personne ne les connaissait ici.
Les Neuchâtelois vont se prononcer le 9 février sur le vote à16 ans sur demande. A cet âge-là, auriez-vous aimé voter?
Je ne sais pas si cela aurait été important pour moi. A Neuchâtel, vous aviez déjà le droit de vote à 18 ans, à Saint-Gall, c'était 20 ans, l'âge de la majorité à l'époque.
J'étais très intéressée par la politique, les relations internationales, l'ONU. Quand j'en discutais avec mon frère, il me disait qu'il serait sage que je commence déjà par le Conseil communal!
Etes-vous favorable au vote à 16 ans?
C'est au peuple neuchâtelois de trancher, je ne veux pas donner de conseils.