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Publié le 2 juin 2008

"La manipulation n'a pas fonctionné"

Le Temps, Ron Hochuli

Le Temps: "Eveline Widmer-Schlumpf sort comme la grande gagnante de la campagne sur l'initiative de l'UDC sur les naturalisations"

Avec le refus des naturalisations par les urnes Eveline Widmer Schlumpf a passé avec succès son premier grand test. "Cette votation s'est jouée indépendamment des acteurs" esquive-t-elle. Entretien.

Les initiants ont long temps été vus gagnants Comment expliquer le résultat final?
Nous avons réussi à montrer avec des arguments factuels que l'initiative n'apporterait rien. Nous avons prouvé que les candidats au droit de cité devaient être bien intégrés. Et que l'initiative risquait de déboucher sur des décisions aléatoires Les citoyens l'ont compris. La force des arguments a payé. Pour gagner, des affiches et les émotions qu'elles suscitent ne suffisent pas. Preuve que notre démocratie fonctionne.

Après un fort engagement, c'est un peu votre victoire…
Des partis, des gens et le Conseil fédéral se sont engagés. Depuis janvier, j'ai tout juste occupé les avant-postes pour le gouvernement. Bien sûr, je me réjouis du résultat, qui montre que notre système peut fonctionner même lorsqu' un camp dispose de moyens limités. N'allez pas croire que nous sommes restés discrets parce que l'initiative muselière était elle aussi soumise à votation. Mais il y a peu d'argent public disponible pour les campagnes. Et c'est bien ainsi.

Même le canton de Lucerne, où se trouve la fameuse commune d'Emmen, qui pratiquait les naturalisations par le peuple, a dit non…
Cela prouve que la procédure actuelle fonctionne et qu'elle est acceptée. Il y a d'ailleurs une dimension historique: les Romands n'ont jamais connu les naturalisations par le peuple. Ils partent du principe, à raison, que les autorités compétentes font leur travail. C'est ce qui explique que les Romands ont refusé le texte beaucoup plus massivement que les Alémaniques.

La campagne peut se résumer à un match "Blocher contre Widmer-Schlumpf". Une partie de l'électorat a-t il-voulu se montrer solidaire avec vous face à l UDC?
Le sort des naturalisations s'est joué indépendamment des acteurs. Le peuple a jugé qu'il ne fallait pas modifier la procédure. Voilà tout.

Le résultat montre les limites de la politique d'opposition de l'UDC…
Il montre qu'une force d'opposition doit également fournir un travail d'explication si elle veut aboutir à quelque chose. Le positionnement à lui seul ne suffit pas. Cela ne veut pas encore dire que l'opposition en Suisse soit impossible. Mais je le répète: il faut définir cette politique et parler de manière factuelle. Or, je constate que plusieurs exemples cités par l'UDC pour dénoncer la procédure de naturalisation ont pu être expliqués et démontés. Se baser sur des cas prétendument réels en les manipulant ne fonctionne pas.

En février, vous aviez plaidé pour des critères de naturalisation plus sévères. Est-ce encore d'actualité?
Bien sûr. Nous nous sommes engagés à ne naturaliser que des gens qui parlent notre langue, qui acceptent nos lois et qui sont prêts à accepter les droits et devoirs qui ont cours dans ce pays. Il y a des cantons qui ont déjà établi des critères précis et d'autres qui peuvent encore s'améliorer. Il s'agit donc de clarifier les choses.

Peut-on s'attendre à un nouveau projet de naturalisation facilitée pour les étrangers de la deuxième et de la troisième génération, similaire à celui qui a échoué en 2004?
Je pars du principe que les gens qui vivent en Suisse depuis des années, qui partagent nos valeurs et les "vivent" doivent pouvoir être naturalisés, afin qu'ils se sentent intégrés et coresponsables. Mais je ne peux pas dire s'il y aura un projet de naturalisation facilitée. Nous allons d'abord travailler sur la notion essentielle de l intégration.

Le refus des naturalisations par les urnes vous donne-t-il une confiance accrue pour le vote sur la libre circulation ou craignez vous au contraire que l'UDC ne se montre plus hargneuse encore?
Chaque objet de votation doit être analysé pour lui-même. On recommence à chaque fois à zéro. Mais le vote du jour m'a confortée dans l'idée que lorsque l'on argumente de façon compréhensible et honnête, les gens nous comprennent.

Aujourd'hui, l'UDC suisse vous a évincée. Allez-vous rester esseulée pendant toute la législature?
Je ne suis pas seule. Mon parti, l'UDC grisonne, doit analyser une situation dont on ne peut pas dire qu'elle est inattendue. Nous examinons diverses possibilités, avec les forces constructives au sein de l'UDC. Je pense que nous parcourrons du chemin ensemble. Il existe des options prometteuses. Nous saurons les saisir.

Vous allez donc participer aux discussions que mènent l'UDC grisonne et des modérés bernois…
Je suis engagée dans ces réflexions, je l'ai toujours été. Le sort de l'UDC grisonne m'importe. Et j'ai déjà mené des douzaines de discussions. Nous sommes un parti qui s'est toujours nourri de discussions, de collaborations, et je suis convaincue que nous continuerons de discuter et de collaborer.