"La Question jurassienne touche aux fondements de l'Etat fédéral"
Le Quotidien Jurassien, Jérôme Montavon et Dominique Bernardin
Le Quotidien Jurassien: "L'Assemblée interjurassienne (AIJ) a aujourd'hui exactement dix ans. C'est en effet le 11 novembre 1994 qu'elle a siégé pour la première fois. Sollicité par le Quotidien Jurassien, le conseiller fédéral Christoph Blocher, en charge du dossier jurassien à l'exécutif national, aborde à cette occasion le rôle de la Confédération dans le dialogue interjurassien et délivre son point de vue sur la résolution du problème institutionnel."
Le Conseil fédéral considère-t-il toujours la Question jurassienne comme une questions suisse?
Naturellement. C'est une question importante pour la Confédération. Elle touche les aspects fondamentaux de l'Etat, comme les questions des frontières, des équilibres, des religions et de la paix confédérale.
Il est de notre devoir, au Conseil fédéral, de s'occuper de cette question. Et c'est aussi mon devoir en tant que chef du Département fédéral de justice et police, qui préside la Conférence tripartite réunissant la Confédération et les cantons de Berne et du Jura. Mais cela ne veut pas dire que la Confédération puisse agir seule. La collaboration avec les régions concernées est indispensable. Le devoir de dialogue est capital.
Il faut se concentrer sur les processus possibles. L'Assemblée interjurassienne est devenue incontournable, car elle chercher une solution dans un esprit de dialogue. Elle a d'ailleurs trouvé des solutions par le biais de projets communs.
Entend-il conserver son implication dans la résolution du problème institutionnel entre les deux Jura?
La situation n'est pas la même qu'il y a 25 ou 30 ans, époque où la Question jurassienne était beaucoup plus sensible. Depuis les plébiscites et la création du canton du Jura, le rôle du Conseil fédéral est moins déterminant. Aujourd'hui, le Conseil fédéral est partie prenante du dialogue interjurassien. Et il en parle lors de ses séances.
Est-ce à dire que la Confédération présidera encore longtemps l'AIJ?
Ce n'est pas la Confédération qui préside l'AIJ, mais une personnalité indépendante nommée par le Conseil fédérale, avec l'accord des deux gouvernements bernois et jurassien . Tant que le Conseil fédéral et les deux gouvernements estiment que les travaux de l'AIJ bénéficient d'une présidence extérieure, et tant que l'AIJ elle-même en ressentira le besoin, une telle personnalité continuera à assumer la présidence.
Comment suivez-vous la Question jurassienne et les travaux de l'AIJ?
Par les discussions à la Conférence tripartite, par des rencontres telles que celle de mai dernier avec les représentants des gouvernements bernois et jurassiens et le président de l'AIJ, Serge Sierro, où nous avons abordé l'initiative "Un seul Jura". Vendredi, je participerai à l'assemblée de Moutier.
De plus, je me tiens régulièrement au courant de ce qui se passe dans le Jura, notamment en lisant le Quotidien Jurassien. Mais je ne suis d'aucun parti, ni bernois, ni jurassien.
Justement, que pensez-vous de l'initiative "Un seul Jura"?
Elle ne soulève pas seulement un problème juridique, mais aussi une question politique. Je comprends les motivations de ses auteurs et je ne leur demande pas de renier leurs convictions. Toutefois, je partage l'avis du Gouvernement jurassien. Cette initiative met en danger les travaux de l'AIJ. Or, il est primordial que le dialogue interjurassien se poursuive. Dans ce contexte, une proposition émanant du seul canton du Jura est contre-productive.
Que souhaitez-vous à l'Interjurassienne pour ses dix ans?
Son existence, qui dure depuis dix ans, est en soi déjà un succès. Elle a su en plus aller au-delà de l'instauration du dialogue et présenter des projets économiques communs. De tels projets sont essentiels pour le développement de la région jurassienne. Juste après la création du canton du Jura, alors que j'étais chef d'entreprise dans les Grisons, j'ai participé financièrement à Cofidep, une société de Porrentruy aussi soutenue par Pierre Etique et dont l'objectif consistait à apporter une assise économique à la région jurassienne. Car j'étais et je suis toujours convaincu qu'une région comme le Jura, ou les Grisons, a besoin d'une dynamique économique.
Aujourd'hui, cette dynamique est donnée par le projet de réseau des microtechniques dans l'Arc jurassien. C'est un projet d'avenir, qui repose sur une tradition régionale.