"Les Rom doivent rentrer chez eux"
Le Matin, Anne Dousse
La question de l'asile est plus que jamais d'actualité. L`arrivée de plusieurs groupes tsiganes dans le canton de Vaud a relancé la polémique, à quelques semaines de la votation populaire du 24 novembre.
Les suisses y seront appelés à se prononcer sur l'initiative de l'UDC, qui veut combattre les abus dans ce domaine. Pour contrer le parti de Christoph Blocher, le Conseil fédéral propose une révision de la loi. Une réforme qui a suscité de nombreuses critiques. Ruth Metzler, responsable du dossier, répond à ces attaques.
Comment la Suisse entend-elle enrayer cet afflux de Tsiganes?
Depuis, le début du mois d'août, les centres d'enregistrement de la Confédération sont en mesure de mener des procédures d'asile accélérées. Il s'agit d'un projet prévu depuis un certain temps, qui démarre au moment où ces groupes arrivent en Suisse. Grâce à nos nouvelles capacités, nous pouvons prendre des décisions très rapides.
C'est-à-dire des renvois?
Le Conseil fédéral considère la Roumanie comme un pays sûr. L'Office fédéral des réfugiés peut donc décider de ne pas entrer en matière sur ces demandes et prononcer des renvois immédiats. Il parait évident que des décisions négatives suivies de renvois auront rapidement un effet dissuasif. En plus, les premiers contacts avec la France et la Roumanie concernant la réadmission ont déjà eu lieu.
La Suisse paie-t-elle le durcissement de la politique française à l'encontre des travailleurs clandestins?
Il est vrai que les décisions des pays européens en matière de migration ont des influences immédiates et évidentes sur les autres pays, dont la Suisse. Cependant, on observe que ces décisions, et surtout les effets d'annonce qui les accompagnent, ont une influence à très court terme et que les flux migratoires s'inversent tout aussi rapidement.
Ces Tsiganes affirment être persécutés dans leur pays. Est-ce exact?
D'après les premières auditions, il ne s'agit pas de persécutions au sens de la loi sur l'asile. Ce qui signifie que cesgens doivent retourner dans leur pays d'origine.
Avant l'arrivée des Tsiganes, vous aviez déjà proposé de durcir la loi. Pourquoi?
Il ne s'agit pas de durcir la loi. Il y a toujours de la place dans notre pays pour les personnes qui ont besoin de protection, pour les vrais réfugiés. Le Conseil fédéral vient de parfaire les dispositions en vigueur, non pas pour s'engager dans la spirale répressive dé FUE, mais pour ne pas rester à l'écart. Le système actuel a démontré que dans la pratique, on bute sur le renvoi des personnes déboutées. Il s'avère donc nécessaire de mettre en place de nouvelles procédures plus rapides pour le traitement des demandes.
Pourquoi renforcer le système dans les aéroports?
Le Conseil fédéral veut adapter les règles en vigueur à la réalité. 11 s'agit de pouvoir garder les requérants arrivés par voie aérienne dans l'enceinte de l'aéroport jusqu'à ce que leur cas soit définitivement tranché. Le délai pour leur maintien dans la zone de transit a ainsi été étendu de 20 à 60 jours. Ces modifications sont en fait une arnélioration pour les requérants. Car ils peuvent mieux faire valoir leurs droits. Et nous, nous gagnons du temps en réglant la question du renvoi à l'aéroport déjà. Aujourd'hui; 90% des demandes 'asile sont rejetées.
En inscrivant le principe du renvoi des requérants ayant transité par un pays sûr, ne fait-on pas courir des risques à ces personnes?
Considérez-vous les pays de l'UE comme des Etats dangereux? Le Conseil fédéral veut appliquer une politique basée sur la collaboration avec les Etats tiers - surtout nos voisins. C'est une des grandes différences avec l'initiative de l'UDC, qui exige la non-entrée en matière sur les demandes lorsqu'un requérant arrive d'un Etat réputé sûr. Si la France, l'Allemagne ou l'Autriche renvoyaient en Suisse des requérants, je ne les accepterais pas sans qu'il soit établi qu' ils ont bel et bien séjourné dans notre pays, d'où là nécessité de coopérer.
Sur ce point, l'initiative de l'UDC n'est-elle pas plus dissuasive?
Pas à long terme, parce que tes requérants d'asile déboutés resteraient en Suisse. A court terme, je ne peux le nier. Maistrès vite, les requérants et les passeurs comprendront que cette loi n'est pas une législation sur le renvoi.
Cette révision cède donc aux pressions de l'UDC...
Non. Notre politique s'adapte constamment aux réalités et aux développements de la migration. L'ini-tiative UDC passe à côté des réalités. Prenez le problème de la responsabilité des compagnies aériennes. Dans la révision, nous voulons les obliger à vérifier les papiers d'identité des personnes qui embarquent afin de ne pas avoir de mauvaises surprises. LUDC ne tient pas compte de ce problème.
D'autres griefs?
L'UDC veut interdire aux réfugiés de travailler. Or, en même temps, elle exige une diminution des coûts d'assistance. Il y a une contradiction, alors que notre réforme est favorable au travail des requérants. Cette initiative n'offre qu'un simulacre de solution.
En obligeant les requérants à aller trouver leur salut ailleurs, ne déplace-t-on pas le problème?
Toute nouvelle solution passe par la coopération internationale. Ainsi, la Suisse collabore déjà avec l'Union eu-ropéenne. Par ailleurs, il est indispen-sable de prévoir une aide par le biais de la coopération au développement sur place et dans les Etats voisins, et de la subordonner à la volonté de l'Etat d'origine de reprendre ses citoyens. Nous devons nous concerter avec les autres pays occidentaux, afin que nos efforts soient complémentaires.