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Publié le 6 janvier 2005

"Si la Suisse entre dans l'Union européenne, elle perdra ses avantages"

Le Figaro (Aude Marcovitch)

La tendance en Suisse comme en Europe est à une diminution des demandes d'asile. Pourquoi continuez-vous à placer la question des réfugiés au centre de votre politique?
La politique d'asile est un des grands problèmes contemporains, non seulement en Suisse, mais aussi chez nos voisins européens. Plus de 90% des personnes qui déposent une demande d'asile en Suisse ne sont pas des personnes persécutées. Elles viennent chez nous pour des motifs économiques. Or, ces demandes d'asile exigent de grosses dépenses administratives. Nous avons mené une révision de la loi sur l'asile et obtenu que le processus d'examen des dossiers des requérants soit accéléré, et que les personnes frappées de «non-entrée en matière», ne puissent plus bénéficier d'aide sociale, mais seulement d'une aide d'urgence, entre le moment où ils reçoivent la décision et le retour dans leur pays. Les conséquences sont positives. Nous avons actuellement une des plus fortes diminutions de demandes d'asile parmi les pays de l'Europe de l'Ouest.

Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a pris publiquement position l'été dernier contre le durcissement de la politique d'asile de la Suisse. Que faites-vous désormais de la tradition humanitaire de la Suisse?
Le HCR pense que nous avons tort de supprimer l'aide sociale aux requérants déboutés. Mais il y a 15 000 personnes qui sont depuis plusieurs années en Suisse à qui on a refusé l'asile et nous pensons que si elles reçoivent une aide sociale, elles ne rentreront pas chez elles. D'ailleurs, notre politique d'asile est beaucoup moins restrictive que celle du Danemark, de l'Allemagne ou de la Hollande. Pour moi, le problème des réfugiés devrait être résolu de manière globale. Une solution serait que l'ONU, présente dans les zones de crise, répartisse les réfugiés pour les envoyer dans différents pays en fonction de la richesse et de la taille des pays hôtes. Mais les Etats ne sont pas encore prêts à s'unir sur cette question.

Votre parti vient de lancer un référendum pour s'opposer aux traités de Schengen et de Dublin. Quels sont pour vous les avantages et les désavantages de ces accords?
L'accord de Dublin permet d'institutionnaliser le renvoi des réfugiés. Schengen favorise une meilleure collaboration dans le domaine de la lutte contre la criminalité. Mais en supprimant les contrôles aux frontières, il faudra réorganiser la sécurité intérieure. Pour moi, l'avantage de Schengen est lié à une meilleure facilité de voyager en Europe, mais pas à la sécurité. Mon parti pense qu'avec l'espace Schengen, la sécurité sera moins garantie. Il refuse également que l'Etat renforce ses contrôles à l'intérieur du pays. Enfin, il voit dans l'accord un risque pour la démocratie. Une fois que nous serons dans Schengen, nous ne pourrons plus décider librement si nous voulons modifier telle ou telle règle.

Comment envisagez-vous l'avenir des relations entre la Suisse et l'Union européenne?
La Suisse ne peut pas jouer un grand rôle dans l'Europe. Nous sommes un petit pays, au contraire de la France ou de l'Allemagne. Le désavantage d'une telle situation est que nous ne pouvons pas protéger nos intérêts comme les grands Etats.

La Suisse est un pays pauvre : nous n'avons pas de ressources en matières premières, pas de débouché maritime et nos quatre langues nationales compliquent les échanges. Pourtant, nous avons réussi à devenir un des pays les plus riches du monde grâce à un système qui restreint l'interventionnisme de l'Etat. De plus, la démocratie directe empêche d'augmenter de manière trop importante les impôts et les taxes. Si la Suisse entre dans l'Union, elle perdra ses avantages. L'avantage de sa monnaie, de son taux de TVA à 7,6% et de sa liberté d'entreprise. Je ne suis pas contre l'Union européenne, je pense seulement que la Suisse ne doit pas y entrer. Il faut que nous gardions notre liberté de décision. Si nous entrons dans l'UE, les autres décideront pour nous. Le mieux, ce sont les accords bilatéraux entre la Suisse et l'UE.

Ces dernières années, le taux de croissance des pays dans l'UE a augmenté plus fortement que celui de la Suisse. N'y a-t-il pas un risque pour votre pays de perdre son avance relative?
Tous les pays européens n'ont pas vu leur croissance augmenter. L'Allemagne par exemple n'a pas amélioré son niveau économique. On prend souvent l'Autriche en exemple. Mais le niveau de l'Autriche était beaucoup plus bas que celui de la Suisse, c'est donc normal que la croissance y soit plus forte. Quant à l'Angleterre, si sa situation économique est meilleure, c'est aussi parce qu'elle n'a pas intégré toutes les exigences de l'UE, comme par exemple la monnaie unique. Jusqu'à maintenant, les salaires en Suisse et le produit social brut restent les meilleurs d'Europe. La Suisse, c'est une île de chance.

Il n'y a pas un risque de se trouver isolé des flux commerciaux à force d'être une île?
Naturellement, c'est toujours un risque. Mais les pays européens n'ont pas intérêt à isoler la Suisse. La Suisse est un client important de l'Union européenne, le deuxième après les Etats-Unis. Et c'est un client riche. Dans le même temps, il faut faire attention à ce que la Suisse ne gêne pas l'évolution de l'Union européenne. Par exemple, il ne faut pas que notre territoire devienne un refuge pour les criminels. Je pense que c'est positif que tous les pays ne soient pas dans l'Union européenne, comme ça il y a une concurrence entre les pays, une concurrence entre les différents systèmes.