"Votre Schtroumpf est le premier à arriver dans mon bureau !"
Le Matin Dimanche, Ludovic Rocchi, Julian Pidoux
Le Matin Dimanche: "EVELINE WIDMER-SCHLUMPF. En pleine guerre de tranchées avec l'UDC, la nouvelle conseillère fédérale a reçu hier "Le Matin Dimanche" à Berne. L'occasion de lui offrir un petit bonhomme bleu qui porte son nom de famille en allemand. Et, bien sûr, d'entendre comment elle compte résister et marquer son territoire. Rencontre avec une dame de fer qui sait aussi se dérider..."
Bonjour Mme la conseillère fédérale! Vous nous recevez dans votre bureau rempli de bouquets de fleurs qui vous arrivent de toute la Suisse en signe de soutien. Mais cela ne doit pas être rose tous les jours pour vous?
Effectivement, je n'ai pas vécu que des bons moments...
Pour vous détendre, nous avons apporté, non pas des fleurs, mais... devinez ?
Ah, je vois c'est une figurine des Schtroumpfs! Merci, j'en ai déjà toute une collection à la maison...
Mais vous n'en avez encore aucun sur votre bureau de conseillère fédérale, contrairement à votre père, Leon Schlumpf, qui s'amusait du fait que votre nom de famille soit la traduction allemande des bonhommes bleus...
Votre Schtroumpf farceur est effectivement le premier à arriver dans mon bureau!
Voilà cent jours que vous y travaillez. Avez-vous nourri le regret d'avoir accepté votre élection?
Non, j'ai réfléchi avant de me lancer et j'assumerai jusqu'au bout ce choix.
Mais votre bras de fer avec l'UIDC accapare le débat, au point d'occulter les vrais problèmes des Suisses...
Je suis la première à estimer que cette polémique est disproportionnée. C'est pour cela que je suis contente d'être arrivée au fameux cap des 100 jours de fonction et de pouvoir commencer à parler des solutions que je veux apporter aux vrais problèmes.
Parmi les fleurs que recevez, certains bouquets viennent-ils de l'UDC?
Oui, la base de l'UDC n'est pas aussi monolithique qu'on veut bien le dire.
Dans le sondage que nous publions (…), même les électeurs UDC sont 50% à estimer que l'attitude du parti à votre égard est anti-démocratique. Cette proportion vous étonne-t-elle?
Franchement, oui. Mais je préfère, comme toujours, ne pas commenter les sondages.
Allez-vous chercher le dialogue avec l'UDC pour éventuellement convaincre la base de la sincérité de votre démarche?
J'aurais voulu au moins pouvoir exposer mon point de vue au Comité central. Mais toute possibilité de dialogue m'a été refuse jusqu'ici. Tout au plus ai-je pu discuter une fois avec le président, Toni Brunner, et j 'ai encore l'occasion de m'exprimer devant ma section aux Grisons.
On vous sent plus axée sur le dialogue pour imposer vos vues que sur le jeu de pouvoir comme Blocher...
La recherche de solutions, c'est effectivement mon style. Je me bats pour défendre mes idées, mais je ne suis pas du genre à vouloir être la seule à avoir raison.
Il n'empêche, vous vous révélez comme une dame de fer décidée à durcir encore l'application des lois sur l'asile et les étrangers. Si vous aviez tenu ce discours avant, croyez-vous qu'autant de personnes seraient venues vous soutenir sur la place Fédérale?
Je ne crois pas que les gens étaient présents pour défendre un programme politique, mais pour exprimer leur soutien au respect des institutions et des principes démocratiques de notre pays.
Face aux étrangers, vous dites qu'il faut se montrer ouverts avec ceux qui sont corrects mais sévères avec ceux qui mentent et abusent. En renversant la situation, c'est un peu le langage que vous tient l’UDC, non?
Je n'ai pas encore déposé de demande d'asile auprès de mon parti… (Rires.) Plus sérieusement, je suis pour une nécessaire fermeté. Mais je trouve aussi qu'on ne parle pas assez de l'immense majorité des étrangers qui se comportent bien.
A propos d'ouverture, êtes-vous favorable à la construction de minarets?
Le Conseil fédéral n'a pas pris de position sur cette question. D'une manière générale, je peux dire que je suis attachée à la liberté de croyance qui est d'ailleurs consacrée par notre Constitution fédérale. Je considère toutefois que la religion ne doit pas porter atteinte à nos valeurs, comme par exemple considérer que la femme n'est pas l’égale de l'homme.
Porteriez-vous alors aussi un voile lors d'une visite dans un pays musulman, comme Micheline Calmy-Rey l'a fait en Iran?
Je ne le ferais probablement pas. Je comprends et je respecte toutefois les motivations de ma collègue qui voulait avant tout respecter les coutumes du pays dans lequel elle se rendait.
Parlons un peu de la femme que vous êtes. Etes-vous une dure qui cache ses émotions ou une tendre qui se veut dure?
Je suis quelqu'un qui montre ses émotions, peut-être même un peu trop!
Qu'est-ce qui vous fait le plus plaisir dans une journée, à part travailler?
Ecouter de la musique me ressource. Je suis née au milieu de la musique folklorique. J'aime aussi le classique j’en joue au piano, à côté de l'accordéon. Mes trois enfants font d'ailleurs aussi de la musique.
Et votre mari, un certain Christoph (!), dont vous ne parlez jamais?
Lui ne joue pas d’un instrument. Il faut bien quelqu'un pour écouter dans la famille! (Rires.)
Et les menaces qui vous poursuivent depuis votre élection, vous les vivez comment?
C’est inquiétant de voir qu'on en arrive là en Suisse. Mais je n'ai pas peur! Je veux rester libre de mes mouvements. Seule restriction: je renonce si le budget pour ma sécurité m'apparaît trop élevé lorsqu'un déplacement n'est pas directement lié à ma fonction, comme c'était le cas pour l'invitation au défilé de Zurich lundi prochain.