«C’est dans l’intérêt des migrants de recevoir une décision rapide»
Interview, 7 juillet 2025: Le Temps; Yan Pauchard
Le conseiller fédéral chargé de Justice et Police, Beat Jans, a tiré de nombreux enseignements de son voyage. Il les résume pour «Le Temps»
A Alger, vous avez rencontré deux ministres, signé des déclarations d’intention afin de renforcer la coopération entre les deux pays. C’est utile?
En Suisse, le renvoi des personnes qui n’obtiennent pas l’asile demeure un défi. Mais pour cela, nous avons besoin d’accords de réadmission et d’une collaboration efficace avec les pays d’origine et de transit [un tel accord avec l’Algérie date de 2007, ndlr]. C’est un processus continu et il faut aussi que ces Etats puissent trouver un intérêt dans ce partenariat, comme ici avec une intensification de la collaboration policière, mais aussi migratoire. Mes rencontres à Alger ont été très positives. Elles permettent de construire une relation stable. Les autorités algériennes se sont montrées favorables à une intensification de cette collaboration bilatérale.
Les délits qui sont provoqués par des requérants algériens alimentent les tensions politiques en Suisse. En quoi ces déclarations d’intention peuvent-elles permettre de régler ce problème?
Si nous parvenons à accélérer les procédures, évidemment dans le respect de l’Etat de droit, ce sera bénéfique pour tout le monde. En Suisse, ces délits mettent à mal l’acceptation de la population. De nombreuses motions ont été déposées au parlement. Des cantons de Suisse orientale se montrent plus réticents à accueillir des requérants. On le voit aussi en Suisse romande, avec le récent cas des Verrières [ce centre fédéral pour requérants d’asile «récalcitrants» – le seul dans le pays – sera fermé]. C’est également dans l’intérêt des migrants de recevoir une décision rapide.
N’est-ce pas difficile pour vous, socialiste, de devoir mettre en place des procédures en vue de renvoyer plus vite des requérants?
Derrière les statistiques des renvois, il y a des histoires humaines difficiles. Et pour le Secrétariat d’Etat aux migrations, ce ne sont pas des décisions faciles à prendre. Depuis mon entrée en fonction, j’ai beaucoup de contacts avec les personnes qui mettent en œuvre ces procédures. Elles sont unanimes. Si un requérant n’a aucune chance d’obtenir l’asile, c’est dans son intérêt qu’il puisse retourner dans son pays rapidement. Y compris pour des personnes qui souffrent, par exemple, de problèmes psychiques. C’est auprès de leur famille, chez elles, qu’elles pourront être le mieux soutenues. Notre système d’asile n’est pas prévu pour cela. Il est destiné à ceux qui, en raison de leur orientation politique, religieuse ou sexuelle, sont en danger dans leur pays. Ce qui n’est pas le cas de la grande majorité des requérants issus du Maghreb [leurs demandes sont rejetées dans 99% des cas, ndlr].
De retour d’Algérie, vous avez tenu à vous arrêter en Espagne, pays cité en exemple dans la lutte contre la violence faite aux femmes. Pourquoi?
Je dois souvent faire face à des thèmes de sécurité dans le domaine de l’asile. C’est un réel problème dont nous nous occupons. Mais il faut aussi travailler sur un problème majeur, celui de la violence contre les femmes. Depuis le début de cette année, en Suisse, nous déplorons trois féminicides par mois. C’est terrible. Il faut agir, et vite. C’est une priorité du Conseil fédéral.
Vous parlez de priorité, mais concernant la question du bracelet électronique, qui a fait ses preuves en Espagne, la Suisse se contente de projets pilotes…
C’est mon vœu de mettre la priorité sur des mesures concrètes. Concernant le bracelet électronique, l’objectif est de pouvoir établir un bilan des projets pilotes cantonaux dans le courant de l’année prochaine. Il faut aussi renforcer l’assistance médico-légale aux victimes. En mai, j’ai visité l’Unité de médecine des violences du CHUV, qui fait œuvre de pionnière en la matière. Le but est de généraliser l’offre médico-légale à l’ensemble de la Suisse. C’est pourquoi nous présenterons cet automne au parlement la révision de la LAVI (loi sur l’aide aux victimes). Avec cette première étape, pragmatique, je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie. Sur la base des résultats de la consultation, je proposerai aussi au Conseil fédéral d’améliorer l’accès aux hébergements d’urgence.
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