"Aucun pays au monde ne choisit ses juges par tirage au sort"
Interview, 15 novembre 2021: 20 minutes; Claudia Blumer et Daniel Waldmeier
20 minutes: "Interrogée sur l’initiative sur la justice, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter défend le système judiciaire suisse. Elle évoque aussi la violence des jeunes et les féminicides."
Le système judiciaire suisse est au cœur des débats. Que va-t-il se passer si le peuple suisse accepte le 28 novembre l’initiative sur la justice? Nos juges fédéraux sont élus par le Parlement depuis 1848. Ils sont élus démocratiquement et représentent la population en termes de sexe, d’origine et de langue. Je n’ai jamais entendu une plainte à ce sujet. Et ce système qui a fait ses preuves serait remplacé par une loterie inutile. Car ce ne sont pas les meilleurs juges qui seraient choisis, mais ceux qui ont de la chance. Aucun pays au monde ne choisit ses juges par tirage au sort.
Mais il n’y a guère de pays où les liens entre le Parlement et la Cour suprême sont si étroits… Je ne le vois pas de cette façon. Nous sommes organisés de manière très démocratique. Toute autorité judiciaire ou politique est directement ou indirectement élue par le peuple. Cette procédure est transparente. C’est pourquoi les tribunaux fédéraux sont très respectés. Ils sont acceptés et reconnus par le peuple comme l’autorité finale. Et maintenant, ce serait à une commission d’experts de sélectionner les candidats pour le tirage au sort. Qui siège dans cette commission? Et selon quels critères va-t-elle sélectionner les candidats? Ce serait une boîte noire non transparente qui ne correspond pas à notre époque.
Toutefois les juges élus doivent verser une indemnité à leur parti. Leur élection crée donc une certaine dépendance. Est-ce bien? Ces points peuvent être discutés. Cette contribution au mandat n’est pas inscrite dans la loi, il s’agit d’une tradition car les partis en Suisse ne sont pas financés par l’État. Je paie également la contribution.
De combien? En tant que conseiller fédéral, 15’000 francs.
Dans son message, le Conseil fédéral a admis que le système actuel devait être amélioré. Pourquoi n’a-t-il pas lancé de contre-projet? Car le cœur de l’initiative est le tirage au sort. Le Conseil fédéral et le Parlement n’ont pas urgemment besoin de modifier le système électoral lui-même. Certaines choses, comme la contribution au mandat, peuvent en revanche être discutées. D’ailleurs une motion est en cours au Parlement à ce sujet.
Quel est, selon vous, l’objectif de l’auteur de l’initiative Adrian Gasser? Vous devrez le lui demander! Tout ce que je sais, c’est qu’il pense que notre système est corrompu. Au nom du Conseil fédéral, je m’oppose à ce que le Tribunal fédéral, le Parlement et les autorités suisses soient qualifiés de corrompus.
Le Parlement a rejeté l’initiative de justice à la quasi-unanimité. Mais dans les sondages, l’initiative obtient plus de 40% d’avis favorables. Le Parlement fait-il de la politique au détriment du peuple? Non. Les partis sont injustement visés. Ils sont accusés de népotisme. C’est faux. Ils organisent toutes les campagnes électorales et référendaires et animent notre démocratie. Certes, l’idée d’un tirage au sort peut être tentante. Mais on oublie que le Tribunal fédéral est une institution centrale de la Suisse. Les élections des juges ne sont pas une foire au bétail.
Parlons de la violence des jeunes. Presque chaque week-end, des jeunes sont impliqués dans une agression au couteau. Cela vous inquiète-t-il? Oui, cette violence doit nous inquiéter en tant que société. Nous avons également connu une telle évolution dans les années 90, lorsque j’étais conseillère d’État dans le canton de Saint-Gall. À l’époque, nous formions des agents de police spécialisés dans la jeunesse et nous les envoyions sur le terrain. La situation s’est ensuite calmée. Aujourd’hui, nous avons l’impression qu’il y a à nouveau une augmentation, notamment des incidents de violence avec des armes blanches car elles sont facilement disponibles.
Comment l’État doit-il réagir? Vous ne pouvez pas contenir complètement la violence, car c’est aussi une expression de notre époque. Nous sommes une société fonctionnant 24 heures sur 24 et l’alcool est souvent impliqué. L’évolution des valeurs joue également un rôle, tout comme une image glorifiée des hommes et un respect généralement en baisse. Ces changements sociaux favorisent la violence et les conflits s’aggravent rapidement. Le droit pénal est une piste, la prévention en est une autre.
On constate également une augmentation inquiétante des féminicides… Et cela m’inquiète à chaque fois. Mais il faut savoir que nous avons commencé à combattre sérieusement la violence domestique il y a 20 ans seulement. Entre-temps, les cantons ont fait des progrès. Mais on peut faire plus. Se résigner n’est pas une solution car il y a trop de souffrance associée à ces cas. Pour les victimes bien sûr mais aussi pour les proches de l’auteur de l’infraction.
Que fait la Confédération pour lutter contre le féminicide? Au printemps, j’ai invité les cantons et les organisations de la société civile à un dialogue stratégique sur la violence domestique. C’était la première fois que toutes les parties concernées s’asseyaient autour d’une table. Elles ont pris l’engagement contraignant d’épuiser toutes les options disponibles dans leur juridiction. Nous examinerons les progrès réalisés tous les six mois.
Et qu’est-ce qui sera fait concrètement? Nous utilisons le progrès technologique. En Espagne, les victimes de violences domestiques disposent de boutons d’urgence qu’elles peuvent activer lorsque l’auteur de ces violences s’approche d’elles. Des traceurs GPS sont également installés sur l’auteur des faits, en fonction du risque. Une étude réalisée par l’Université de Berne montre que cela peut améliorer la sécurité de la victime et son sentiment de sécurité. Des projets pilotes avec de tels systèmes sont prévus dans certains cantons à partir de 2022.
Le DFI et le DFJP élaborent, avec les cantons et les communes, une stratégie contre la violence domestique, sexuelle et de genre
Chacun dans son domaine de compétence, le Département fédéral de justice et police comme le Département fédéral de l’intérieur s’engagent contre la violence domestique, sexuelle et de genre. Ils combineront désormais leurs approches dans une stratégie nationale commune. La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider et le conseiller fédéral Beat Jans réaffirment ainsi l’engagement résolu de la Confédération contre la violence, en étroite collaboration avec les cantons, les villes et les communes. La démarche a été lancée le 5 février 2026.
26 novembre 2025
L’arrêt concernant l’action des Aînées pour le climat n’a pas eu pour l’heure d’effet sur l’administration
Depuis que la Cour européenne des droits de l’homme (Cour EDH) a rendu, en avril 2024, son arrêt portant sur la protection du climat, l’administration fédérale n’a dû se prononcer que dans un seul cas sur le droit de recours des associations en matière climatique. Elle n’a pas changé de pratique à la suite de l’arrêt. L’affaire en question est pendante devant le Tribunal administratif fédéral. Lors de sa séance du 26 novembre 2025, le Conseil fédéral a été informé des effets de l’arrêt de la Cour EDH sur la pratique de l’administration fédérale et des tribunaux de la Confédération.
23 octobre 2025
Violence domestique : Beat Jans visite des structures d’aide aux victimes à Zurich
Garantir aux victimes une aide immédiate et aisément accessible est un axe central de la lutte contre la violence domestique ou sexuelle. Les offres cantonales d’aide aux victimes, fournies en premier lieu par des services de conseil, des refuges et des services médicaux, jouent à cet effet un rôle primordial. Afin de s’informer en personne de l’étendue de l’offre proposée, le conseiller fédéral Beat Jans s’est rendu aujourd’hui dans différentes institutions du canton de Zurich. Lors de la conférence de presse commune qui a suivi la visite, le chef du Département fédéral de justice et police (DFJP), la conseillère d’État Jacqueline Fehr, cheffe de la Direction de la justice et de l’intérieur du canton de Zurich, et le conseiller d’État du canton d’Obwald Christoph Amstad, vice-président de la Conférence des directrices et directeurs cantonaux des affaires sociales (CDAS), ont souligné l’extraordinaire importance que revêt la coopération entre la Confédération et les cantons dans la lutte contre la violence domestique ou sexuelle.
2 juillet 2025
Lutte contre la violence à l’égard des femmes : le conseiller fédéral Beat Jans en visite en Espagne
Du 30 juin au 1er juillet 2025, le conseiller fédéral Beat Jans s’est rendu à Madrid pour une visite de travail. Il y a rencontré le ministre de l’Intérieur, la secrétaire d’État aux migrations, ainsi que des expertes et experts du Ministère de l’Égalité de l’Espagne. La lutte contre la violence à l’égard des femmes a été au cœur de ce déplacement. Le chef du Département fédéral de justice et police (DFJP) a visité la centrale de contrôle COMETA, pour la surveillance électronique des auteurs de violence, et s’est informé sur VioGén, un système national de monitoring des cas de violence liée au genre.
12 février 2025
Notifications par envoi postal le week-end : le délai ne commencera à courir que le lundi
Lorsqu’une communication déclenchant un délai est remise le week-end par envoi postal, le délai ne commencera à courir que le premier jour ouvrable suivant la notification. Les destinataires de documents tels que des résiliations ou des jugements disposeront en conséquence de plus de temps pour réagir. Ce principe qui s’applique déjà en droit de la procédure civile s’étendra à l’ensemble du droit fédéral. Le Conseil fédéral a pris acte des résultats de la procédure de consultation et a adopté le projet et le message à l’intention du Parlement le 12 février 2025.
28 novembre 2021
Initiative sur la justice: Conférence de presse de la conseillère fédérale Keller-Sutter sur le résultat de la votation
Conférence de presse de la conseillère fédérale Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
2 novembre 2021
"Recht muss nicht nur gesetzt, sondern gelebt werden"
Congrès national sur la violence, Berne; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
29 octobre 2021
"Bekämpfung der häuslichen und der sexuellen Gewalt"
Session des Femmes 2021; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
11 octobre 2021
Le Conseil fédéral est contre la désignation des juges fédéraux par tirage au sort
Conférence de presse du 11 octobre 2021 en vue de la votation populaire du 28 novembre 2021 sur l’initiative dite sur la justice. Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter – la parole prononcée fait foi.
2 octobre 2021
Das heutige System hat gewichtige Vorzüge gegenüber einer Zufallswahl
Assemblée des délégués du PLR à Bienne; Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter - la parole prononcée fait foi
Lutte contre les violences domestiques et sexuelles
29 novembre 2022
"Es ist eine zentrale Aufgabe des Staates, Leib und Leben der Menschen zu schützen"
Interview, 29 novembre 2022: 20 minuten online; Helena Müller et Celia Nogler